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II. — LA MALARIA

Les fièvres malariques. — La malaria est due à de petits parasites animaux vivant dans le sang et provoquant la fièvre tous les jours (fièvre quotidienne), tous les deux jours (lierce), tous les trois jours (quarte). Si on ne traite pas le malade parla quinine, les parasites restent dans le corps pendant plusieurs années, occasionnant de fréquents accès de fièvre, de l'anémie et un développement exagéré de la rate qui peut occuper presque tout le ventre et atteindre le poids de 2 kilogrammes et demi, alors que son poids normal est de 200 grammes. Ces parasites sont transportés d'homme à homme par une classe de moustiques, les anophidea dont les larves vivent dans les eaux stagnantes. Si un malade infecté de parasites arrive dans une localité oii abondent les mares el les anophèles, ces insectes s'infectent en piquant le malade et transportent les microbes qu'ils ont

1. Cf. Joncs. Ross. Ellett, La Malaria, un fattore trascuratu délia storia di Grecia e di Borna (traduction du D' Francesco Genovese). Naples, Detkeii et Hocholl, 1908. — Prof. A.Celli, Andamento periodico délie fehbri malariche negli Ospedali di Roma dni 1850 ad oggi (Extrait des Alti délia Socielà per ijli studi délia malaria, \ol. IX, Homo, 1908); L'opéra délia Socielà per gli sludi dellamalaria (1898-1008) (Extrait de Malaria, vol. I, fasc. I, Leipsig Bartli., 1908).

sucés dans le sang des autres personnes qu'ils piquent. La malaria peut ainsi se répandre inopinément et rapidement, grâce à un seul malade et se transmettre de génération en génération. En 1866, l'île Maurice fut brusquement, et sans qu'on sut comment, envahie par la malaria qui y était jusqu'alors inconnue. L'hypothèse de la transmission de la malaria parles moustiques est déjà ancienne, mais elle a été vérifiée et confirmée scientifiquement en 1897 et 1898 par Ross,, médecin de l'armée anglaise ; nous verrons toute l'importance de cette découverte pour la lutte contre la malaria. Cependant, d'après les observations récentes, les anophèles qui hivernent guériraient ; il n'est donc pas absolument certain que ces moustiques transmettent l'épidémie d'une année à l'autre et s'infectent de mère à fille par hérédité. Il n'y a pas non plus relation directe entre l'intensité de l'épidémie malarique et le nombre des anophèles ; on n'a pas jusqu'ici, en Italie et en Algérie, trouvé plus de 4 pour 100 d'anophèles infectés, même dans les mois et dans les endroits où la malaria sévit avec le plus d'intensité. « Il se rencontre aussi dans le Nord de l'Europe, comme dans l'Italie septentrionale et centrale, de nombreuses localités renfermant des marais où abondent les anophèles, sans que, pour cela, la malaria s'y développe, même s'il arrive du dehors des raalariques ou s'il s'y manifeste quelque cas autochtone et sporadique de fièvre. Les causes de ce phénomène si intéressant qui, pour notre bonheur, peut aussi se vérifier en pleine Italie méridionale, ne sont pas encore con-

nues. Quelles qu'elles soient, il est certain que paludisme et anopliélisme peuvent exister sans malaria et peuvent persister quand la malaria s'atténue ou disparait. Cependant, Tanophélisme sans malaria peut »":'tre compromis toutes les fois qu'un ou plusieurs des facteurs directs de la malaria, comme le paludisme accentué, ou des facteurs indirects comme l'agglomération, la misère, les désordres de vie, etc., s'élèvent en puissance, tandis que, dans d'autres cas, il faut des facteurs étiologiques plus complexes et plus obscurs pour déterminer la réinfection du site '. »

Les larves d'anophèles peuvent hiverner sous la glace. De petites ilaques d'eau ont souvent plus d'importance pour le développement des moustiques que de grands marais. Les anophèles évitent en général les eaux putrides, salées et sulfureuses ^ Les rizières, non plus que les autres cultures irriguées, ne sont pas en elles-mêmes une cause de malaria ; les forêts en plaine marécageuse lui sont au contraire très favorables. Les mouvements de terre dans les chantiers de terrassement ne sont pas par eux-mêmes générateurs de malaria. Le nomadisme des ouvriers est un important fac-

