Ha.'r jucunJitas ejiis hiemc, major estate
elle est soumise à des alternatives d'intensité ; il est donc possible qu'autrefois elle ait subi des atténuations de longue durée, suivies de reprises graves et longues, et que des lieux jadis très malariques se soient assainis tandis que d'autres, d'abord sains, sont devenus des foyers d'infection.
On voit qu'il y a encore beaucoup d'inconnues dans le problème de la malaria. C'est seulement depuis quelques années que le processus de l'infection est suffisamment établi pour qu'on ait pu songer à combattre le mal méthodiquement de façon à le faire reculer et peut-être même disparaître, au lieu de se contenter de soigner simplement les fiévreux par la quinine.
La lutte méthodique contre la malaria implique deux choses : un traitement curatif des malades atteints, un traitement préventif des personnes vivant dans une zone malarique pour leur permettre de résister à l'infection. On comprend bien que la lutte contre une maladie infectieuse et épidémique ne peut donner tous ses résultats que si elle est engagée sur un territoire assez étendu et avec des moyens d'action suffisants pour être efficaces. Pour faire disparaître les causes d'infection, on ne peut pas s'en remettre uniquement aux particuliers : la négligence dun seul suffit à compromettre l'œuvre commune. L'intervention despouvoirs publics est ici nécessaire et on doit reconnaître que l'Ktat italien a, en cette matière, fait tout son devoir ; aussi le succès a-t-il couronné ses efforts : il est d'ailleurs efficacement secondé dans l'Agro romano par l'initiative privée représentée par la Croix-Rouge.
La lutte contre la malaria. — L'intervention des pouvoirs publics se manifeste d'abord par l'organisation du service sanitaire communal qui n'est pas spécial aux zones malariques, mais qui y prend une importance plus grande. Nous savons que chaque commune entretient au moins un médecin ; pour la (^ampagne de Rome, il y avait en 1907 un inspecteur et dix-huit médecins; lorsque la réorganisation du service sanitaire sera achevée, il y aura vingt-cinq médecins avec des suppléants et le budget de l'assistance sanitaire aura passé de 122000 francs à 273 000 francs*.
Les lois sur la bonification et les travaux hydrauliques doivent exercer aussi une influence indirecte sur les conditions hygiéniques du pays en faisant flisparaître les eaux stagnantes où pullulent les moustiques. La culture intensive, en améliorant la situation matérielle des ouvriers agricoles, leur permettra aussi de mieux résister à la maladie.
C'est seulement depuis une dizaine d'années que 1 Etat a pris des mesures directes contre la malaria. Il y a été poussé par des hygiénistes en tête desquels il faut citer le Prof. A. Celli, député au Parlement et directeur de l'Institut d'hygiène de Rome. C'est à la Société pour les études de la malaria, dont il est un des fondateurs, qu'on doit, outre fies travaux 'scientifiques de haute valeur, l'initiative de la campagne antimalarique et l'intervention législative.
1. Les médecins sont logés et tonclient un traitement de 4300 francs. Les stations sanitaires sont reliées à Rome par téléphone et deux automobiles sont affectées au transport des malades.
La quinine a toujours été le grand remède contre les fièvres périodiques : avant 1903, la consommation moyenne de lltalie était d'environ 15 000 kilogrammes par an. Pour beaucoup de pharmaciens, la vente de la quinine était une source de fortune, mais le prix assez élevé du médicament n'en permettait pas Tusage à ceux qui en avaient le plus besoin, les ouvriers et les paysans. Ceux-ci avaient d'ailleurs souvent contre la quinine une prévention accrue par la crainte de la dépense. Il fallait donc arriver à mettre la quinine à la portée de tous. Pour cela, M. Celli et ses amis tirent voter la loi du 13 décembre 1900, qui autorise l'Etat à faire préparer et à vendre au public, par l'intermédiaire des pharmaciens et des débitants de tabac, la quinine à un prix très réduit'. Les bénéfice de la vente
1. La quinine est préparée par la pharmacie militaire centrale de Turin. 11 est alloue aux pharmaciens io pour 100 sur le prix de vente, mais les énormes bénéfices qu'ils réalisaient autrefois ainsi que les fabricants ont disparu ; aussi les attaques contre la loi de 1900 et ses auteurs ne cessent-elles pas. Pour déjouer les oppositions intéressées, les promoteurs de la loi la préparèrent en secret de concert avec le ministre, la présentèrent à la Chambre sans avoir l'air d'y attacher d'importance et la firent voter sans bruit au milieu de l'indifférence générale. Les pliarmaeiens et les industriels ne connurent la loi que lorsqu'elle était déjà votée par la Chambre. Us clierchèrent aussitôt à en empêcher le vote par le Sénat, mais celui-ci n'étant pas électif est moins accessible aux influences particulières et la loi fut approuvée et promulguée. Remarquons d'ailleurs que cette loi n'établit aucun monopole et que la préparation et la vente de la quinine restent libres comme auparavant. On ne peut même pas dire que la concurrence de l'État soit munopolisatrice puisque la vente de 2t3.")i kilogrammes de quinine en 1908 à laissé au Trésor un bénéfice net de 700 000 francs. L'industrie privée n'a donc pas été tuée, et, en fait, elle produit à peu près autant de
sont destinés exclusivement à combattre la malaria.
