‹ La question agraire en Italie, le latifundium romainChapitre 3 sur 41 · AVANT-PROPOS S · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS S

pâturage, travail de simple récolte, et à une culture rudimentaire qui n'exigent pas une appropriation permanente du sol. Des méthodes de travail dans lesquelles l'action de l'homme est peu de chose comparée à l'influence de la nature s'accommodent lort bien de la propriété collective : c'est d'ailleurs ce qui favorise l'existen-je et la conservation des communautés. La propriété s'organise donc en vue du travail ; mais cette adaptation n'est pas toujours parfaite ni instantanée surtout à notre époque d'évolution et de transformations rapides : les formes juridiques et les rapports sociaux peuvent être en retard sur les méthodes techniques. C'est de là que provient la crise agraire qui se manifeste d'autant plus intense que l'adaptation est plus lente ou plus difficile.

Or, les communautaires ne songent pas ou du moins ne réussissent pas à réaliser cette adaptation par l'initiative privée ; ils recourent à la communauté d'Etat dont les interventions sont forcément lentes et rigides. Il n'est donc pas surprenant que, chez les peuples appartenant à un type social aussi peu souple, l'adaptation soit malaisée et la crise agraire presque permanente.

C'est précisément pourquoi l'Italie offre à l'observateur un merveilleux champ d'étude puisque la crise y est endémique et y revêt des formes multiples. En Italie même, le territoire romain présente un intérêt particulier car la question agraire y apparaît à l'aube môme de l'histoire.

La première loi agraire qui ait été promulguée à Rome date de l'an 486 avant Jésus-Christ ; la

dernière est de 1908. Entre le consulat de Spurius Cassius et le ministère de M. Giolitti, les lois agraires se sont succédé presque sans interruption aussi bien sous la République que sous l'Empire, sous le régime pontifical que sous le gouvernement actuel. Cette fécondité législative à propos de la propriété foncière est l'indice d'un malaise évident, puisque l'intervention des pouvoirs publics a été jugée fréquemment nécessaire pour régler l'usage du sol, et le grand nombre des lois prouve surabondamment qu'aucune d'elles n'a jusqu'ici mis un terme à ce malaise. Actuellement une commission travaille à en élaborer une nouvelle, qui sera la sixième ou la septième promulguée depuis vingt-cinq ans.

La crise agraire existe donc dans les environs de Rome depuis près de 2 oOO ans. Elle ne se manifeste pas seulement par l'élaboration des lois. Les anciens Romains ont vu l'émeute gronder sur le Forum et la guerre civile éclater entre les partis : les Gracques en furent victimes. De nos jours, on lit fréquemment dans les journaux que les paysans d'un village ont envahi la propriété voisine et s'en sont partagé les terres pour les ensemencer ; si le propriétaire résiste et si la force publique intervient, le conflit devient facilement meurtrier.

Il y a donc encore actuellement dans la province de Rome une crise agraire. Quelles en sont les causes? Quel en pourrait être le remède? Telles sont les questions qui se posent tout naturellement et auxquelles nous voudrions essayer de répondre.

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