I. Coirie vive il Campagnolo deU'Afjrn romano. Roma
préoccupé le gouvernement italien dès son installation à Rome, puisqu'un décret du 20 octobre 1870 nommait une commission chargée d'étudier les moyens d'assainir la Campagne romaine. Le nouveau gouvernement mettait une sorte de point d'honneur à transformer le désert qui entourait la nouvelle capitale, et à réussir dans une œuvre où avait échoué le gouvernement pontifical. Mais après trente-neuf ans d'efforts et de tentatives, la situation s'est à peine modifiée, et au xx* siècle le spectacle de la Campagne de Rome rappelle encore les descriptions qu'en ont laissées les anciens voyageurs.
Les travaux de la commission aboutirent à la loi du 11 décembre 1878 qui ordonne :
1° le dessèchement des marais et notamment des étangs d'Ostie et de ^laccarese aux frais de l'État ;
2" la captation des sources et l'aménagement des eaux aux frais des propriétaires intéressés ;
3" la mise en cullui-e dune zone de 10 kilomè-; très de rayon à partir du milliaire d'or du Forum, j aux frais de l'État, avec contribution des proprié-] taires égale à la plus-value acquise.
En conséquence, il était institué des syndicat"hydrauliques obligatoires entre les propriétaireintéressés pour les travaux d'assainissement, et il était nommé une commission chargée d'étudier les moyens à adopter pour la mise en valeur de la zone des 10 kilomètres.
Cette commission tint seize séances du 5 avril au .'5 juillet 1880 ; elle proposa la création de villages pouvant loger au début un millier d'habi-
lants dont on assurerait l'existence en obligeant les propriétaires voisins à leur ce'der, moyennant i-edevance, 600 heclares ; l'Etat exproprierait le lerrain destiné à l'emplacement des villages et lerait des avances pour la construction des maisons et le défrichement du sol. L'Etat devrait aussi imposer aux propriétaires de construire des logements pour leurs ouvriers, interdire le pâturage et faire disparaître les bois et les roseaux dans les vallées humides.
Ces propositions ne furent pas adoptées ou du moins ne furent jamais appliquées ; constatons cependant la tendance de faire encore agir l'Etat par voie d'autorité et de contrainte. Les propriétaires ne changèrent rien à leur mode d'exploitalion, et comme la loi n'avait pas prévu de sanction, elle resta lettre morte et on dut la réformer. D'après la loi du 8 juillet 1883, si un propriétaire n'exécute pas le plan d'amélioration qui lui est imposé, l'Etat a le droit de l'exproprier et de vendre les biens expropriés ou de les donner en emphytéose sous condition, pour les acquéreurs, d'exécuter la bonification.
On a entrepris le dessèchement des grands étangs littoraux dans un but sanitaire, croyant qu'ils constituaient des foyers d'infection malarique. A celte époque régnait la théorie du paludisme ; des études ultérieures ont démontré que ces grandes masses d'eau agitées parle vent avaient peu d'inconvénient au point de vue hygiénique. Mn a dépensé à Ostie et à Maccarese plusieurs millions et le but qu'on se proposait n'a pas été atteint : il paraît que la malaria y règne plus in-
tense qu'autrefois et la mise en culture des terrains desséchés offre de grandes difficultés, tandis que . l'élevage des buffles qui était d'un bon rapport a dû disparaître presque complètement par suite de la suppression des pâturages inondés. La première partie de l'œuvre d'assainissement visée par la loi de 1878 a donc abouti à un échec, mais on ne saurait en rendre responsable l'État, qui s'est laissé guider par les théories médicales d'alors et par l'exemple des polders hollandais.
Pour assurer l'assainissement intérieur, on a constitué entre les propriétaires intéressés 89 syndicats hydrauliques groupés en cinq arrondissements correspondant à des bassins de cours d'eau. Quelques travaux ont été exécutés ; les autres sont encore en projet et leur utilité est contestée : on reproche au Génie civil de manquer d'unité de vues et d'imposer aux syndicats des travaux dispendieux qui ne correspondent pas aux nécessités locales. On estime aussi que ces syndicats sont, trop nombreux, ce qui augmente beaucoup les dépenses d'administration * ; aussi les propriétaires mettent-ils des entraves à l'exécution des travaux et au fonctionnement des syndicats. On fait remarquer que, dans l'ensemble, l'Agio romano n'est pas marécageux et que les travaux hydrauliques à exécuter sont peu nombreux, mais que le pays est malsain parce qu'il est inculte : l'eau des sour-
1. De 1883 ;ï 1899, quarante syndicats ont dépensé en travaux 876 449 francs, et en frais d'administration 393250 francs. Les dépenses annuelles d'entretien de 19 syndicats SÈ répartissent ainsi : 11370 francs pour les travaux et 8080 francs pour l'administration.
LA BONIFICATION ET LA GCLTURE INTENSUT: 18»
ces et des pluies séjourne dans les fonds, forme des mares et des flaques qu'on ne songe pas à faire disparaître puisqu'il n'y a aucune culture à laquelle puisse être préjudiciable cet excès d'eau. L'entretien des cours d'eau et des fossés existants et les travaux ordinaires de culture suffiraient, le plus généralement, à assainir la Campagne romaine. La bonification hydraulique se ramène donc en dernière analyse à la bonification agricole.
