VALONA, LE « GIBRALTAR DE L'ADRIATIQUE
Valona est le meilleur i^ort de commerce de l'Albanie ; au lîoiiit de vue stratégique, il est le plus remarquable sur la mer Adriatique. C'est à Valona que se jîlace le premier épisode de l'histoire de l'Etat albanais, c'est là qu'a été arboré, le 28 novembre 1912, le drapeau de l'indépendance nationale et que s'établit le premier gouvernement d'Albanie. Dans la politique de l'Adriatique, ce port a joué et joue encore un rôle essentiel. Dans les relations entre l'Autriche-Hongrie et l'Italie concernant l'Adriatique, Valona occupait le premier plan. Peu après la déclaration de la guerre européenne, lorsque les troupes italiennes y débarquèrent, le gouvernement de Vienne, nonobstant les difficultés qui l'avaient accablé et la fragilité de ses , relations avec l'Italie qui était encore neutre, ne put s'empêcher de demander des explications à Rome sur l'occupation de Valona. Dans la réponse que M. Sonnino lui fit le 2 février 1915, il dit, entre autres, que l'occupation était provisoire et rendue nécessaire par le désir de l'Italie de faire respecter les décisions de la Conférence de Londres de 1913, décisions qui doivent continuer à rester valables et obligatoires. « Seulement l'Italie, ajoute le ministre, comme puissance neutre, était en état d'assumer la tutelle des délibérations de Londres et cela explique et justifie le fait que de nulle part ne se sont élevées des objections lorsque nous avons occupé Sasseno et Valona d'une manière provisoire dans le but de préserver ces importantes localités albanaises d'événements qui auraient eu de graves réi^ercussions internationales... »
Comme la défunte monarchie, la Jougoslavie qui est sa seconde héritière adriatique, soutient que si les Italiens avaient Valona, ils pourraient embouteiller cette mer à volonté et que cette crainte aurait pour efl'et d'ébranler la confiance qui doit être à la base de l'amitié des peuples riverains. En possession d'une autre puissance maritime, disent les Italiens, ce point stratégique constituerait une grave menace pour la côte d'en face et, pour cette raison, jamais l'Italie ne se résignera à une telle solution. Dans les deux cas, l'intégrité et l'indépendance de l'Albanie seraient gravement compromises. Reste une troisième solution qui est la seule équitable, la seule conforme aux principes de justice et des nationalités, aux promesses que l'Italie a faites en plusieurs occasions au peuple albanais, enfin, aux espoirs que celui-ci a le droit de nourrir : C'est de laisser Valona à l'Albanie neutralisée à laquelle elle aiipartient. Outre l'avantage d'écarter toute difficulté de nature politique et internationale, cette solution aurait celui d'afi'ermir les liens d'amiié entre les deux peuples que l'aurore de l'histoire a trouvés dans les rives qu'ils occupent et que l'avenir rapprochera davantage. « Nous devons fonder notre influence, a dit le Marquis de San-Giulano dans son discours du 20 mai 1914, sur la confiance que doit inspirer à la nation albanaise notre politique exempte d'ambitions territoriales et dirigée à consolider l'indépendance de l'Albanie. » Le peuple des Mazzini et des Garibaldi, le pays aux nobles traditions libérales, peut-il penser autrement?