1. Cf. A. Gelli, L'opéra délia Sorielà jut (jli studi délia malaria, p. 14.

2. Ce qui explique que la malaria n'existe pas à Bagni, qu'elle était moins développée à Ostie et à Maccarese avant le dessèchement des étangs littoraux, et enfin que le rouissage des plantes textiles n'est pas une cause de malaria, tout au contraire. Gopendant les frères Sergent ont observé récemment en Algérie que certaines variétés de moustiques malarifèros [louvent vivre aussi dans les eaux salées et dans les eaux sulfureuses. Cf. A. Gelli, La malaria in Ilalia durante il 190S Roma, 1909.

teur de dissémination, mais le vent ne semble pas pouvoir transporter à plus de deux kilomètres les anophèles qui par eux-mêmes ne volent pas à plus de 3o0 mètres.

L'influence du climat est encore mal déterminée ; la chaleur précoce ne fait pas éclater plus tôt l'épidémie qui, à Rome, se manifeste régulièrement après la première décade de juillet, mais les chaleurs tardives de l'automne la prolongent.

« Les causes multiples qui vraiment et proprement prédisposent aux épidémies sont encore obscures. L'équation malarique peut donc s'écrire ainsi :

« Homme malarique -~ anophèles -+- x, y, 2=: épidémie de malaria. »

X, y y z désignant les facteurs favorables ou défavorables d'ordre biologique (oc), ou physique (y), ou social (;), dont, jusqu'à présent du moins, le mode d'action est inconnu, mais qui, sans doute possible, influent puissamment sur l'homme ou sur l'anophèle pour activer ou ralentir l'épidémie \ »

La fièvre malarique est caractérisée par une certaine périodicité et parl'hyperlrophie de la rate (splénomégalie). « Un cycle fébrile de périodicité tierce ou quarte est certainement malarique ; aucune autre infection ne présente ce type de périodicité. Vous pouvez être sûr que, si un malade souflro de fièvres revenant toutes les 48 ou 72 heures, de quelque façon quo cela arrive, il

1. Cf. A. Gelli, L'opciii délia Socictô per yli sludi delta malarin, p. 18.

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s'agit certainement d'infection malarique'. » Cependant, par suite de double infection (parasite tierce et parasite quarte), la périodicité peut être différente, quotidienne, par exemple.

Un accès de malaria passe par trois stades : froid, chaleur, sueur.

4" stade. L'accès commence par un sentiment de fatigue, des douleurs de tète, des nausées et des vomissements. Le malade a des frissons et présente un abaissement de la température cutanée, souvent combiné avec fièvre interne. Le pouls est fréquent et dur ; l'urine est augmentée.

2® stade. Le deuxième stade est marqué par la chaleur et la rougeur de la peau. Pouls plein et fort, soif intense et souvent délire.

3* stade. Sueur plus ou moins abondante, à laquelle succède la chute de la lièvre tierce et parfois le sommeil.

Il y a quatre espèces de parasites malariques : ceux de la fièvre quarte, de la fièvre bénigne, de la fièvre tierce grave ou maligne et de la lièvre quotidienne.

Quarte : fièvre qui dure en moyenne 9 beures tous les 3 jours.

Tierce bénigne : dure 11 heures tous les 2 jours.

Tierce grave : dure 40 heures ; monte lentement, oscille pendant quelques heures, décline un peu et de nouveau remonte plus haut et à la fin décline. Revient tous les deux jours.

Quotidienne : fièvre de 6 à 12 heures chaque! jour. Elle peut être produite : 1" par trois généra-

1. Patrick Manson, Lettres sur les maladies tropicales, p. 153.

tions de parasites quartes ; 2" par deux générations de parasites tierces; 3" par une génération de parasites quotidiens.

La semi-tierce ou pernicieuse est probablement une tierce grave double : fièvre continue avec exacerbations tierces. C'est la forme la plus dangereuse, ordinairement mortelle.

La malaria n'a pas partout la même gravité. Dans la Haute-Italie et sur le versant adriatiqne de l'Italie moyenne, c'est la fièvre tierce bénigne qui domine ; dans l'Italie méridionale, ce sont, au contraire, les parasites des fièvres graves qui sont dominants, et dans quelques localités de la province de Rome existe la malaria la plus grave qu'on connaisse. Dans le Midi, les fièvres ont leur minimum en juin pour atteindre leur maximum en août et décroître lentement ou rapidement, suivant les conditions climatériques. Dans l'Italie du Nord, au contraire, l'épidémie qui a son minimum en février, se développe lentement au printemps, atteint son maximum en septembre et décroit brusquement.

