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LA SITUATION ÉCONOMIOUE DE L' ALBANIE

Naguère, un auteur étranger affirmait que le contre de l'Afrique est mieux connu que l'Albanie. Cet auteur n'était pas loin de la vérité en affirmant cela. Il faut convenir que si l'Albanie a été étudiée, notamment en ces derniers temps, au point" de vue de l'histoire, de l'ethnographie et de la langue, elle l'a été bien moins au point de vue économique. Il n'y a ni une statistique commerciale exacte, ni aucune date sûre concernant la puissance de production et de consommation de ce pays. Par conséquent, tout ce qui a été dit ou écrit à ce sujet n'offre qu'une valeur relative.

La raison principale de cet état de choses est la domination ottomane avec son cortège de tares administratives et politiques. Puis, ce sont les troubles provoqués par la persécution systématique de la nationalité albanaise, qui constituèrent une sorte de maladie endémique dont ce pays a beaucoup souffert; l'efïervescerice entretenue par les différentes propagandes politiques qui eurent pour théâtre, dans les Balkans, la Macédoine et l'Albanie; l'insécurité qui en découlait nécessairement; le manque complet d'éducation commerciale et agricole des populations; enfin les maladies provoquées par les marécages qui compromettaient la salubrité des villes côtières, Scutari, Durazzo, Valona, principaux centres du commerce, toutes ces causes réunies n'étaient pas de nature à encourager le développement économique de l'Albanie. Elles finirent par détruire toute trace d'industrie et les quelques branches du commerce qui étaient très florissantes avant l'arrivée des Turcs, comme l'exploitation des forêts et l'industrie de la pèche. Autre exemple: les voies de communication se trouvaient dans un état incomparablement meilleur au xv« siècle qu'elles ne l'étaient en 1912, quand la domination ottomane prit fin.

L'Etat albanais comprend 265 kilomètres de longueur

(1) J'ai résumé dans cet aperçu économique sur l'Albanie les donnés qu'on trouve dans les études des quelques économistes qui ont visité le pays et principalement le Professeur Baldacci et les ingénieurs Stoppany «t Gounot.

sur (m kilomètres en moyenno de largeur, et sa superficie est d'environ 20 mille kilomètres carrés. C'est une région très accidentée et très montagneuse qu'on a comparée à la Suisse non seulement par son caractère physi((ue, mais aussi par celui des habitants.

Les caractères géologiques de l'Albanie, surtout dans la partie méridionale, sont des meilleurs : les plaines sédimentaires y sont nombreuses, ainsi que les grandes dépressions ouvertes, entourées de vallonnements en pente douce; le sol est composé d'argile ou de sable argileux et de produits de décalcification. Il y est profond, d'une culture facile et d'une grande fertilité.

Les conditions météorologiques y sont excellentes. Si Ton tient compte des conditions atmosphériques, hygrométriques et de température, la position côtière peut être considérée, à raison de la douceur du climat, conmie faisanf effectivement partie du bassin de la Méditerranée ; mais plus on pénètre à l'intérieur du pays, plus le climat devient continental, plus la température y devient rigoureuse et les saisons bien tranchées.

L'Albanie est un pays agricole. Son économie s'appuie d'abord sur cette base, puis sur l'industrie pastorale. Ses procédés de culture y sont tout à fait primitifs. La culture intensive y est chose inconnu?. Il existe des champs larges et profonds où la récolte s'obtient avec un minimum de travail.

Vu le manque complet d'enseignement agricole et l'état rudimentaire des instruments employés, il résulte ffue. malgi'é la fertilité du sol. le rendement y est très médiocre.

La propriété se présente sous deux formes : la grande et la petite. La première est constituée par les grandes fermes appartenant pour la plupart à l'Etat et à quatre ou cinq familles.

L'Albanie compte beaucoup sur son agriculture, mais son développement dépend du capital et du travail qu'on y emploiera. Il y a beaucoup à faire dans ce domaine. Il faudra avairt^tout procéder à la création de routes, à l'organisation du crédit foncier, à la modernisation du système cadastral; il faudra aussi délimiter de façon précise le^ divers genres de propriété (mulk et vakouf) et attribuer à l'Etat la propriété des terrains vacants.

