‹ La question agraire en Italie, le latifundium romainChapitre 2 sur 41 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

du clan, de la cité ou de lÉtat'. L'individu est comme noyé dans le groupe, dans la ..communauté: il doit se plier à sa discipline, toute passive d'ailleurs, mais il attend d'elle protection, secours et assistance dans toutes les circonstances de la vie. Le communautaire est donc doué de résignation et de passivité, mais il manque d'énergie et d'initiative. Il redoute l'effort intense et prolongé et ne se plie à un travail pénible que sous l'empire d'une contrainte extérieure. Il est égalitaire et exclusif : tous les membres de la communauté ont les mêmes droits, mais hors de la communauté point de salut. Le trait dominant de son caractère est peut-être le manque de prévoyance : il n'a pas cette énergie morale qui fait donner un long effort en vue d'un résultat lointain; la communauté ne doit-elle pas subvenir à tous ses besoins ? Il s'en suit que son agriculture est arriérée et superficielle, ses méthodes de travail simplistes et routinières. Insouciant du lendemain, il ignore l'épargne persévérante et par suite n'arrive pas à constituer la richesse ; dépourvu d'initiative et d'énergie, il est la victime désignée des exploiteurs si l'appui de sa com-munauté vient à lui manquer. Habituellement comprimé dans son groupe, il peut devenir un révolté si la contrainte extérieure se relâche : c'est pourquoi les peuples communautaires sont souvent si difficiles à gouverner et sont parfois des pépinières

l. Cf. Edmond Demolins, Comment la route crée le type social, Firmin-Didot. On trouvera dans cet ouvrage la description des principaux types sociaux et l'explication de leurs caractères distinctifs.

d'anarchistes ; mais il ignore la discipline volontaire et n'a ni l'esprit d'organisation, ni le sens de la responsabilité. Il ne sait pas résoudre par l'initiative personnelle et l'association libre les difficultés de la vie ; par indolence ou incapacité il recourt sans cesse à la communauté et sollicite l'intervention de l'Etat pour régler par voie d'autorité même les affaires privées. Or ces interventions sont inefficaces et nuisibles, nous aurons occasion de le constater.

L'observation des sociétés et l'étude des lois sociales démontrent, en effet, que chaque organe social a sa fonction propre et que, non seulement il ne peut pas suppléer l'organe voisin, mais encore qu'il n'en saurait sans dommage usurper la fonction. Les pouvoirs publics ne font pas exception à cette règle : ils ont à remplir certaines fonctions bien déterminées correspondant à certains besoins de la vie collective. Ces besoins varient évidemment suivant les temps et les lieux, aussi le rôle des pouvoirs publics peut-il varier dans certaines limites. Mais que la commune, la province ou l'jitat franchissent ces limites ou manquent à leur fonction propre, il y a malaise.

Ainsi, par exemple, c'est bien aux pouvoirs publics à constater le droit de propriété et à le protéger en vue de maintenir l'ordre, mais ils ne sauraient en aucune façon régler arbitrairement la forme et le régime de la propriété qui sont conditionnés par le mode de travail. Nous en trouverons un exemple bien net dans la province de Home où la propriété privée existe en droit et n'existe pas en fait parce que le sol est soumis au

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