IX. — DIFFICULTÉS DE L’AGRICULTURE INDUSTRIELLE
de préserver la population rurale des « séductions » de la ville, et quels que soient les efforts des propriétaires fonciers pour entourer leurs gens d'une muraille de Chine, le militarisme qui leur inspire une telle vénération démolit ce mur et conduit les jeunes paysans dans les villes.
Réduire l’instruction, compliquer toutes les occasions de s’instruire par les livres et les journaux, tout cela n’a d’autres résultats que d’empêcher les campagnards de se faire de la ville l’idée la plus juste, et, d’autre part, de montrer, d’une manière plus vive, aux gens intelligents de la campagne, la barbarie de leur entourage, et de les pousser ainsi d’autant plus vite à la ville.
On ne peut pas démontrer par la statistique cette forme de l'abandon de la campagne. Mais on sait que les agriculteurs se plaignent moins de la diminution du nombre des ouvriers en général, que delà diminution du nombre des ouvriers intelligents.
L’abîme intellectuel qui sépare la campagne et la ville, abîme qu’a produit l’immense supériorité de la ville au point de vue des facilités de l'instruction et du développement intellectuel, cet abîme est ainsi rendu plus profond encore.
A la diminution de la population, à la décrépitude intellectuelle de la campagne s'ajoute encore, assez souvent, une dégénérescence physique. Celle-ci n’est pas limitée aux districts industriels. Une alimentation insuffisante, des logements où toutes les exigences de l'hygiène sont sacrifiées, le surmenage, la crasse et l'ignorance, des occupations accessoires malsaines, l’industrie à domicile, contribuent diversement à la dégénérescence physique de la population rurale.
Dans ces derniers temps on a même produit les chiffres d’une statistique qui établirait qu’en général la population industrielle est déjà plus propre au service militaire, par conséquent mieux développée physiquement, que la
La proportion des hommes propres au service était donc, chez les paysans, un peu inférieure à la moyenne.
Ce n’est pas seulement au point de vue économique, numérique et intellectuel, c’est aussi au point de vue physique que la population agricole baisse de plus en plus proportionnellement aux autres classes de la société.
Ainsi le développement capitaliste n’a pas seulement pour résultat une aggravation toujours croissante des charges qui pèsent sur l'agriculture, mais aussi la destruction « des sources fondamentales de toute richesse », la terre et les travailleurs. (Cf. Le Capital, de Marx, 1er vol., 13° chapitre, | 10, Grande industrie et agriculture , où l’ordre çl’idées qu’on vient d’exposer a déjà reçu son expression classique).
Ces modifications agissent naturellement sur l’exploitation agricole. C’est surtout la question ouvrière, com-
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population des campagnes. Cependant la force démonstrative de ces chiffres est très contestée ; aussi nous abstiendrons-nous d'en tirer parti.
Mais s’il n’est pas encore permis de parler en général* d’une infériorité physique de la population de la campagne, ce qui est certain c’est que sa supériorité disparaît. Même dans un pays agricole comme la Suisse, elle ne se distingue plus au point de vue physique. Sur 241 076 conscrits, dans les années 1884-1891, il y avait 107 607 travailleurs agricoles.
On comptait :
Ajournés
Bons poulie service
Impropres
au
' service
Parmi les paysans .
Sur l’ensembïe des conscrits ayant passé la révision .