Peut-être il n'est point de pays qui pourrait appliquer plus heureusement que l'Albanie le système connu sous le nom de « Acta Torrens » pour organiser rapidement son régime foncier.

En général, la récolte actuelle des céréales suffît aux nécessités du pays; dans les années où elle est abondante, on exporte dans les proportions suivantes :

Froment 4.500 tonnes.

Maïs 6.000 —

Orge 1.500 —

Avoine 5.000 —

Le jour où la plaine principale de l'Albanie, la Musékéa sera labourée intensivement; où les plaines-inondées de Karavasta et de Terbuiî auront été desséchées, la richesse agricole de l'Albanie augmentera de façon remarquable.

La flore de l'Albanie est fort riche sur la côte; on y trouve l'olivier, la vigne, le mûrier; à l'intérieur du pays, s'épanouissent les végétaux de grande culture : froment, avoine, orge, maïs, riz; le tabac et le cotonnier croissent dans le Midi.

L'olivier constitue un des produits les plus importants de l'agriculture albanaise. Il est cultivé sur la côte depuis les temps les plus anciens, mais à l'intérieur du pays il est de date récente.

La production des olives est importante, car il y a dans le pays environ un million de plants qui produisent à peu près 15.000 tonnes de fruits et pourraient donner un rendement de 25 0/0.

Actuellement, l'olive est exportée dans les Fouilles et travaillée par les nombreuses huileries italiennes. Une partie de la récolte est travaillée en Albanie de façon fort primitive; le rendement est mauvais, le produit fort mal raffiné; on n'utilise pas les déchets qui pourraient être transformés en tourteaux, produits qui sont de plus en plus demandés sur tous les marchés.

Le riz est également cultivé et le climat lui est fort favorable, comme il est prouvé par la qualité excellente des produits. Mais cette culture est très restreinte actuellement. Elle n'existe que le long des fleuves et grâce aux eaux croupissantes que laissent les débor-

dojnents dans les terrains humides et riches en alluvions, particulièrement dans la (partie inférieure du fleuve Vojussa, ainsi qu'en diverses localités dC' la Musékea. Cette culture est encore limitée, mais il est à souhaiter que l'Albanie puisse devenir un centre important pour le coton en s'inspirant des procédés des pays du Vardar. Au dire de quelques spécialistes, l'Albanie se prêterait mieux que cette région à la culture du coton bali, variété qui vient très bien en Syrie, dans les terrains secs et pour laquelle l'irrigation n'est presque pas nécessaire.

On trouve en Albanie centrale et méridionale des quantités importantes de mûriers. Jadis, on s'y livrait à l'élevage du vers à soie. La production était importante et de bonne qualité; présentement, cette industrie est loin d'être florissante, mais il est certain que l'élevage intensif du ver à soie donnerait d'excellents résultats.

Le tabac est cultivé en Albanie, mais en petite quantité. La Macédoine et la Thrace fournissent à cette industrie des quantités énormes de matières premières; on peut espérer que l'Albanie, qui se trouve dans des conditions de climat et de sol assez analogues avec celui de ces régions, arrivera un jour à rivaliser avec elle, et à produire des tabacs excellents.

La production et le travail du tabac se trouve actuellement dans un état médiocre. On ne choisit ni le terrain ni les variétés qui conviennent à ce genre de culture. On donne peu de soin au mode de fermentation de la feuille; enfin, on n'observe guère les règles admises en cette matière par la grande industrie.

La vallonnée, qui sert au tannage des peaux, est un produit qui vient dans certains districts au sud de Valona, Himara, Santi-Quaranta, etc. On voit dans une statistique qu'en 1898 l'exportation de la vallonnée est estimée à 1L200 livres sterling.

L'Albanie est en grande partie une région admirable pour la viticulture. Les vins y sont très bons, notamment ceux des districts méridionaux.

