‹ La question constitutionnelle de Québec [microforme]Chapitre 7 sur 7 · J'arrive au point le plus délicat de ma tâche · texte numérisé non relu

J'arrive au point le plus délicat de ma tâche

Monsienr Letellier affirme solennellement que monsieur de Boucherville lui a avoué que son gouvernement ne pouvait faire rien de bien parce qu’il était contrôpar des rings c’est-à-dire par d’odieuses combinaisons entre des députés conservateurs voulant monter à l'assaut de la caisse publique.

Cette accusation sérieuse n’est pas fondée.

Mais j'y répondrai, avec le respect etla dignité qui ont caractérisé la réponse de monsieur de Boucherville.

Il aurait bien pu dire : M. Letellier vous avez tort de porter une telle accusation à la veille d’une élection générale ; vous savez d’un côté qu’elle n’est pas exacte ; vous savez d’un autre côté quel mal cette accusation revêtue de votre signature va faire au pays et à un parti puissant, Plein de respect pour les droits

et priviléges de la Couronne dont vous vous faites des oripeaux pour couvrir votre nudité politique, je les respecte trop, même dans votre personne pour accoler à votre accusation le qualificatif qui lui conviendrait.”

M. DeBoucherville n’a pas voulu dire cela et il a bien fait.

Mais il a dit respectueusement à M.

Letellier une vérité écrasante qui est plus forte que tout cela. Il adità M. Letellier ; jene puis pas vous avoir fait un aveu comme celui-là, la chose est tout simple ment impossible, pour la meilleure des raisons ; c'est que mon gouvernement n’a jamais subi la pression des rings pour les chemins de fer du sud et que depuis que je suis arrivé au pouvoir en 1874, je n'ai pas augmenté d’un seul centin les octrois à ces chemins de fer. Il ya eu,ce que l'on a appelé, des replis de subsides c'est-à-dire, qu’une compagnie de chemin de fer racourcissant sa ligne renonçait à une partie de son octroi pour consacrer le reste à la partie du chemin déjà commencée ou faite. (Cette législation était si utile et si excellente qu’un bill de cette nature qui avait été présenté à la Chambre par le gouvernement De Boucherville dans la session d'hiver de 1878 fut continué après sa démission par le cabinet Joly et sanctionné par M. Letellier lui-même.

C’est le même bill qui a servi de prétextes à M. Letellier pour contrecarrer le ministère DeBoucherville dans son bill des taxes et dans son bill concernant le chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental.

J'espère donc M. l’Orateur, que cette conduite de M. Letellier sera censurée, et que cette censure sera suivie d’un effet pratiq'e.

Trois puissants motifs d'intérêt public reclament ou imposent cette solution.

Il est d’une importance vitale qu’au début de notre histoire comme confédération, nous répudiions, nous repoussions, nous stigmatisions toute tentative de gouvernement personnel.

Nous avons assis notre nouveau régime sur la constitution anglaise, la plus belle et la plus libérale du monde. Maintenons-la-intacte et qu’un châtiment proportionné à la grandeur de l’offense soit infligé au premier qui ose la violer,

Etablissons de suite, suivant l’heureuse expression du très-honorable chef du gou-

ST

vernement, un grécédent salutaire et qui | remise jusqu’au jour où le jugement du

dure, précédent qui soit un exemple et une leçon pour les générations futures.

En second lieu, M. Letellier s'est rendu indigne de l'emploi élevé qu’il occupe ; sa manière d'agir vis-à-visde ses ministres, sa manière d'agir vis-à-vis d’un parti nuissant dans le pays, les nombreuses inexactitudes dont il s’est rendu volontairement coupable dans la correspondance officielle sur le sujet, le rendent non-seulement indigne de sa position ; mais encore elles feront tomber en discrédit l'autorité souveraine et nuiront par là même aux institutions monarchiques du pays.

