‹ La Question albanaiseChapitre 11 sur 36 · ALBANAIS DE KOSSOVO QUITTANT LEURS FOYERS · texte numérisé non relu

ALBANAIS DE KOSSOVO QUITTANT LEURS FOYERS

Pauvres Albanais! Quel peuple a souffert plus qu'eux dans la Péninsule balkanique ? Persécutés par les Turcs, maltraités par le clergé grec, pourchassés par le slavisme, ils ont été victimes de toutes les ambitions. La guerre balkanique a mis le comble aux malheurs de l'Albanie. Les Turcs, une fois chassés, les vainqueurs qui avaient proclamé le principe : « Les Balkans aux balkaniques », ont voulu prouver que les terres convoitées leur appartenaient non seulement par droit de conquête, mais aussi par une situation ethnique réelle. Pour arriver à leurs fins, il était nécessaire de débarrasser le pays de ses vrais maîtres, les Albanais. Le choix des moyens n'était pas pour les embarrasser. Tout n'est-il pas permis au vainqueur ? Vœ victis ! Les cris des victimes consternèrent le monde. On ne voulait pas y croire. On finit par procéder à une enquête dont voici le résultat :

« Incendie de maisons et de villages, meurtre en masse des populations désarmées et innocentes, violences inouïes, pillages et brutalités de toutes sortes ; voilà les moyens dont les troupes serbo-monténégrines se sont servies et se servent encore dans le but de transformer entièrement la physionomie ethnique des régions exclusivement habitées par les Albanais. »

(Enquête dans les Balkans. Rapport publié par la Dotation Carnegie. Paris, 1914. Page 136.)

ARGYROCASTRO, un des centres du mouvement national de l'Albanie méridionale

« Argyrokastro, gros bourg albanais en majorité musulman, occupant une terrasse roclieuse aux bords abrupts, découpée par des gorges qui eu font une citadelle naturelle », écrivent les autorités militaires françaises dans la Xotice sur VAlbanie et le Monténégro «page 23» que le Ministère de la (iuerre Français a publiée (n 1915. < On a compté souvent comme Grecs les Albanais orthodoxes du Sud, ajoute le même auteur. En réalité, les Grecs n'occupent que la région de Delvino et quelques points aux environs d'Argyrokastro. On en trouve quelques-uns dans les ports, notamment à Valona et Durazzo. » (Page 83.)

La région compte 45.000 habitants, dont la moitié est de religion musulmane. On ne peut penser à cette région sans évoquer les actes de vandalisme dont elle a été le théâtre, peu avant la guerre. On estime à 300 le nombre des villages dévastés et brûlés par les Grecs auxquels l'esprit de conquête avait enlevé tout scrupule et toute modération. Pourtant, jamais cette région n'a appartenu à la Grèce ou à quelque autre formation politique grecque, de même qu'elle n'a jamais été habitée par les Grecs. Depuis les temps les plus anciens, les Albanais sont chez eux dans ces parages. Qu'on les appelle Pelasges, Chaones, Epirotes, Illyriens, Liapes ou Chkipetares, ils n'ont été et ne sont que des Albanais qui ont changé de nom mais qui, dans leur type physique comme dans leur costume, dans leurs traditions comme dans leurs coutumes, sont restés identiques à eux-mêmes. « Il n'y a pas race jîlus ancienne que les Albanais, écrit Alb. Dumont dans son livre: Le Balkan et l'Adrintique, et il ajoute: On reconnaît chez ces honnnes, qui sont du même sang que les Grecs et les Romains, des traits de caractères, des détails et des nuances que nous devinons chez les personnages de l'époque homérique. Aucun témoignage classique ne parle de l'époque où ils arrivèrent dans la péninsule du Balkan : ils y étaient établis depuis longtemps quand les envahisseurs slaves descendirent du Danube ; ils y étaient sans doute bien des siècles auparavant. Les anciens qui connaissaient fort mal le vaste territoire qui forme aujourd'hui la Turquie d'Europe, se bornent à répéter aue d'un côté, à l'est, se trouvaient les Thraces, de l'autre, à l'ouest, les Illyriens : sous ce nom d'Illyriens, ils comprennent des populations très nombreuses qui habitaient au nord de l'Epire entre l'Adriatique et la Macédoine. Les Albanais, qui occupaient autrefois des espaces beaucoup plus étendus — on retrouve, en effet, des noms de villes qui appartiennent à leur langue dans des cantons où on ne voit que des Serbes ou des Bulgares — sont les derniers restes, selon toute vraisemblance, de cette population i^rimitive. (Page 276.)