Une des principales richesses naturelles de la contrée est formée par les forêts. Dans le vilayèt de Scutari, de la Bojana à Durazzo, le long de la côte alluvionale et marécageuse, ainsi que sur les montagnes, jusqu'à 1.000 mètres et plus au-dessus du niveau de la mer, la forêt s'étend immense et on pourrait dire qu'elle consti-

tue la parure naturelle du pays. D'après certains calculs, les forêts du vilayet de Scutari se développent sur une étendue de 70.000 acres.

Dans les plaines, la forêt est formée d'ormes, de frênes et de chênes; sur les montagnes, en grande partie, de rouvres excellents pour les traverses de chemins de fer, et au-dessus de 1.000 mètres, de sapins, de pins et en moindre quantité, de hêtres. Le hêtre se rencontre plutôt dans l'intérieur que vers la mer. Dans tous les cas, comme la forêt albanaise croît sur un sol de formation calcaire, elle est formée de conifères et de hêtres. Ceci pour l'Albanie septentrionale et centrale où certains bois de hêtres et les sapinières couvrent des surfaces énormes, par exemple entre le Mati et le Drin. Lorsqu'elles seront exploitées, un nouvel horizon économique s'ouvrira pour toute la région albanaise.

Au-^dessous de Durazzo, les forêts diminuent d'importance. La place est cédée aux futaies de la Méditerranée et de la montagne. Mais au sud de la Vijosa ou, pour mieux dire, d'une ligne qui, partant de l'embouchure de ce fleuve, aboutirait à Koritza, la forêt albanaise se retrouve, comme dans le nord, avec les mêmes caractères botaniques.

Dans le sud se trouvent aussi le « rhus cotinus », bois d'or dont on fait usa^e en ébénisterie et le « querens ToUonea », employé par la tannerie.

Les forêts, soit du nord soit du sud, peuvent fournir un bois excellent pour les constructions navales. Jadis elles étaient largement utilisées par les arsenaux de la République de Venise. Les futaies fournissent du bon bois de chauffage et un excellent charbon.

Les pâturages sont nombreux en Albanie car les terrains y sont vastes, le bétail demanderait peu de soin pour donner en abondance la viande, la laine, le lait et le fromage.

Le bétail est très nombreux à l'intérieur du pays, mais il n'est pas de première qualité, faute de sélection. On évalue à plus de deux millions le nombre des moutons que les Albanais ont perdus pendant la guerxe balkanique de 1912-13. On voit quel large champ d'exploitation offre rélevage du bétail et les produits qui en dérivent. A ce sujet non plus, on ne possède aucune statistique, mais il est avéré que l'élevage des bœufs, des cl lèvres.

des brebis et des chevaux est en augmentation continuelle malgré le système primitif d'élevage et les difficultés (le se procurer la nourriture pendant les i)ériodes de sécheresse, etc..

L'industrie de la pêche est de date récente, qu'elle soit maritime ou pratiquée dans les lagunes de la côte du centre. On ne voit que des essais d'exploitation primitive dans la partie du lac de Scutari qui appartient au Monténégro, dans les lagunes près de Durazzo et de Valona, et sur certains points du rivage, ainsi qu'à St- Jean-de-Medua. La pêche y pourrait donner naissance aux industries qui s'y rattachent comme la saumure et le caviar. La plage de l'Albanie ethnographique, d'Antivari à Preveza, se développe sur une étendue de 550 kilomètres et sa richesse en poissons égale celle de la Dalmatie.

Les montagnes de l'Albanie doivent être riches en minerais. Il est probable que le fer et le charbon s'y trouvent en abondance; il existe des filons d'argent, de cuivre et d'antimoine. Dans l'antiquité on exploitait dans les vallées du Drin des mines d'or; dans la région des Mirdites, vers le moyen âge, les Vénitiens connaissaient des mines d'argent. En tout cas, faute de recherches, l'on ne peut dire rien de précis sur les richesses minérales, à part l'industrie de l'asphalte et du bitume. D'autre part, la tradition qui veut que des mines de fer, de cuivre, de chrome, de manganèse, de galène et de plomb argentifère, de sable d'or, etc.. se trouvent en Albanie, a été confirmée par des faits nouveaux.