Parmi les causes occasionnelles qui provoquent ou favorisent des récidives, il faut citer: alimentation insuffisante ou indigeste, troubles gastrointestinaux, alcoolisme, travail pénible ou trop prolongé, fatigues nerveuses, refroidissements brusques, changements de climat et de pays, voyages de mer, opérations chirurgicales, grossesses, accouchements, saignées, infections mixtes (pulmonites, entérites, etc.). On voit que les ouvriers agricoles de l'Agro romano sont particulièrement exposés aux fièvres malariques par suite de leurs mauvaises conditions d'existence.

L'épidémie n'a pas tous les ans la même gravité. D'après les statistiques des hôpitaux civils et militaires de Rome, on peut noter depuis 48o0, un cycle épidémique périodique avec des oscillations régulières tous les cinq ou six ans ; on a aussi pu enregistrer une recrudescence de la malaria de 1872 à 1881 ; le maximum a été atteint en 1879 avec 23 000 malariques soignés dans les hôpitaux de Rome au lieu de 7 000 en 1871 et 7 300 en 1882'.

Il semble hien que la malaria existait dans l'antiquité. D'après ce que disent certains auteurs grecs, Hippocrate en particulier, on peut inférer qu'il existait alors des fièvres tierces et quartes avec hypertrophie de la rate-.

De bonne heure on a connu à Rome le culte do la déesse de la Fièvre à laquelle le mois de février fut consacré. Cependant, aux premiers temps de Rome, la campagne était probablement plus peuplée qu'elle ne l'est aujourd'hui, à en juger par les vestiges des villes étrusques et latines (Fidènes, Ardea). On trouve à Rome même et dans la Campagne et jusque dans les Marais Pontinsdes canaux souterrains servant à l'assainissement (cunicoli) ; les archéologues estiment que ces travaux sont antérieurs à l'époque romaine. Les plus an-

1. Les premiAres statistiques relatives à la malaria dans lesliôjiitaux (le Rome ont été recueillies par deux médecins militaires français du corps d'occupation, le D'' Balley, Endémo-épidémie et météorologie de Rome (Paris, 1867), et le D" Léon Colin, Traité des (iî'vres intermittentes (Paris, 1870).

2. Eu IDO.'i, en Grèce, on estime que, sur deux millions et demi d'habitants, il y en eut un million atteint de malaria, et que six mille moururent.

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i<îiens centres habités du Latium se trouvaient !,<lans des lieux aujourd'hui très malsains ; on en jconclut qu'à celte époque, il ne devait pas y avoir kde malaria forte. Mais elle sévit d'une façon in- ;tense dans la seconde période de la République: €icéron fait mention de lièvre tierce et quarte ; €aton parle de bile noire et de rate gonflée '.Toutefois, il n'y a pas de preuves péremptoires qu'elle ■existât à Rome au m^ siècle avant Jésus-Christ. Jones émet l'opinion qu'elle a dû être apportée •en Italie par les soldats d'Annibal ■. A l'époque ■d'Horace, la fièvre sévissait fortement dans la ville, d'où elle a disparu depuis ; il est vrai que i'impluvium de la maison romaine et les inondalions du Tibro étaient alors très favorables au développement des moustiques. Au début de l'ère •chrétienne, d'après les auteurs, les environs de Rome étaient malariques et cependant Pline passait avec délices l'été à sa villa de Laurentium ^ ; or, Paterno est aujourd'hui un endroit des plus malsains. Il y avait aussi, sous l'Empire, de nombreuses villas sur le littoral d'Ostie et jusque dans les Marais Pontins oii la malaria sévit aujourd'hui <ivec intensité.

Devant ces témoignages, un peu contradictoires ^•n apparence, on peut admettre comme vraisemblable l'opinion du Prof. Celli qui estime que la malaria a dû exister de tout temps dans la Campagne romaine. D'après les statistiques actuelles,

1. « Et si atrabilis est et si lienes turgent » (De re rustica,

■'•II. CLVIl).

i. Cf. Jones, op. cit.

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