Kitchevo, de manière à laisser à l'Albanie tous les villages albanais musulmans qui se trouvent entre Kitchevo et la ligne de délimitation.

De la ville de Kitchevo — qui resterait albanaise — la ligne gravirait les pentes du mont Protaïska (Kostranska), s'infléchirait vers le Sud-Ouest en suivant le ruisseau jusqu'à l'endroit où celui-ci se jette dans la rivière Sutieska. De ce point, elle passerait par le village de Boturi, gravirait le sommet, côte 1216, pour aboutir au lac d'Okhrida qu'elle traverserait en longueur jusqu'au bord Sud-Est, à la côte 713, pour se prolonger ensuite, en suivant la ligne qui sépare le Sandjak de Kortcha, vers le Sud-Est au-delà du lac de Presba jusqu'aux confins du Kaza de Kortcha pour rejoindre ceux du Kaza de Gologna. Ces deux Kazas seraient attribués à l'Albanie (1).

De ce point, la frontière passerait sur le Gramos laissant à l'Albanie une partie du Kaza de Castoria avec la ville albano-roumaine de Hroupichté, Anasselitza, Kojani, Grébéna et une portion d'Elassona actuellement occupée par les Grecs, mais où la population musulmane, sans constituer une majorité écrasante, forme pourtant des groupes compacts et prospères, et où se trouvent également de nombreux éléments roumains, ainsi que les villages non moins roumains du Pinde comme Avdéla, Périvoli, Samarina, Smixi, Turia, Discata, Kokinopoli, Vlahoïari, etc.

Si l'on réussissait à annexer l'Epire à l'Albanie, toutes ces agglomérations devraient en faire partie à cause des éléments albanais, turcs et roumains, qu'ils renferment et dont l'annexion tendrait à renforcer les éléments albanais du Sud. Ainsi comprise, la frontière naturelle de l'Etat albanais, atteindrait Prévéza.

(1) Si l'on se plaçait au point de vue des nombreuses populations musulmanes et roumaines qui vivent dans les Kazas de Prilep, Monastir, Castoria et Florina et dans le cas où l'autonomie de la Macédoine ne serait pas réalisée, la frontière devrait se diriger vers l'Est de Kitchevo, à Brod, par dessus la Calovita Planina, puis de ce point elle se dirigerait vers Tchechmé en tirant vers le Sud, à la côte 1654, d'où, passant à l'Est de Crouchevo à la côte 1176, elle suivrait une ligne droite allant vers le Sud pour englober la ville de Gopech ou Bobech et, toujours dans la même direction, la bourgade de Malovichta, au sommet de Péristeri, à la côte 2359. La ligne suivrait la crête de cette montagne et de la Stara Néretchika Planina jusqu'à Vitchi-Varf, englobant Castoria, Hroupichté, Vlako-Clis- . soura, Blati, Cojani, Selfidjé pour rejoindre la frontière grecque de Tliessalie. Dans toutes ces localités vivent de nombreuses populations albanaises, turques et roumaines, plus nombreuses et plus importantes, en tant que position sociale, aux éléraents grecs et bulgares.

Dans k* Icrriloirc* albanais ainsi iléliniilé entreraient, au Nord, les groupements roumains de Seulari, Prizrcnd, Telova, Durazzo, et de Tirana oîi, d'après Lejeaii, cet élément comptait en 1800, 5.000 âmes. Puis on les retrouve dans la Musékéa où ils vivent d'agriculture et peuplent de nombreux villages qui font i)artie des domaines appartenant à des grands beys albanais. Des Roumains on en trouve encore à Elbassan, à Ohrida, à Struga et dans les comnmnes environnantes de Moscopoli et de Medjidia, ainsi que dans les villages de Zagori, et les communes du Pindc déjà mentionnées. Leurs agglomérations s'étendent jusqu'à la frontière grécoturque. Ces groupements roumains, (jui forment un total de plus de cent mille âmes, et qui se distinguent par des qualités d'initiative et d'activité formeraient dans le nouvel Etat une classe bourgeoise analogue à celle qu'ils ont formée dans les principaux centres de la Serbie et de la Bosnie.

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