Ainsi, les recherches de M. Henri Metz dans la région de Koritza, ont signalé tout près du village Bythkuqi, des affleurements de pyrite cuivreuse. Près de Rehova, il a découvert des filons de carbonate cuivreux à gangue mantoméifère et à gangue hartzeuse. La teneur en cuivre et la puissance du fil en seraient très intéressantes parce que la chalcopyrite silicieuse est en veine d'une épaisseur très remarquable avec 2 0/0 de cuivre. A Plassa et à Kamenitza, il a constaté la présence de nouveaux gisements.

Au village de Bac on a noté la présence de l'asphalte et de la pierre lithographique; à Kamenitza, du fer et des lignites en grande abondance.

La boussole de mes instruments, dit M. Metz, accu-

sait des écaiis d'asimut atteignant jusqu'à dix degrés dans cette région entre les coups arrière et avant.

Près de Mboria, dans la même région de Koritza, il y a des couches de lignites.

\Les minerais de Sélénitza sont connus depuis le temps des Romains. Leur exploitation méthodique date du jour où une compagnie française s'est étaiblie dans le pays.

Le bitume qu'on y traite est particulièrement pur ; mélangé aux asphaltes naturels, il est surtout utilisé pour la confection des trottoirs et des chaussées modernes.

La production annuelle est évaluée à 5.000 tonnes environ, chifit're qui n'est dépassé que par les gisements de l'Ile de la Trinité. Peu de Parisiens se doutent que l'asphalte qu'ils foulent est en partie d'origine albanaise.

Voici à présent, d'après M. A. Gounot, une notice plus détaillée sur les mines de bitume de Selenitza.

Ces mines sont situées par 17°20 longitude est de Paris et 40°31 de latitude nord dans le 'pays de Valona. Le centre «de l'exploitation est au village de Selenitza à 15 kil. E. N. de Valona.

Gisements bitumeux.

Le bitume se rencontre à Selenitza sous les quatre formes suivantes parfaitement distinctes et parfaitement caractérisées.

1*' Bitume solide mat. Il donne à l'analyse :

Bitume soluble dans le sulfure de carbone 72,69

Eau et perte à 100« 9,12

Cendre 17,19

Substances organiques 1,00

C'est, on le voit, un produit d'une richesse extrême étant donné que le bitume de Trinidad tient en moyenne 34 0/0.

2° Bitume solide brillant. C'est un produit remar-

quahlc dont nous ne connaissons l'analogue en aucune autre région. Il donne à l'analyse :

Bitume sohible dans CSH 98,()0

Matières insolubles traces

Eau à 100" 1,40

Produits charbonneux 0,20

Pertes et matières non dosées 0,40

Le bitume brillant est souvent appelé Romsi du nom de la région de la concession, voisine du village de Romsi où se trouvent ces gisements.

Il y a encore, à Selenitza, une nature de bitume d'un brillant particulier, intermédiaire entre le mat et le Romsi qu'on trouve dans le voisinage d'un ruisseau « Ottimo » au lit large et caillouteux, indiquant l'existence ancienne d'un vaste débit d'eau. Les époules sont moins dures qu'au Romsi. 11 est employé pour vernis. Sa composition «est :

Bitume soluble dans 65° 94,60

Matières insolubles 3,

Eau à 100° •. 1,

Produits charbonneux 0,80

Pertes et matières non dosées 0,60

100,00 3° Bitume liquide dont la composition est :

Bitume soluble dans 65° 96,40

Matières insolubles 1,90

Produits 1,

Pertes et matières non dosées 0,70

4° Asphalte. — L'asphalte est abondant à Selenitza; mais les difficultés et le coût du transport le rendent inexploitable. Cependant il rend à rexploitation de réels services en servant de combustible. Sur un gril ordinaire, par fusion simple du bitume, avec large conduite allant à la cheminée, il brûle bien et chauffe suffisamment.

La composition du bitume pauvre employé comme combustible et appelé javor dans le pays :

Bitume soluble dans CSR 39,00

Eau à 100° 2,85

Produits charbonneux 16,80

Résidus insolubles ^^'^^

Pertes et produits non dosés 0,65

100,00 D. Beratti.

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