La loi du 2 novembre 1901 vint compléter l'œuvre de la précédente en ordonnant la fourniture gratuite à tous les ouvriers de la quinine par les soins de la commune, mais aux fiais des patrons (propriétaires, entrepi-eneurs, etc...)*. Les fenêtres des maisons de douaniers, cantonniers, employés de chemins de fer et de travaux publics doivent être munies de réseaux métalliques pour empêcher la pénétration des moustiques, et il est alloué des primos aux propriétaires qui prendront les mêmes mesures. Les propriétaires doivent assurer l'écoulement des eaux et les entrepreneurs de travaux publics doivent éviter de creuser des chambres d'emprunt en contre-bas.
La loi da 22 juin 1902, modifiée par celle du 19 mai 1904, ordonne la vente à prix réduit de la quinine de l'Etat aux communes, aux œuvres pies et à quiconque doit ou veut la distribuer î^ratuitement aux ouvriers. L'article 3 de la loi du 2o février 1903 range la quinine parmi les médicaments à fournir gratuitement aux pauvres par les communes ou les u'uvres pies.
La loi du 19 mai 1904 a établi le droit pour les ouvriers d'avoir la quinine gratuitement même
quinine qu'auparavant, mais le prix de vente en est plus modéré. L'État vend 40 centimes les dix cachets de 20 centigrammes d'ijydroctilorate et de Liciilorhydrate, et 32 centimes ceux de sulfate et de bisulfate.
1. La dépense de la quinine distribuée aux ouvriers a^'ricoles est répartie entre les propriétaires au prorata de l'étendue de leurs terres ; la somme due par cliacun d'eux est recouvrée avec les impôts.
pour le traitement préventif. Ceci est une innovation importante qui correspond à un progrès de la science.
Pour éviter l'infection des personnes saines, on a d'abord songé à détruire les moustiques en répandant du pétrole ou de l'huile de sctiiste sur les eaux stagnantes. Théoriquement le procédé est excellent, mais il n'est pas pratiquement applicable dans un pays oii les marécages et les flaques d'eau sont innombrables. Les substances odorantes destinées à éloigner les anophèles n'ont donné aucun résultat appréciable. On a alors cherché à se protéger contre la piqûre des moustiques au moyen de gants et de masques complétant le vêlement. Ce procédé ne peut pas être employé par les ouvriers agricoles qui, par la grande chaleur, ont besoin de vêtements largement ouverts et ne gênant pas le travail. Mais on peut du moins interdire l'accès des maisons aux insectes par des toiles métalliques placées aux fenêtres et aux portes. Appliqué aux bâtiments des chemins de fer, ce système a donné d'excellents résultats, car c'est surtout après le coucher du soleil et la nuit que les moustiques entrent en mouvement et piquent, mais il est assez coûteux et exige une certaine éducation hygiénique de la part de l'habitant*. On peut le considérer comme inetficace ou insuffisant pour des maisons de paysans.
l. J'ai lu quelque part que certains agents laissaient ouvertes pendant la nuit les portes métalliques dans la crainte de voir disparaître la malaria et, avec elle, l'indemnité spéciale allouée aux employés dans les régions malariques.
