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IX. — DIFFICULTÉS DE L’AGRICULTURE INDUSTRIELLE

À la vérité c’est une statistique de l’exploitation, non de la propriété. Mais la tendance générale ne se manifeste pas moins. La statistique des propriétés ne peut révéler qu’une centralisation plus considérable, à coup sûr elle ne révélera pas une centralisation moindre, que la statistique des exploitations.

Mais s'il n’est pas exact que la seule garantie du üdéicommis produise la grande propriété foncière, il est certain du moins que cette garantie favorise au plus haut point sa formation et son développement ; et ainsi elle crée les conditions préliminaires du passage à la forme la plus haute dont soit susceptible l’agriculture dans le système de production capitaliste.

La grande étendue des latifundia leur permet de donner à chacune de leurs exploitations l’étendue et la forme qui conviennent le mieux à sa destination particulière ; elle permet de réunir difïérentes exploitations en un seul organisme économique qu’on dirige d’une manière méthodique ; d’un autre côté le üdéicommis facilite l’accumulation du capital et permet de rendre la culture plus intensive, en dégrevant l'exploitation des charges qu’entraîne la division des successions. D’après le relevé des dettes de 1883, dans 42 bailliages prussiens la dette hypothécaire était, pour un produit net d’impôt foncier d’un thaler (sans déduction de la valeur des batiments hypothéqués) :

Biens de fidéicommis Propriétés avec produit net de l’impôt foncier

et de fondations de plus de 500 thalers de 100 à 500 t. de 30 à 100 t.

20,30 marks 84,40 marks 54,10 marks 56,20 marks

La sécurité de la propriété, particulière au üdéicommis, permet des améliorations à perte de vue, elle favorise aussi le développement du fermage qui prospère surtout là où le fermier esf sûr de ne pas être lésé dans ses droits par une mutation de propriété ou par l’insolvabilité d’un propriétaire.

Ce n’est donc pas un hasard que le latifundium garanti par le fîdéicommis a produit les deux formes les plus hautes de l’agriculture capitaliste, en Angleterre le fermage capitaliste, en Autriche l’exploitation monstre par la réunion de plusieurs domaines en un seul.

Mais, bien que cette forme de latifundium assure plus encore que toute autre forme de la propriété foncière la possibilité de l’exploitation capitaliste la plus parfaite, c’est précisément le latifundium garanti par le fidéicommis qui est, entre toutes les formes de la propriété foncière, celle qui échappe le plus à la nécessité de la culture la plus rationnelle possible.

Il échappe à cette nécessité tout d’abord parce que son propriétaire n’est pas forcé de protéger sa propriété contre la concurrence. Nous ne sommes pas de ceux qui identifient la concurrence sur le marché avec la lutte pour la vie, et voient là une nécessité naturelle. Une certaine rivalité entre les membres de la société et la sélection des mieux doués est assurément une condition indispensable de n'importe quel progrès social, que dis-je, elle est indispensable pour que la société garde les positions qu’elle a enlevées. Mais c’est une erreur que de déclarer que l’existence d’une société socialiste est incompatible avec cette rivalité et cette sélection. Supprimer les différences de classe, égaliser les conditions de vie des différentes classes, ce n’est nullement supprimer toutes les autres différences sociales qui peuvent agir sur les individus et les stimuler. C’est ainsi que nous voyons aujourd’hui, par exemple, à l’intérieur d’un syndicat ouvrier dont les membres ne se distinguent pas par une différence de classe, dont le standard oflife est le même, des différences dans l’autorité, la puissance, le genre d’activité de chacun, et par suite une émulation et une sélection dans le choix de ceux qui sont appelés à représenter ou à administrer la communauté, et ces différences ne pourraient qu’augmenter dans l’organisme

DIFFICULTÉS DE L AGRICULTURE INDUSTRIELLE

serait la société moderne socia-

égalité dans les conditions de la vie

si compliqué que liste. Bien loin que supprime l'émulation et rende impossible le choix des plus capables pour les places les plus hautes, les plus difficiles, on peut dire qu’elle est la condition de l’une et de l’autre. Une course de chevaux partant d’endroits différents serait une absurdité. Il en est de même d’un concours entre individus qui ne sont pas placés dans les mêmes conditions. Mais le choix des plus capables luimême ne peut se faire que parmi des gens ayant la même situation.

Cette émulation et cette sélection, ce n’est pas la concurrence comme la comprennent les économistes bourgeois. Elles se produisent aujourd’hui dans les entreprises capitalistes où règne non pas la concurrence au sens des économistes bourgeois, mais une coopération méthodique. Le régime de la concurrence considérée comme régulateur de la vie économique commence là où Unit cette coopération méthodique. Les rapports qu’ont entre elles les exploitations particulières de production de marchandises sont déterminés par la concurrence. Dans une exploitation particulière, l’exploitation se fait méthodiquement avec la plus grande économie possible, mais dans la société elle se fait sans plan réglé d’avance et si elle ne devient pas tout à fait chaotique, c’est simplement parce que les produits qui sont surabondants perdent leur valeur, et que ceux à la production desquels la société a consacré trop peu de travail et qui ne suffisent pas aux besoins sont payés plus que leur valeur, — ce qui est le procédé le moins économique et le plus maladroit qu’on puisse imaginer.

4 l’anarchie de la production marchande répond le genre de sélection des propriétaires et des administrateurs des exploitations particulières. Dans le régime de la propriété individuelle des moyens de production, c’est en première ligne le hasard de la naissance qui décide

l’agriculture dans la société Capitaliste

de ce choix. Après seulement la sélection entre en scène par la concurrence ; mais elle agit moins en mettant en avant les mieux doués qu’en supprimant les moins bien doués, et cela, non pas en déplaçant l’administrateur incapable, mais en amenant la ruine de toute l’exploitation, méthode qui, en cruauté et en gaspillage de forces, peut assurément se comparer avec la lutte pour l’existence des organismes individuels, quelque peu de ressemblance qu’elle ait d’ailleurs avec elle.

Mais quels que soient la barbarie et le gaspillage de cette méthode, elle est la seule capable, sous le régime de la production marchande et de la propriété individuelle des moyens de production, de contraindre à la plus grande économie possible et à la forme la plus rationnelle de production dans chaque exploitation particulière.

Pareille contrainte est supprimée pour le fidéicommis, — sans que soit supprimée la propriété privée des moyens de production qui la rend nécessaire. Le propriétaire d’un bien garanti par fidéicommis peut l’administrer aussi mal qu’il voudra, il ne pourra ainsi que diminuer ses recettes sans mettre jamais sa propriété en danger.

Ce serait une sottise de vouloir garantir par fidéicommis un capital industriel ou commercial. Ce capital est beaucoup trop changeant et variable pour supporter une telle entrave. Le capital se métamorphose sans cesse, aujourd’hui c’est de l’or, demain ce seront des moyens de production, après demain delà marchandise ; il est soumis aux condensations et aux dilatations les plus variées, aux alternatives de crise et de prospérité, etc. Le sol au contraire est soumis à de tout autres lois, et c’est un tort de le comparer au capital. Ce n’est pas une valeur produite par le travail, et mise en circulation. Et même au point de vue matériel il diffère totalement des moyens de production qui représentent le capital. Ceux-ci perdent de leur valeur, le sol est indestructible. De nouvelles découvertes à chaque

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