EXCELLENCE
«Je prend la liberté de vous informer respectueusement que le dix-nenvième jour de février dernier, Eugène Fourn.er, du village de Montmagny, a été élu par acclamation conseiller municipal, pour le quartier sud du dit village Montmagny, à une assemblée des électeurs municipaux du dit quartier, tenue en conformité d’un jugement rendu par la cour de magistrat du comté de Montmagny, en date du trente-et-unième jour de janvier mil huit cent soixante et dix-sept ainsi qu’il appert à la copié du procès-verbal de la dite assemblée, que
fai l'honneur de vous transmettre sous plis.
“Que le dit Eugène Fournier a dûment été assermenté comme conseiller municipal et qu'il a déjà exercé et exerce actuellement les devoirs de la dite charge.
&“ Le conseil apprend avec chagrin que Votre Excellence aurait été trompée, induite en erreur et que d’après de fausses représentations Votre Excellence étant sous l'impression que la dite charge était vacante vous auriezappointé la personne de Jules Bélanger pour remplir la charge de conseiller municipal pour le dit quartier sud.
“ Sous les circonstances nous osons espérer respectueusement qu’en considération des faits d'autres parts relatés, il plaira à Votre Excellence de révoquer la dite nomination du dit Jules Bélanger, afin d'éviter les troubles inévitâbles qu'entraînera ce conflit d'autorités.
& J'ai l'honneur d’être, etc.,
“« Votre Excellence, “ le très-humble serviteur, « (Signé) N. Bernarcnez,
“ Maire,’
M. Letellier toujours jaloux des droits et prérogatives de la couronne, mais un peu oublieux des droits et prérogatives de son ministère et du parlement, se fait aviser par le maire de Montmagny et fort de cet aviseur si distingué dans le quartier sud du village de Monmagny, il impose à ses propres ministres respon-
sables, l'opinion de monsieur Bernatchez qui, lui, n'était responsable qu’au quartier sud du village de Montmagny. Monsieur le procureur-général Angers était d'avis que monsieur Eugène Fournier n'était pas élu, parce que de fait il n’y avait pas eu d'élection. Une première élection avait été contestée et annullée; le jugement ordonnait une nouvelle élection ; notre code municipal veut qu'avis de cette élection® soit donné sous peine de nullité absolue. Les amis de messieurs Bernatchez et Letellier voulant avoir une élection de leur goût, je suppose.
évitérent de donner l'avis requis.
L'élection était conséquemment nulle ou plutôt il n’y en:avait pas Monsieur Angers fit sur ces faits nn rapport à Son Excellence qui nomma Jules Bélanger. Mais Bernatchez n'avait pas parlé. Il dit son mot et de suite monsieur Letellier prend son avis au lieu de l'avis de ses ministres. M. Angers a la réputation d’être un avocat éminent ; mais ses connaissances légales n’atteindront jamais celles de Bernatchez Ce fut l'opinion de monsieur Letellier, et parce que Bernatchez l’avise, monsieur DeBoucherville par 1à même porte atteinte aux droits et priviléges de la Couronne. Mais nous devons pardonner à monsieur Letellier à cause de la grandeur du motif qui l’animait. Il a répudié l'acte de ses ministres, parce qu’ils voulaient substituer l'intervention de l'exécutif à l’action judiciaire.
L'an passé, M. Martel député de Chambly à la Chambre locale, a eu le malheur de déplaire par ses votes à M. Letellier!, Il'avaitété élu conseiller municipal et maire de Chambly en février ou mars 1878. Il avait oublié de se qualifier. Il était maire depuis quatre à cinq ans, il était connu pour un homme de moyens.
Quelques semaines après la session de juillet dernier, M. Letellier, nomma au lieu et place de M. Martel un conseiller de sa façon pour le remplacer, vû que M.
Martel avait produit sa qualification quel quesjourstroptard. M. Letellier naturellement à fait cela pour “substituer l’action judiciaire à l'intervention de l'exécutif” et pour la meilleure protection ‘‘des droits et priviléges de la Couronne.”
5o. Un mot seulement des "plaintes de M. Letellier sur les deux proclamations qu'il dit avoir été publiées dans la Gazette Officielle à son insçu et
sans son consentement. Messieurs Chapleau, Church et Angers font à cela une réponse qui met M. Letellier dans une position fort humiliante.
11 dit que l’une de ses proclamations était pour la convocation des Chambres.
Les pièces officielles mises devant l’Assemblée de Québec en juillet dernier prouvent que M. Letellier se trompe. Il s'agissait simplement de la convocation banale des Chambres, pas pour la dépéche des affaires, ce qui se fait tous les quarante jours ct estlaissé aux soins d’un commis ordinaire.
On voit encore par ces pièces officielles que l’ordre du conseil au sujet de cette proclamation et la proclamation ellemême portent la signature de monsieur Letellier lui-même. Monsieur Letellier a également signé l’ordre du conseil, ainsi que la proclamation se rapportant à un jour d'actions de grâces. I] y a plus, c'est lui-même qui, sur une lettre du premier ministre fédéral, l'honorable membre de Lambton avait demandé à monsieur de Boucherville de faire préparer l’ordre du conseil et la proclamation au sujet de ce jour d'actions de grâces.
Ces faits sont pénibles À constater ; malheureusement ils sont vrais.
I] faut avouer que monsieur Letellier devait être singulièrement à bout d’arguments pour essayer à excuser la démission de ses ministres en recourant à de telles inexactitudes.