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Après de longues études et de minutieuses expériences, on est venu à cette conclusion que le meilleur moyen pour éviter la fièvre malarique est le traitement préventif par la quinine absorbée tous les jours pendant la saison des fièvres à la dose de 40 centigrammes pour les adultes et de 20 centigrammes pour les enfants ; pour en faciliter l'absorption, on la donne sous forme de dragées ou de pastilles de chocolat. Les résultats sont probants, puisque parmi les personnes traitées 4 pour 100 seulement sont atteintes de fièvres, au lieu de oO pour 100 parmi les personnes non traitées. Dans l'armée, en 1901, la proportion des soldats atteints de malaria était de 49,94 pour 1 000 : en 1902, elle fut seulement de 36.52 pour 1 000. En 1903, on commence à appliquer le traitement préventif : le nombre des malariques tombe à 24,14 pour 1000, il décroît régulièrement et n'est plus que de 8,04 pour 1 000 en
En 1901, il n'y eut que 1 176 personnes qui se soumirent au traitement préventif dans l'Agro romano; en 1906, il y en eut 42 726. ce qui prouve que les paysans en ont reconnu les bons ell'ets.
On a reproché à la quinine de provoquer des troubles dans l'orgaLiisine ; depuis huit ans que le traitement est en usage en Italie sur des milliers de personnes, la preuve est faite que ces reproches sont mal fondés, sauf cas exceptionnel^:•. L'absorption des doses prophylactiques ne rend pas non plus insensible aux doses thérapeutiques, si elles deviennent nécessaires. Enfin l'objection tirée du coût du traitement disparaît devant le
prix de la quinine de l'Etat ; c'est une dépense de 3 à 4 francs par saison, soft la valeur d'une ou deux journées de travail qui ne sauraient entrer en balance avec les journées de chômage et de maladie auxquelles s'exposent les personnes non traitées. Le traitement préventif de la malaria <'st donc une bonne opération économique.
L'intervention législative a eu précisément pour eïïet de permettre le large emploi curatif et préventif de la quinine et de faire multiplier par ordre ou par encouragement les moyens de défense mécaniques contre les insectes. Les résultats obtenus donnent toute satisfaction à ceux qui ont pris l'initiative de ces interventions gouvernementales.
Sur les chemins de fer du réseau de l'Adriati- <|ue, le nombre des cas de malaria a passé de 69 pour 100 avant 1902 à 15,79 pour 100 en 1908: sur les chemins de fer sardes il a passé de 40 pour 100 en 1897 à 7 pour 100 en 1907. Parmi les douaniers, au lieu de Go malariques sur 100 en 1902, il n'y en a plus que 4,30 pour 100 en 1907. Dans une ferme, près de Vérone, le nombre des malariques passe de oo pour 100 en 1902 à 2 pour 100 en 1907. Dans la colonie pénale agricole de Castiadas, en Sardaigne, les cas de malaria tombent de 92 pour 100 en 190i à 13 pour 100 en 1908.
En permettant aux hommes de vivre dans un milieu infesté de malaria, les mesures propbylactiques et curatives rendent possible l'exécution des travaux d'assainissement et l'organisation de la culture intensive, tandis qu'auparavant l'honnin' ne pouvait vivre sur la terre parce qu'elle était
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malarique et celle-ci ne pouvait être assainie parce que rhomme n'y pouvait pas vivre. C'est une aube de résurrection qui se lève aujourd'hui pour bien des régions désolées.
Enfin la santé publique a été améliorée et la mortalité par la malaria qui, en 1900, était de 15 863 personnes par an, est maintenant, en 1908, de 3 463 personnes. Dans l'Agro romano le nombre des malariques soignés par la Croix-Rouge est tombé de 3 731 en 1900 à 437 en 1908 ; celui des malariques soignés dans les hôpitaux de Rome a passé dans la même période de 6186 à 2 748. Les statistiques accusent donc très nettement les effets bienfaisants de la quinine de Tintât dont la consommation s'est élevée de 2 242 kilogrammes en 1903 à 24 331 kilogrammes en 1908, donnant un bénéfice net de 700 000 francs, qui est employé à continuer et à activer la lutte contre la malaria'.
Certains propriétaires se plaignent, paraît-il, d'avoir à payer la quinine qui est distribuée gratuitement aux ouvriers agricoles. Qu'il y ait parfois du gaspillage, c'est fort possible, mais la dépense est assez faible pour que les propriétaires la soldent sans murmurer : la commune de Romea distribué en 1908 pour 38 310 francs de quinine,
l. En 1908, la Grèce a adopté le système italien pour la lutte contre la malaria. Elle a acheté plus de 10000 kilogrammes de quinine à l'État italien. Il est question, paraît-il, de prendre des mesures analogues pour l'Algérie. — On doit regretter que l'État italien n'ait pas encore entrepris la fabrication de bonbons de chocolat au tîinnate do quinine pour les jeunes enfants dont la mortalité reste élevée parce qu'ils ne peuvent pas absorber les autres sels de quinine trop amers.
