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LES DIFFICULTÉS CROISSANTES DE ^AGRICULTURE PRODUISANT POUR LE MARCHÉ

a) La rente foncière.

Nous avons vu que la production capitaliste a donné à Pagriculture, qui, à la fin de l’époque féodale, avait subi une profonde décadence, un développement technique important, grâce à la grande exploitation moderne. Mais nous avons vu aussi que de ce système de production résultent des tendances contraires au développement et à fextension de la grande exploitation, tendances qui s’opposent avec la plus grande force à sa suprématie en agriculture dans Tordre social actuel, et empêchent par suite l’agriculture d’atteindre ce degré élevé auquel elle peut arriver dans les conditions techniques actuellement données. Bien plus, ces tendancés entravantes peuvent, en favorisant l’émiettement du sol, amener un recul de l’agriculture au point de vue technique.

Mais ce n’est pas seulement en limitant la grande exploitation que le mode de production capitaliste est nuisible à l’agriculture ; la rente foncière ne lui est pas moins préjudiciable.

Nous avons déjà signalé, plus d’une fois, que le prix d’achat du sol est essentiellement la rente foncière capi-

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talisée. Nous ne parlons ici que du prix du sol, non du prix d’un bien rural. Le prix des bâtiments, des meubles, instruments et animaux est déterminé en dernière instance, comme celui de toutes les autres marchandises, par le temps de travail socialement nécessaire à leur production.

Un capitaliste industriel doit, lui aussi, payer la rente foncière ou acheter le sol. Mais le prix du sol ne constitue qu’une part restreinte de la somme d’argent avancée par lui pour la production.

Il en va tout autrement en agriculture. Ce qu’on appelle le capital foncier, c’est-à-dire la rente foncière capitalisée, constitue la part la plus considérable de la somme d’argentqu’un agriculteur a àfournir quand il cultive les terres qui lui appartiennent pour les exploiter.

Sur les exploitations d’une étendue moyenne et sur les grandes exploitations de l’Europe centrale, où règne l’agriculture avec stabulation permanente, le capital de l’exploitation ne représente en général que 27 à 33 0/0 du prix du sol, mais il peut descendre jusqu’à 15 0/0 et monter jusqu’à 40 0/0, selon l’intensité de la culture. Le montant du capital de l’exploitation s’élève en moyenne à 410 marks par hectare dans le royaume de Saxe, le prix d’achat moyen des propriétés étant de 1 930 marks (1).

Buchenberger cite l’exemple d’un gros paysan badois, dont la propriété a une valeur de 46 233 marks, les meubles valant 6 820 marks (14,72 0/0), les bâtiments 5 480 marks (11,9 0/0), le sol, au contraire, 33 923 marks (73,4 0/0) (2).

Du capital total engagé, un quart seulement est actif dans la production.

Le paysan ne peut donc consacrer comme capital

(1) Kriimer dans le Goltzsches Handbuch, I, p. 277-279, et Krafft, Betriebslehre , p. 58-60.

(2) Büuerliche Zustünde, III, p. 249.

l’agriculture dans la société capitaliste-

actif à son exploitation, qu’une part minime de son capital. La plus grande part, les deux tiers ou les trois quarts, il doit les payer au propriétaire antérieur pour avoir le droit d’entreprendre son exploitation. Son exploitation doit donc être toujours plus petite ou moins intensive qu’elle ne pourrait rétro, étant donné le capital qu’il a à sa disposition.

Mais comme les gens du métier, contrairement aux théoriciens, préfèrent, dans les limites indiquées déjà, plus haut, pour une mise de fonds identique une plus grande terre, même si elle est hypothéquée, à une plus petite franche d'hypothèque, il arrive très rarement qu’un agriculteur paye une terre comptant. J1 considère presque tout le capital qu’il a à sa disposition comme un capital d’exploitation, et il détermine, d’après cela, l’étendue de la propriété qu’il veut acquérir. 11 ne paye pas la terre ou il n’en paye qu’une petite partie, il doit le prix du sol, dont le bien reste hypothéqué, c’est-à-dire que l’acheteur s’engage à payer la rente foncière au créancier hypothécaire, le vrai possesseur du sol.

De cette façon, chaque changement du propriétaire delà terre est une cause d’endettement. Mais, s’il est exagéré de supposer que le changement de propriétaire soit l’unique source de l’endettement de la propriété foncière et que le besoin de perfectionnement ne mérite pas d'ètre signalé en regard, il n'en est pas moins vrai que c’est là la cause la plus puissante de l’augmentation de la dette hypothécaire.

