‹ La question d'argent; comédie en cinq actesChapitre 17 sur 68 · Acte II, Se. iii -^ La Question d'Argent · texte numérisé non relu

Acte II, Se. iii -^ La Question d'Argent

train dont va la conversation, nous n'en finirions jamais.

Dur. Il n'est qu*onze heures dix.

René. C'est bien commencer la journée.

Dur. Je n'ai rendez-vous avec Giraud qu'à midi. 5

René. Ne vous gênez pas alors.

Dur. Allons droit au but. J'ai trouvé un parti excellent pour ta cousine.

René. Tant mieux.

Dur. Cela te fait plaisir? 10

René. Naturellement.

Dur. Mais, quand j'en ai parlé à Mathilde, sais-tu ce qu'elle m'a répondu?

René. Non.

Dur. Qu'elle t'aimait et qu'elle ne voulait pas être 15 la femme d'un autre.

René. Ce n'est pas bête. Je serais un mari excellent, moi.

Dur. Tu serais un mari excellent, mais tu es un parti détestable, entre nous. ao

René. Ne discutons pas, je suis de votre avis. Alors, vous avez imaginé... ?

Dur. De te prier d'écrire cette lettre où tu m'annonçais...

René. Que j'allais me marier l Et vous l'avez 25 montrée à Mathilde.

Dur. Oui.

René. C'est très ingénieux; qu'est-ce qu'elle a dit?

La Question d^Argent ^ Acte ii, Sc. m

Dur. Elle a pleuré.

René. Eh bien, vous avez dû être content?

Dur. Très content; et elle m'a demandé si je savais qui tu épousais, je lui ai dit que oui.

René. Et j'épouse? j

Dur. La comtesse Savelli.

René. Très bien. J'avais besoin d'être prévenu. C'est parfait ; avez-vous prévenu le notaire aussi ; il n'y aurait pas de mal non plus à prévenir la comtesse. lo

Dur. C'est inutile, elle est en voyage. D'ailleurs, elle n'a pas besoin d'être prévenue; elle est de la conspiration malgré elle; elle t'adore !

René. Vous croyez? 15

Dur. Tu le sais bien, mon gaillard, et, si j'étais à ta place...

René. Qu'est-ce que vous feriez?...

Dur. Je conduirais si bien ma barque...

René. Que?... io

Dur. Que je l'épouserais, parbleu !

René. Comment ! vous dites qu'un honnête homme ne doit pas tenir sa fortune de sa femme, et vous me conseillez, avec trois mille livres de rente, d'essayer d'épouser une femme veuve, dix 25 fois millionnaire ! Vous avez donc des morales de rechange ?

Dur. Qu'est-ce que je demande, moi, que tu sois heureux.

René. Et que ça ne vous coûte rien.

Dur. Pour en revenir à Mathilde, c'est toi qui dois

lui faire entendre raison; c'est toi qui dois lui

dire que tu ne veux pas d'elle.

René. Et comment le lui dirai-je? 5

Dur. Adroitement ; sans avoir l'air de rien.

René. Je lui dirai : " A propos, tu sais que je ne

veux pas de toi..." comme ce sera fin !

Dur. Non. Tu lui annonceras ton mariage, en

causant. Tu es censé ignoré qu'elle a eu con- 10

naissance de ta lettre. Tu ajouteras que tu pars,

et, pendant quelque temps...

René. Il n'y aurait pas de mal qu'on ne me vît pas

ici !...

Dur. Oui, elle te croira à Londres avec la com- 15

tesse, elle t'oubliera et tout sera dit.

René. En un mot, vous me flanquez à la porte. Dur. Tu es fou.

René. Allez toujours, je suis habitué à votre caractère, et, comme vous vous en trouvez bien, 20

vous auriez grandement tort d'en changer. C'est

convenu, je parlerai à Mathilde.

Dur. Aujourd'hui?

René. Aujourd'hui même.

Dur. Tu es un bon garçon. aj,

René. Vous n'avez pas encore quelque chose de

désagréable à me dire, pendant que vous y

êtes?

Dur. Non.

La Question d'Argent 8^- Acte ii, Sc. iv, v

René. Allons, allons, vous êtes fièrement réussi, mon cher oncle. Si jamais vous êtes malheureux, vous, cela m'étonnera bien !

Dur. Moi aussi.

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