‹ La question d'argent; comédie en cinq actesChapitre 37 sur 68 · Acte III, Se. V ^ La Question d'Argent · texte numérisé non relu

Acte III, Se. V ^ La Question d'Argent

à qui mon père en a écrit, m'a envoyé quatre pages d'exhortations.

René. On vous a donné là de sages conseils.

Élisa. Vous aussi ! quelle cause plaidez-vous là ?

René. Je plaide la cause de votre avenir. 5

ÉusA. Mon avenir est assuré maintenant.

René, Non, et les embarras sont peut-être plus graves qu'il y a un mois, vous le savez bien.

Élisa. Cependant, mon père n'a pas insisté, lui !...

René. Il a eu peur, après votre refus formel, de pa- 10 raître vouloir vous imposer un sacrifice plus grand encore que celui qu'il vous a demandé autrefois.

Élisa. Alors, mon père désire ce mariage?

René. Votre père voudrait vous voir heureuse.

Élisa. Et vous? 15

René. Moi, qui comprends tous les dévouements, je lui ai promis de vous décider.

Élisa. Vous me conseillez d'épouser monsieur Giraud ?

René. Oui. 20

Élisa. Si vous aviez une sœur, lui donneriez-vous un semblable conseil?

René. Si j'avais une sœur, je pourrais faire pour elle ce que je ne puis faire pour vous ; car, bien que je vous aime comme une sœur, pour le monde 25 vous m'êtes étrangère. Si j'avais une sœur et qu'elle se fût trouvée dans la position où vous vous êtes trouvée il y a deux ans, s'il se présentait pour elle un mariage comme celui qui se pré- [90]

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sente pour vous, si ce mariage pouvait, à mon point de vue, la rendre heureuse plus tard, et en tout cas lui apporter le bonheur matériel et la tranquillité des dernières années de son père, je lui prendrais les mains et je lui dirais : "Ce n'est 5 pas le bonheur tel que tu Pavais rêvé, mais c'est peut-être la seule compensation que la vie puisse t'offrir aux chagrins du passé, marie-toi, à moins..."

ÉuSA. A moins?...

René. "A moins que Tamour que tu as éprouvé 10 autrefois ne te mette dans l'impossibilité de te marier jamais..." Et comme elle serait ma sœur, comme elle saurait qu'elle n'a pas de meilleur ami que moi, elle me dirait le secret de sa vie qu'elle n'a pu dire à son père, et... 15

ÉusA. Et, conseillée par un frère aussi dévoué, elle pourrait peut-être se marier... quand même, n'est-ce pas?

René. Élisa !...

ÉusA. Vous vous êtes dit : " Moi qui suis un hon- 20 nête homme, je l'épouserais peut-être malgré ce qu'on a pu dire, mais plus tard, dans dix ans, à l'âge où l'on ne demande plus compte à une femme de son passé ; " et vous avez feit dernièrement à la pauvre fille l'aumône d'une espérance. 25 Mais, aujourd'hui, il se présente un homme riche, le fils d'un ancien valet de votre père, peu im- ' porte, qui me fait l'honneur de me demander en mariage: c'est un grand bonheur pour moi; et [91]

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