Là, où règne le système du fermage, l’entrepreneur agricole peut consacrer son capital exclusivement à l’exploitation ; dans ce système, l’agriculture peut revêtir, de la façon la plus complète, le caractère capitaliste ; l’exploitation par fermage est la forme classique de l’agriculture capitaliste.

En même temps qu’il permet l’emploi intégral du capital de l’entreprise, le système du fermage ollre encore cet avantage qu’il permet au propriétaire foncier de

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choisir, comme fermiers, les concurrents les plus habiles et qui possèdent le plus gros capital, tandis que dans le système de l’exploitation par le propriétaire lui-même, c’est, la plupart du temps, le hasard des successions qui détermine la personne de l’agriculteur.

Cela ne présente pas de grands inconvénients pour la petite exploitation. L’exploitation paysanne est toujours routinière et simpliste. Les enfants des paysans doivent travailler jeunes à l’exploitation, et ils acquièrent bien vite l’expérience nécessaire. Il y a évidemment des différences entre les aptitudes diverses des paysans, mais ces dilférences sont minimes, et n’ont qu’une très petite influence sur la conduite de l’exploitation.

Il en va tout autrement dans la grande exploitation. C’est un organisme compliqué dont la direction exige des connaissances pratiques et scientifiques, en même temps qu’une sérieuse instruction commerciale. Mais la classe des grands propriétaires fonciers acquiert de plus en plus, au cours de l’évolution capitaliste, les besoins et les goûts des gens des villes ; la ville les attire de plus en plus, c’est à la ville que leurs enfants sont élevés. Les fils des grands propriétaires fonciers n'apprennent pas l’agriculture comme les enfants des paysans, tout naturellement, en grandissant. Ils ne reçoivent pas, à la ville, une solide instruction agronomique et commerciale. En outre, malgré son séjour à la ville, le grand propriétaire foncier reste trop profondément attaché à ses traditions féodales. C’est à la cour et à l’armée que se forment les fils des grands propriétaires. Souvent le hasard de la naissance fait un agriculteur d’un jeune homme dont les «études», faites surtout au champ de courses ou au restaurant, devraient faire plutôt un gourmet ou un sportsman. Il n’est naturellement pas l’homme capable de démontrer pratiquement la supériorité de la grande exploitation sur la petite. Mais sa propriété peut très bien, surtout quand la rente foncière monte, le main-

tenir longtemps sur l’eau avant qu’il ne fasse naufrage.

Il en va tout autrement du fermier. La rente foncière ne peut pas l’aider à solder le déficit de l’entreprise. Il ne peut pas non plus se sauver en endettant la propriété; il doit tous les ans acquitter ponctuellement son fermage. Si l’on peut d’une part choisir le fermier le plus apte, d’autre part un fermier incapable fait vite banqueroute. La concurrence est plus âpre entre les fermiers qu’entre les agriculteurs qui sont en même temps propriétaires du sol.

Et comme, en outre, le fermier n’a rien à payer pour acquérir des terres, souvent rien non plus pour les bâtiments, il peut consacrer tout son capital à l’exploitation, de sorte qu’avec un capital donné, il peut cultiver le’ plus grand bien possible de la manière la plus intensive. Le système du fermage se révèle ainsi, parmi les modes de production capitaliste, comme celui qui donne le produit net'le plus élevé.

Mais il a, lui aussi, ses mauvais côtés. Le fermier a le plus grand intérêt à retirer du sol le plus haut rapport possible, et il est dans les meilleures conditions pour y réussir, mais il n’a pas intérêt à ce que ce rapport soit constant, et d’autant moins que son contrat est à moins longue échéance. Plus vite il épuise le sol, plus son exploitation lui est profitable. Certes, on peut empêcher, dans le contrat, de pratiquer une culture qui nuise à la terre et l’épuise, et les contrats de fermage contiennent, à ce sujet, les prescriptions les plus détaillées, mais le meilleur résultat qu’elles puissent avoir, c’est de maintenir l’exploitation au degré de perfection qu’elle a atteint. Le progrès, au delà de ce degré, n’est pas favorisé par le système du fermage. Le fermier n’a pas d'intérêt à améliorer les méthodes de culture ni à en introduire de nouvelles ; elles coûtent beaucoup d’argent au début et les heureux résultats ne s’en font sentir au moins en partie qu "après l’expiration de son contrat;

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