A ce point de vue là encore les lois de 1878 et 1883 ont abouti à un échec. Cette dernière loi établissait comme sanction l'expropriation des domaines dont les propriétaires n'exécuteraient pas les plans de bonification. Or, il n'y a eu jusquici que trois expropriations, deux en 1891 et une en 1898. La première fut celle du domaine de Bocca di Leone, situé à quelques kilomètres de Rome dans la basse vallée de l'Anio ; 129 hectares furent divisés en deux lots de 61 et 68 hectares. Achetée 248 000 francs, cette propriété fut revendue 271 376 francs ; nous verrons plus loin ce qu'elle est devenue entre les mains des acquéreurs. La seconde fut celle du domaine de S. Alessio et Yigna Murata, situé sur la via Ardeatina. Des 261 hectares qu'il comprenait, 80 furent affectés au champ d'expériences et le reste fut divisé en 14 lots de 7 à 52 hectares. Payée 269 012 francs et revendue 318 873 francs, cette propriété est aujourd'hui en pleine culture. La troisième expropriation fut celle de Grotta di Gregna (près de Boccaleone), achetée 224 700 francs et revendue 226843 francs: 216 hectares fuient divisés en cinq lots de 33 à 60 hec-
tares. En définitive, G07 hectares seulement ont été expropriés et revendus avec bénéfice. Les acquéreurs ont engagé, en cheptel et améliorations, des capitaux évalués en moyenne à 500 francs par hectare. Le revenu brut des deux premiers domaines était de 27 000 francs; au bout de huit ans, il dépassait 94 000 francs et le revenu net était de beaucoup supérieur à l'ancien revenu brut. Cependant les résultats obtenus sont très différentsuivant les lots ; ils dépendent des capitaux qui y ont pu être engagés et des qualités personnelles des acquéreurs. Plusieurs de ceux-ci ont dû revendre ; d'autres (7 sur 14 à S. Alessio) n'avaieni encore fait aucune amélioration au bout de neu! ans\
Toutefois, dans leur ensemble, ces trois domaines ont été mis en valeur et la loi paraît ici avoir atteint son but. Mais pourquoi son application a-t-elle été si restreinte alors que presque tout le reste de la zone restait inculte ? Cela tient en partie au manque de fonds. On fait remarquer, il est vrai, que les domaines expropriés ont été revendus avec bénéfice, mais c'est parce qu'ils étaient peu étendus, à proximité du Sitburbio, dans un»' situation exceptionnelle permettant un lotissemeni facile et tentant les acquéreurs. Les hauts prix obtenus sont dus au désir très vif de quelques personnes de devenir propriétaires, mais il n'en serait plus de même si on appliquait l'expropriation
1. Cf. G. Cadolini, // honificamento deU'Agro romano. Rome, 1901 (Rapport à la commission d'enquête de la Société des Agrigriculteurs italiens).
à tous les domaines restés tians le statu quo, c'està-dire à toute la zone. Il faudrait des sommes considérables pour cette opération, et la vente aux enchères publiques de 28 000 hectares ne manquerait pas d'amener un effondrement des prix qui causerait de grosses pertes à l'Etat et favoriserait sans doute les manœuvres de quelques spéculateurs. L'expropriation est donc une vaine menace qui n'a pas troublé les propriétaires, et si l'Etat n'en a fait qu'un usage si restreint, c'est qu'il en a reconnu Tinefficacité. D'autre part, il y a une arrière-pensée politique dans l'inaction du gouvernement. La plupart des biens de l'Agro romano appartenant à Taristocratie noire restée fidèle au Vatican, le gouvernement italien qui prétend achever l'unité nationale dans les esprits et y rallier tous les Italiens, ne veut pas paraître traiter les propriétaires romains en ennemis en usant de rigueur env'ers eux. Or, une loi sur l'Agro romano a facilement l'apparence d'une loi personnelle en raison de la monopolisation du sol par quelques latifundistes.
On peut conclure sans exagération que les lois de 1878 et de 1883 n'ont atteint, au point de vue hydraulique et sanitaire, que des résultats partiels et qu'elles ont abouti, au point de vue économique et agricole, à un échec presque complet. Nous savons pourquoi la contrainte de l'État était condamnée à être inefficace, mais nous pouvons encore nous demander pourquoi les propriétaires n'ont pas répondu à l'invitation du gouvernement et à la pression de l'opinion publique.
La première raison est d'ordre financier. Les
propriétaires prétendent qu'ils n'ont aucun avantage pécuniaire à réaliser des améliorations, et ils citent l'exemple de quelques acquéreurs de biens expropriés qui ont fait faillite. Le ministre a lui-même reconnu que l'intérêt direct et immédiat des propriétaires était opposé à la bonification et il en a conclu à une organisation du crédit agricole à intérêt réduit'.
Ce sont, en effet, de grandes dépenses qui incombent aux propriétaires et le bénéfice en est souvent douteux, car il faut transformer tout le système actuel de culture et on marche ainsi vers l'inconnu. Yoici, par exemple, les améliorations imposées au domaine de Grotta Perfetta, qui compte 240 hectares :
1° Assurer l'écoulement des eaux; creuser 6300 mètres de fossés de niveau {(jirapoggï) avec puits de retenue tous les 100 mètres ; recueillir les eaux de source ;
2° Aménager 60 hectares de prairies naturelles ou artificielles et 60 hectares de cultures en rotation divisés en champs de 4 hectares par des fossés boidés d'arbres et d'une longueur totale de 17 500 mètres ;
3" Faculté d'introduire quelques cultures irriguées après avoir assuré l'écoulement ;
4° Clore le domaine et les divers tènements ;
5° Réparer le bâtiment existant, y aménager des logements et installer au rez-de-chaussée une étable pour 26 bêtes bovines au moins ;
6° Construire une route principale de 2 kilomè-