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LES INFLUENCES CIVILISATRICES

labeur les a conduits, l'exemple de leur vie, de leurs habitudes donnent un pouvoir salutaire au simple contact avec les gens civilisés. Ainsi, les anciens militaires et les anciens travailleurs qui avaient été engagés par l'État ou par une compagnie sont plus disposés que les autres à accepter la religion et la civilisation chrétiennes. Les missionnaires en ont fait l'expérience.

La force qui supprime la traite et la guerre entre tribus pour faire régner l'ordre et la paix, qui met un terme aux atrocités du cannibalisme, civilise à chaque fois qu'elle protège des innocents, qu'elle empêche un excès, qu'elle réprime un abus. Hommage lui a été rendu.

Mais quand les noirs ont cessé d'immoler des victimes humaines, quand l'invasion musulmane ne décime plus les rangs de la population valide, quand les obligations elles-mêmes auxquelles on les assujettit leur font soupçonner un autre état d'âme en harmonie avec une autre civilisation, ne reste-t-il pas à façonner leur propre âme, à lui rendre l'ascension morale possible, à remplir l'esprit de pensées plus hautes, à éveiller les nobles sentiments qui dorment au fond des cœurs? C'est bien là civiliser.

Qui le fera?

Non le commerçant, qui cherche le bénéfice; non le militaire, en quête de gloire et d'exploits ou du moins préoccupé de son service; non l'officier de police, non le magistrat,dont le souci se borne à faire observer la loi; mais quelqu'un qui, s'oubliant par état, peut à cette tâche sublime appliquer tout son

temps, toutes les forces de son'corps, tout son cœur; quelqu'un qui possède les plus hautes pensées, les meilleurs sentiments à inculquer : la foi et la charité où lui-même puise son dévouement.

En thèse générale, le monopole de la civilisation positive, de la civilisation complète est aux mains du missionnaire catholique. Ce langage, que la vérité nous oblige à tenir, n'est pas le nôtre seulement, ni celui des catholiques; il se retrouve dans la bouche des incroyants qui ont vu et qui ont le courage de parler. « On parle de civilisation, mais la vraie civilisation, la seule civilisation, c'est celle à laquelle les missionnaires consacrent leur vie là-bas. » Ces belles paroles sont du commandant Lemaire.

De ce fait, actuel et palpable, rapprochons un fait, passé celui-là pour nous, mais bien certain, lui encore. L'idée religieuse veille près du berceau de toutes les civilisations; elle protège l'enfance des peuples, affermit les pas de leur adolescence, tempère les ardeurs de leur exubérante jeunesse : à l'âge adulte seulement, ils se divisent en deux groupes, le groupe qui croit d'une foi plus éclairée, et le groupe qui déserte la religion.

Entre les religions civilisatrices, aucune, à coup sûr, ne soutient la comparaison avec la religion chrétienne. Ce n'est certes pas le mahométisme, pour le compte duquel se faisait la traite, et qui, au Congo même, a aggravé le fléau de la polygamie (1).

(i) Mgr Roelens a pu constater dans son vicariat les funestes conséquences de l'influence arabe.

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On peut donc méconnaître la vérité de la religion chrétienne, sa constante nécessité, mais on ne conçoit pas qu'on veuille se passer d'elle pour les commencements et les premiers progrès.

Notre conclusion sera la formule originale d'un homme d'État incroyant : l'anticléricalisme « n'est pas un article d'exportation » (1). Elle nous force à regretter que tant de fonctionnaires de l'État n'accordent pas à la religion l'estime et les égards qui lui sont dus. N'hésitons pas à le dire, la préoccupation de la religion est la première des préoccupations civilisatrices. Civiliser et christianiser, c'est tout un. L'État ne saurait aider des entreprises plus utiles que celles des missionnaires catholiques. Se montre-t-il froid ou indifférent à leur égard, il s'abstient de civiliser; s'il les combat, il fait œuvre anticivilisatrice; et il ne civilise jamais autant que lorsqu'il leur dispense largement ses faveurs (2).

(i) Parole dite par Gambetta dans un entretien avec le cardinal Lavigerie. Le mot est devenu célèbre. ( Vie du cardinal Lavigerie, par Mgr Baunard, II, 174 )

(2) Comment ne pas souhaiter ici la prompte fin d'un conflit qui ne s'est que trop prolongé? Désireux de sortir d'une situation officiellement précaire et instable, les missionnaires catholiques demandent de pouvoir acquérir les terrains nécessaires à la Mission.

En quoi des aliénations d'une aussi faible étendue peuventelles gêner l'État? Les missionnaires d'ailleurs payeraient le prix voulu, et sont prêts à désintéresser loyalement les indigènes, dont ils tiennent à respecter tous les droits. Qui ne comprend leur insistance? Quel Européen accepterait d'aller

Sans dénier aux mobiles de gain et de spéculation un rôle providentiellement utile, ne faut-il pas le reconnaître, et nos lecteurs ne l'ont-ils pas vu dans plus d'un exemple : il arrive qu'on poursuive le profit pécuniaire aux dépens mêmes de la prospérité des barbares. Les missionnaires offrent à l'indigène et l'éducation qui est une source de bien-être, et le relèvement moral qui fait l'homme, et l'évangélisation qui le conduit à Dieu. Ébauchée à peine par d'autres, la régénération des peuplades incultes s'achève par ceux « qui incarnent une pensée essentielle de désintéressement... dans un milieu qui, par définition, doit être transformé en un centre d'exploitation » (1).

là-bas élever des bâtisses et faire des défrichements laborieux sur des terres dont il peut être expulsé ? L'État Indépendant se refuse jusqu'à présent à faire droit à d'aussi légitimes revendications .

(i) René Vauthier: La Belgique COLONIALE, 25 décenibre 1898, p. 614.

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