Autre danger encore plus grand : c’est que M. Letellier en déclarant ouvertement la guerre à un parti puissant de la province de Québec, en l’insultant comme il la fait dans sa lettre du 18 mars à lord Dufferin, a rendu son administration impossible dans la province de Québec. En s’identifiant à un parti comme l'avait fait lord Metcalfs, il force l’opposition à diriger ses coups non-seulement contre le parti adverse, mais même contre le représentant de l'autorité. Il a donc rendu impossible toute coopération entre lui et la majorité de la province de Québec pour la gouverne des affaires publiques.

Maintenant, que va-t-on répondre à tous ces chefs d’accusation contre M.

Letellier. Je ne prétends pas avoir, le monopole des connaissances de la vertu et de la justice, mais qu'est-ce qu’on peut répondre à cela ? Je me demande comment on peut invoquer en faveur de M.

Letellier certains actes subséquents ?

L'on dira peut-être que durant la dernière session nous avons fait le procès de M. Letellier et qu’il a été acquitté. Il y a certains crimes, M. l’Orateur, contre lesquels on ne peut jamais invoquer l’autorité de chose jugée ni la prescription.

Et d’abord, com» question de fait il il n’a pas eu sor. procès, il n’a pas été jugé. La motion de censure faite l’année dernière n’a pas été rejetée sur ses mérités. ,

Malgré la majorité docile et puissante qu'avait alors l'honorable membre de Lambton, (M. Mackenzie) il n’a pas voulu que le débat fut vidé sur les mérites de la conduite du lieutenant-gouver., neur. Au contraire, il inyoqifatt ‘un échappatoire, il a plaidé une défense di:

peuple serait rendu. Les brefs étaient émis, les élections locales devaient bientôt avoir lieu et l’on a dit ; laissons faire le peuple, laissons-le décider. Je n'ai pas appronvé ce jugement ; il ne peut pas être invoqué à présent ; c'était non-seulement un des droits du parlement fédéral, mais encore un de ses devoirs d'exercer une suveillance générale sur tous les employés de la couronne. Il a le droit de dire que dans tel cas ou dans telles circonstances un employé s’est mal conduit ; c'est ce que nous avons fait ; nous avons eu le droit de le faire et en Angleterre la chose s'est faite maïinte et mainte fois. Je sais que M. Letellier dans sa réponse à MM.

Chapleau, Church et, Angers dit qu'après tout il avait rsison et que ses ministres n'avaient pas la confiance publique; ül cite victorieusement le cas de mon honerable ami de Mississiquoi (M. Baker) C’est vrai que l’honorable solliciteur-général de Québec à cette époque (le membre de Missisquoi) a été battu ; mais c'est une défaite qui fait peu d'honneur au pouvoir. ; Tout le monde saït l'immense infamie, l’outrage épouvantable au moyen duquel l'honorable M. Baker a été battu. A la veille des élections on a loué les services d’un escroc qui a écrit dans un journal des infamies contre M. Baker, des infamies absurdes, impossibles ; maïs il était trop tard pour les réfuter à temps et e her le mal qu’elles devaient faire dans l'élection. Au moyen de cette conspiration la plus sale et la plus vile peut-être qu on ait vue depuis des an’ :ées et des années, on a pu écraser un homme distingué et dire qu’on l'avait battu et par conséquent que le coup d'état était ratifié par le peuple. Le journal qui a publié ces infamies contre mon ami l’honoroble monsieur Baker a été traduit en cour criminelle ; et quelques temps après il s’est rétracté amplement, a fait amende honorable et a payé les frais, Il y a eu beaucoup de défaites occasionnées par les mêmes moyens, et si l’on veut plaïder une telle victoire comme justification de monsieur Letellier, je pense que le moins il s’en vanterait le mieux ce serait pour son honneur, En effet, il paraît que ce

‘douvernement a ew une majorité à un

momeht denñé.dé son existence, mais ce n'était pas sur la question constitution-

latoire, il a demandé que LL dure fut | glle qui étañk .cellé sur laquelle les élec-

tons w'étalent faites. T1 a été batin,

il a .été censuré à l'ouverture de Ja.

