‹ La question agraireChapitre 65 sur 189 · VU. — LES LIMITES DE L’EXPLOITATION CAPITALISTE · texte numérisé non relu

VU. — LES LIMITES DE L’EXPLOITATION CAPITALISTE

nique, par exemple l'introduction de l’électricité en agriculture, ne crée pas des conditions nouvelles qui étendraient les limites maxima de la grande exploitation, meme dans le cas d’une culture intensive. En tout cas, il ne faudrait pas considérer cette diminution de la superficie exploitée comme une victoire de la petite exploitation sur la grande, mais seulement comme une plus grande condensation de l’exploitation sur de plus petites étendues, ce qui peut et doit aller de pair avec un accroissement du capital engagé dans l’exploitation, souvent aussi avec une augmentation du personnel employé, et par conséquent avec une augmentation effective de l’exploitation .

Comme le passage d’une simple agriculture de pillards aune agriculture régulière, visant le maintien durable de la fertilité du sol, de même la substitution du labourage au pâturage extensif amène une tendance à diminuer l’étendue moyenne des propriétés, la grandeur des exploitations restant la même ou même allant en croissant. Et l’on arrive au même résultat en remplaçant la culture des céréales par l'élevage intensif, qui précisément fait aujourd’hui de grands progrès dans les vieux pays de culture.

En Angleterre, la grandeur moyenne des exploitations d’élevage était, en 1880, de 52,3 acres, celle des exploitations de céréales, de 74,2 acres. Elles se répartissaient de la manière suivante d’après leur grandeur.

SUPERFICIE PROPORTIONNELLE POUR LES DIFFÉRENTES CATÉGORIES D’ÉTENDUE DES EXPLOITATIONS

Désignation

Jusqu’à 50 acres

50 à 100 acres

100 à 300 acres

acres

à 1000 acres

Au dessus de

1000 acres

Élevage .

Culture des céréales .

Si, en Angleterre, comme c’est le cas aujourd’hui, la culture des céréales perd de plus en plus de terrain, et si l’élevage intensif la remplace de plus en plus, il est clair que les fermes doivent tendre à diminuer. Mais ce serait juger très superficiellement si l’on en concluait un recul de la grande exploitation.

Du reste, malgré cette circonstance, les nouveaux chiffres ne nous montrent pas une diminution moyenne de l’étendue des fermes. L’étendue moyenne des exploitations agricoles de plus d’un acre de surface (de celles seulement dont la surface a été mesurée en 1895), atteignait en Grande-Bretagne en 1885, 61 acres; en 1895, 62 acres ; elle a donc ainsi augmenté un peu.

Dans les provinces allemandes situées à l’Est de l’Elbe, le passage à une culture plus intensive conduit également à un rétrécissement de. Détendue des grandes propriétés.

« La plupart de nos grandes propriétés, dit Sering dans son livre déjà cité sur la Colonisation intérieure dans l’Allemagne orientale, sont actuellement trop étendues pour permettre une culture suffisamment intensive sur toute l’étendue de l’exploitation. Elles se sont formées et développées à une époque où les conditions générales de l’exploitation n’exigeaient pas cette concentration des capitaux et des forces sur une seule parcelle de terre, chose qui est aujourd’hui une nécessité absolue de l’exploitation privée et nationale... C’est ainsi qu’il arrive que les soles extérieures, qui représentent souvent un cinquième ou un quart de l’étendue totale, soient exploitées aujourd’hui presque sans exception d’une manière tout à fait extensive, par exemple soient employées à la culture de lupins ou de plantes fourragères vivaces. Dans les propriétés au sol difficile de la Nouvelle Poméranie Citérieurequi sont cultivées intensivement, on compte que les terres de labour qui sont éloignées de plus de 2 kilomètres de la ferme principale, ne méritent plus d'être

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cultivées... Le mangue général de capital suffisant pour l’exploitation est dû à la trop grande étendue des propriétés.

« La diminution de la surface des propriétés, par la vente ou l’affermage des parties éloignées à des colons petits paysans, augmente de deux manières la production du sol. La colonisation couvrant d’un grand nombre de centres d’exploitation les propriétés anciennes, les terres qui, à cause de leur situation défavorable par rapport à la ferme, avaient été exploitées d’une manière ininsuffisante, entrent en pleine culture. Pour les biens restant à l’écart, on dispose d’un plus grand capital, d’un plus grand nombre de travailleurs, et leurs propriétaires, ayant à payer des intérêts moindres, reçoivent bientôt un bénéfice net égal ou supérieur à celui qu’ils avaient avant le partage » (p. 92, 93).

Ainsi les grandes propriétés des provinces situées à l’Est de l’Elbe diminuent, de petites propriétés paysannes se créent à côté d’elles, non parce que la petite exploitation est supérieure à la grande, mais parce que Iss surfaces des propriétés étaient jusqu’ici adaptées aux exigences de la culture extensive.

e) Le Latifundium.

De tout ce qui précède résultent deux conséquences. D’abord, ce fai t que les chiffres que donne la statistique des surfaces des exploitations ne signifient pas grand’chose ; ensuite, que le procès de centralisation du sol pour l’agrandissement d’une propriété foncière, déjà beaucoup plus difficile en soi que le procès de l’accumulation et de la centralisation du capital, a, dans des circonstances données, des limites pour chaque exploitation.

Ce n’est que là ou domine le fermage que les grands propriétaires fonciers éprouvent le désir d’étendre à l’infini ces biens particuliers. Là, exploitation et pro-

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priété ne coïncident pas, le grand propriétaire n’afferme pas à un seul entrepreneur sa propriété quand elle est trop considérable. Il la divise en un certain nombre de fermages, dont il détermine l’étendue de manière à en tirer les plus grands profits, et cette division n’est pas déterminée seulement par le souci de favoriser l’exploitation lapins rationnelle de son bien, mais aussi par la considération des ressources capitalistes des fermiers qui s’offrent.

Là ou domine le système de l’exploitation de la terre parle propriétaire ou ses employés, où l’exploitation et la propriété ne font qu’un, dès qu’une grande exploitation s’est arrondie et qu’elle possède un terrain suffisant, la tendance à la centralisation se manifeste non plus par le désir de l’agrandir encore, mais par celui d’en acquérir une autre.

EL cette tendance, dans certains cas, se manifeste très fortement; le Dl Rudolf Meyer nous en donne un témoignage éclatant dans son livre si intéressant sur la baisse de la rente foncière. Il a suivi de très près le développement de la grande propriété foncière en Poméranie, et il a constaté ainsi qu’en 1855, dans ce pays, 62 très riches propriétaires de terres nobles possédaient 229 biens; qu’en 1891, au contraire, ils en possédaient 485 avec une superficie de 261 795 hectares. Les familles auxquelles appartenaient ces 62 propriétaires, et qui comptaient 125 membres en 1891, possédaient, en 1855, 339 propriétés, et, en 1891, 609, d'une contenauce de 334 771 hectares. En outre, 62 propriétaires fonciers nobles, assez riches, possédaient, en 1855, 118 propriétés; en 1891, 203, d’une contenance de 147139 hectares, et enfin 35 riches propriétaires bourgeois possédaient, en 1891, 94 propriétés d’une contenance de 54 000 hectares. En 1855, 13 de riches propriétaires bourgeois possédaient 25 propriétés, en 1891, ils en possédaient 41. Les autres 22 ne possédaient, en 1855, pas une propriété, en 1891, ils en possé-

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