ce qui, pour les 200000 hectares de l'Agro romano, représente un peu plus de 19 centimes par hectare. C'est un devoir du pHtron d'assurer à ses ouvriers une bonne hygiène du travail; en toute justice, c'est donc aux propriétaires de supporter les frais de quininisation, d'autant plus qu'ils profitent indirectement de l'amélioration de l'état sanitaire du pays. Les mesures prises par l'état sont évidemment empreintes de paternalisme autoritaire, mais son intervention est ici nécessitée, d'une part, par l'inaptitude de la population rurale à prendre d'elle-même les soins hygiéniques qu'imposent les circonstances, d'autre part, par l'insouciance et la négligence des patrons : focuon des pouvoirs publics se développe en 7'aison du défaut d'organisation privée et de l incapacité générale de la race.
L'initiative privée et la Croix-Rouge. — Les résultats obtenus n'eussent pas été si brillants si les particuliers n'avaii-nt pas apporté à l'œuvre antimalarique un concours précieux. L'Etat peut bien vendre de la quinine» à bon marché et en faire distribuer gratuitement aux travailleurs, mais il faut des savants persévérants pour rechercher continuellement de nouveaux moyens de lutte plus sûrs et plus efficaces, il faut des médecins dévoués pour soigner les malades et appliquer le traitement i préventif.
C'est à la Cervelletta, une ferme où nous reviendrons tout à l'heure, que la Société pour l'étude de la malaria installa en 1899 sa première station expérimentale ; c'est là que le Prof. Celli expérimenta
tout d'abord la protection mécanique coiitre les moustiques et le traitement préventif par la quinine. C'est de cette ferme devenue un modèle de bonification et d'hygiène que la campagne antimalarique s'étendit peu à peu à tout l'Agro romano. A celte campagne donnent leur concours le plus dévoué non seulement les médecins communaux, mais aussi des médecins volontaires et des étudiants qui viennent passer leurs vacances dans les stations sanitaires.
Ces efforts individuels ont été coordonnés par une puissante société privée, la Croix-Rouge italienne, qui, de concert avec l'Etat et la commune de Rome, a assumé l'organisation de la campagne antimalarique dans l'Agro romano et dans les Marais Pontins. En 1V*06, les dépenses se sont élevées à 49481 francs; elles ont été couvertes par des subventions de l'Etat, de la commune (27 000 francs), des œuvres pies et par des souscriptions particulières assez rares d'ailleurs '. Dans l'Agro romano, sept ambulances on t fonctionné du 13 juin au 15 novembre avec des médf^cins. des infirmiers et des voitures de transport. Le service est assez dur pour le médecin qui visite chaque jour, ou au moins un jour sur deux, tous les campements de sa circonscription pour soigner les malades et assurer la prophylaxie par la quinine. Le traitement préventif a été appliqué par la Ooix-Rouge, en 1906, à 16 820 personnes: il y a eu 376 cas de
1. A première vue on est étonné de voir peu de propriétaires figurer sur les listes de souscription, mais n'oublions pas qu'ils remboursent à la commune la quinine distribuée aux ouvriers qui travaillent sur leurs terres.
fièvre dont 129 cas primitifs et 447 récidives, soit en tout 3,4 pour 100 d'atteints ; les autres cas de maladies diverses se sont élevés à 733. La malaria est donc aujourd'hui extrêmement atténuée grâce aux mesures prises'. Cette même année, on installa dans les Marais Pontins, mais seulement à partir du 26 juillet jusqu'au 30 novembre, trois ambulances qui traitèrent préventivement 11465 personnes ; il y eut 1 294 cas de fièvre, soit 10,6 pour 100 et 686 cas de maladies diverses; en 1907, la proportion des malariques est tombée à 6,8 pour 100 et, en 1908, à 1,2 pour 100.
Tels sont les moyens employés pour lutter contre la malaria, et tels sont les résultats obtenus. Ils sont entièrement satisfaisants, et l'Italie peut être fiera de son œuvre ; elle a remporté une belle victoire sur le mal qui depuis tant de siècles décimait ses enfants et condamnait tant de régions à une misère dont on ne prévoyait pas la tin. Il s'est trouvé des hommes de science et de cœur pour étudier le mal avec la ferme volonté de le détruire. Si leur but n'est pas encore pleinement atteint, il est en voie de l'être grâce à l'appui des