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X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC

Le mode de production capitaliste nécessite une révolution continue de la production par l’accumulation, l’entassement incessant de nouveaux capitaux, et par des révolutions techniques qui résultent du progrès ininterrompu des sciences qui se sont mises au service du capital. La masse des produits de l’exploitation capitaliste croît donc chez les nations capitalistes d’année en année ; et elle croît beaucoup plus vite que la population.

Chose assez bizarre, cette accumulation constante de richesse devient une source d’embarras croissants pour les producteurs capitalistes, en raison de cette circonstance que leur mode de production est une production de plus-value qui échoit non au prolétariat mais à la classe capitaliste, et qu'elle est en même temps une production en grand, une production pour la consommation des masses.

C’est là une différence essentielle entre la production capitaliste et la production féodale ou antique. Le seigneur féodal ou le possesseur d’esclaves arrachaient aussi à leurs ouvriers une surproduction, mais cette surproduction était consommée par eux ou leurs parasites. La plus-value appropriée par le capitalisme prend d’abord au contraire en général la forme d’une production que la masselpopulaire doit acquérir avant qu’elle puisse prendre la forme de produits destinés à la consommation des capitalistes. Le capitaliste doit, de même que le seigneur féodal ou le maître d’esclaves, tendre à diminuer la consommation des masses pour augmenter la sienne propre; mais il a en outre une préoccupation que les autres ignoraient et qui est d’accroître constamment la consommation par masses. Cette contradiction est un des problèmes les plus caractéristiques et en même temps les plus difficiles qu’ait à résoudre le capitaliste moderne.

Les politiques naïfs et aussi des socialistes zélés s’occupent depuis longtemps de lui démontrer que la

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consommation par masses est d’autant plus grande que la consommation des masses laborieuses est plus grande, et que par suite il n’a rien de mieux à faire, pour que la production suive son cours normal et même augmente constamment, que d’élever les salaires. Mais le meilleur effet que puisse avoir cette considération, c’est que chaque capitaliste voie avec plaisir l’élévation des salaires dans toutes les industries, saufla sienne. Un brasseur peut trouver son intérêt à l’augmentation de la consommation des masses grâce à l’élévation des salaires des autres ouvriers, mais jamais grâce à l’élévation du salaire de ses ouvriers. Il est exact que plus les salaires sont élevés, plus le capitaliste peut vendre. Mais il ne produit pas pour vendre, mais pour empocher un profit. Mais le profit est, ceteris paribus , d’autant plus élevé que la plus-value est plus grande, et celle-ci est d’autant plus grande que le salaire est moins élevé pour la même somme de travail donnée.

Aussi bien les capitalistes connaissent-ils et ont-ils connu de tout temps d’autres méthodes, pour élever la consommation par masses des produits de l'exploitation capitaliste, que celle qui consiste à augmenter la consommation des masses ouvrières. Ce n’est pas dans le prolétariat ouvrier qu’ils cherchent tout d’abord leur débouché le plus important, mais dans les masses non prolétariennes de la population, avant tout dans le peuple des campagnes. Nous avons vu comment ils ruinent dans les campagnes l’industrie à domicile et constituent ainsi un grand marché pour le débit de leurs masses de produits.

Mais ce marché suffit d’autant moins que le mode de production capitaliste a des moyens plus puissants, et que la classe salariée, qui crée les grandes masses de produits et n’en peut nécessairement consommer qu’une partie devient prédominante dans la population. L’extension du marché hors des limites de la nation, la production pour

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