Chambre par le vote même sur l'a dresse en réponse. au discours du trône.

Plus tard au moyen de ces “human devices” dont monsieur Letellier a le sécret, le gouvernement Joly a eu une voix de plus ; mais c'était la voix. prépondéraute.et achetée de l’Orateur de la Chanmibre. Il a.été adopté après cela quelques lois ; mais elles n'ont été paësées a par.le. vote prépondérant de l'Ora-

Le même cas s'est présenté, Une loi ayant été passée par le parlement local, avec la voix prépondérante de l'Orateur, elle fût réservée au gouvernement impérial et qui déclara quelledevit être désavouée, et ne devait pas être reçue parcequ'elle n'était passée que-par le vote prépondérant de l’Orateur, Nous avons vu par des citations que j'ai faites que ce changement de gouvernement, cé scandale par lequel le représentant du souverain, procède sans autorité pôur amenerune minorité au pouvoir sont toujours: dignes de flétrissure, sont toujours blâmables. Nous avons toujours le droit de :blâmer les moyens qu’il a employés pour donner le pouvoir à une minorité qui ne l'avait pas ét pour chasser du pouvoir une majorité qui était en posseksion de la confiance publique ainsi que de celle de la Chambre. L’on dit encore

f —<t je suppose qu'on invoquerait cette

te

rdison là avec plus de force que l’on a approuvé M. Letellier que l'on a voté les subsides au gouvernement de son choix. Mais, M. l'Orateur, ce serait là

. un triste argument ; ce serait punir bien

sévèrement tous ces hommes dévoués, intelligents et patriotiques qui ont voulu faire passer l'intérêt public avant leur juste ressentiment. : Nous avions dans la province de Québec des travaux trèsimportants en voie d'opération, nous avions à construire un chemin de fer et nous avions besoin d'argent pour payer les entreprneurs et il nous fallait faire

honorable chef du gouvernement.

TS RP ROUE. ho à nos engagemhts. Le parti consérvateur pouvait refuser les subsides ; il aurait pu jeter la province dans une grande confusion et faire un grand tort à :

son crédit, mais il a préféré immoler ses rancunes politiques et ses justes défiances sur l'autel de la patrie. Eh ! bien, maintenant peut-on faire un reproche à nos amis conservateurs qui avaient par là fait un grand acte de dévouement au las punir les hommes qui le méri-

mt si justement,

Ï1 ne me reste plus qu’à remercier cordialement la Chambre de l'attention qu’elle m'a prêtée; elle a compris comme moi l'importance du sujet. Si j'ai pu m'égarer dans la qualification de certains actes, j'en demande pardon. Mais je crois avoir rempli mon programme. Je voulais faire deux choses : établir devant

Ja Chambre et devant le pays que les

raisons apportées par monsieur Letellier pour avoir congédié ses ministres, un chef de gouvernement éminemment respectable (M. DeBoucherville) que ces raisons, dis-je, n'étaient pas suffisantes, même en les supposant fondées, pour justifier son scte. J'ai voulu établir ensuite que ces raisons-là ne valaïent rien du tout parcequ'elles. étaient entac'ées d'erreurs et d’inexactitudes très-graves sinon de quelque chose de pire. La motion que je vais proposer. est mot à mot celle qui a été présentée en avril dernier par le très- Tout le monde comprendra pourquoi je présente la même motion; c’est dans le but d’arriver plus facilement au châtiment réservé à la faute ou au crime de M. Letellier. La motion est comme suit :

& Résolu, Que l'acte qu'à commis le lieutenant-gouverneur de la province de Québec, le 2 mars 1878, en renvoyant son ministère, a manqué de sagesse dans les circonstances, et tendait à renverser la position que les aviseurs de la Couronne occupent depuis que le principe du gouvèrnement responsable a été accore 2e colonies de l'Amérique-Britannique du

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