‹ La question d'argent; comédie en cinq actesChapitre 16 sur 68 · Acte II, Se. iu ^ La Question d'Argent · texte numérisé non relu

Acte II, Se. iu ^ La Question d'Argent

Dur. Alors, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Tu as de Tesprit et tu es un bon garçon !

René. Oui, mon oncle.

Dur. Et tu sais bien que j*ai de Tamitié pour toi.

René. Non, mon oncle. 5

Dur. Tu en doutes?

René. Votre amitié n'irait pas jusqu'à me prêter vingt-cinq mille francs.

Dur. Naturellement ; mais il y a d'autres preuves d'amitié à donner que celle-là. lo

René. Et moins chères... Tranquillisez-vous ; du reste, je ne compte pas vous emprunter d'argent.

Dur. Oh ! je connais tes principes, tu es un garçon sérieux. J'ai reçu ta lettre ; c'était bien ce que je t'avais demandé, mais ce n'est pas tout. 15

René. A votre service.

Dur. Ce que tu m'as écrit là, il feiudra le dire à quelqu'un, mais plus clairement. Ta lettre n'était qu'un tirailleur; le coup a porté, il faut maintenant une charge à fond de train. ao

René. Vos métaphores me font trembler, mon oncle ! expliquez-vous.

Dur. Tu connais ma position vis-à-vis de ta tante.

René. Est-ce que vous allez vous plaindre d'elle?

Dur. Non ; mais ta tante n'a pas eu de dot 25 comme madame de Charzay, je l'ai donc épousée pour elle seule ; c'est une bêtise que j'ai faite.

René. Vous avez des résumés biographiques qui sont d'un grand bonheur. Votre femme est un ange.

La Question d'Argent S«- Acte ii, Sc m

Dur. Certainement ; c'est une très digne femme, mais elle aurait eu un peu de bien à elle que cela n'aurait rien gâté. Si elle n'a pas toujours été heureuse avec moi, c'est à cause de cela ; je l'ai bien vu, je le vois bien encore, j'en souffre, mais $ qu'y faire ?

René. C'est magnifique.

Dur. Tu dis?

René. Rien, mon oncle ; continuez.

Dur. C'est pour en arriver à ceci : qu'une fille lo sans dot qu'épouse un homme riche fait une aussi grande sottise, en croyant faire un bon mariage, qu'une fille riche en épousant un homme pauvre. Il ûiut que les deux époux apportent autant l'un que l'autre; c'est une garantie réciproque. 15 Qu'est-ce que c'est qu'un homme qui accepte de devoir toute sa fortune à une femme ? Quand la société...

René. Si nous nous asseyions, mon oncle?

Dur. C'est vrai, nous serions mieux. (// s^ assied 20 avec René,) C'est moi qui ai payé l'éducation de mes enfents, c'est de moi qu'ils hériteront, c'est moi qui les doterai, il est donc tout naturel que je ne les laisse pas faire, le jour où ils se marieront, la sottise que j'ai faite. 25

René. C'est très juste. Après?

Dur. Tu es de mon avis ?

René. Parbleu ! Si vous me dites ces choses-là, c'est pour que je sois de votre avis ; sans cela, au [43]

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