IX. — DIFFICULTÉS DE L’AGRICULTURE INDUSTRIELLE
c’est là aussi que les grands propriétaires fonciers dépensent la plus grande partie de leurs rentes. La hausse de la rente foncière, grâce aux droits, aux subventions, ne signifie donc pas une imposition de la ville au profit de la campagne, ou un retour des valeurs de la ville à la campagne ; sa signification consiste à dire qu 'en dehors de ï agriculture , la masse des consommateurs de la ville est rançonnée au profit de quelques propriétaires fonciers qui demeurent la plupart du temps dans les villes, et de leurs créanciers de la ville.
A cet écoulement toujours croissant de valeurs dans les villes, écoulement que rien ne vient compenser, correspond un écoulement toujours croissant de denrées alimentaires sous forme de blé, de viande, de lait, etc., que le paysan est forcé de vendre pour payer les impôts, les intérêts de la dette et du fermage. Mais en même temps, comme conséquence de la ruine progressive de l’industrie à domicile à la campagne en vue de l’usage personnel, et du besoin croissant des produits industriels provenant de la ville, augmente l'écoulement de valeurs de la campagne à la ville, auquel correspond un mouvement équivalent en sens contraire. Mais bien que cet écoulement ne soit pas un épuisement de l’agriculture au point de vue des lois de la valeur, il a cependant pour effet, comme les autres facteurs cités plus haut, d’épuiser sa substance, d’appauvrir le sol de ses matières nutritives. Le progrès de la technique agricole, bien loin de compenser cette perte, consiste plutôt en un perfectionnement continu des méthodes qui épuisent le sol et qui augmentent la masse des matières nutritives qui lui sont enlevées annuellement pour s’écouler dans la ville.
On a opposé à cela que l’agronomie moderne attache la plus grande importance à la statique de l’agriculture et demande que les matières nutritives qui sont empruntées au sol lui soient restituées au moyen d’une fumaison appropriée. Mais ceci ne détruit absolument pas ce que
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nous avons dit plus haut. L’épuisement progressif du sol reste un fait établi. Etant donnés les rapports qui existent actuellement entre la ville et la campagne, et les procédés modernes de l’agriculture, on arriverait bien vite à la ruine complète de l’agriculture, n’étaient les engrais chimiques. Ceux-ci permettent de parer àl’amoindrissement de la fertilité ; mais la nécessité de les employer en quantités de plus en plus grandes n’est qu’une charge de plus qui s’ajoute aux autres charges de l’agriculture, et qui comme elles provient de l’état social actuel et non d’une loi naturelle. Parla suppression de l’antagonisme existant entre la ville etla campagne, du moins entre les grandes villes dont la population est très dense et la campagne presque déserte, les matières empruntées au sol pourraient lui être presque totalement restituées, et les engrais chimiques seraient tout au plus destinés à enrichir le sol de certaines substances et non à remédier à son appauvrissement. Tout progrès de la technique en agriculture aurait alors pour résultat, même sans apport d’engrais chimiques, une augmentation de la teneur du sol en principes nutritifs solubles.
Il faut noter que, malgré tous les progrès réalisés par l’agronomie en Angleterre, le rendement du blé a diminué de 1860 à 1880, tandis qu’il avait augmenté jusqu’alors,
La moisson annuelle par acre s'élevait en moyenne :
de 1857 à 1862. à 28,4 boisseaux de 1869 à 1874. à 27,2 boisseaux » 1868 à 186S. à 30,8 » » 1875 à 1880. h 22,6 »
Cette baisse, a cessé depuis 1880, non parce que le sol est devenu plus fertile, mais parce que les terres moins propres à la culture du blé ont été transformées en pâturages par suite de la concurrence des pays d’outre-mer, si bien que les plus fertiles seules sont encore cultivées. La surface de culture du blé depuis 1870 jusqu’à nos jours a passé de 3 800 000 acres à 1 900000 ; elle a donc diminué exactement de la moitié.