‹ La question d'argent; comédie en cinq actesChapitre 50 sur 68 · III · texte numérisé non relu

III

Acteiv, Se. iv ^ La Question d'Argent

René. Je sais qu'elle est de retour.

ÉusA. Depuis hier.

René. Je vais la voir ; elle est toujours bonne pour

vous?

ÉusA. Plus que jamais. {Une pause.) 5

René. Et votre père ?

Ëlisa. Mon père va bien.

René. Il est heureux?

ÉusA. Oui... Il a pris avec ses créanciers des

arrangements beaucoup plus avantageux pour 10

lui que ceux qu'on lui proposait. Quand ils ont

su qui j'épousais, ils ne sont plus venus nous

demander de l'argent, ils sont venus nous en

offrir.

René. Le contrat n'est pas encore signé ? 15

ÉusA. Pas encore; on doit le signer dans deux

jours.

René. Quels sont vos témoins?

ÉusA. Monsieur Durieu et monsieur de Cayolle, à

qui mon père a écrit, mais qui ne nous a pas 20

encore répondu.

René. Alors, c'est irrévocable?

ÉusA. Oui. {Une pause,) René. Nous ne nous verrons probablement plus

beaucoup après votre mariage. 25

ÉusA. Pourquoi? René. Si j'ai la place que monsieur de Cayolle

m'a fait espérer, j'habiterai la province.

Élisa. Mais vous viendrez quelquefois à Paris ? [112]

La Question d^Argent 9«- Acte iv, Sc. iv

René. Le moins possible. Le travail va être ma grande distraction. Me permettrez-vous de vous of&ir^ comme le feront tous les gens qui vous aiment^ mon petit cadeau de noces? Il ne sera pas brillant^ car je ne suis pas riche, mais il vous 5 rappellera un ami qui ne vous oubliera jamais. J'ai fait faire cette bien simple bague exprès pour vous; elle s'ouvre: il y a dessus le chiffre, et dedans des cheveux de ma mère.

Élisa, émue. Oh ! je ne m'en séparerai jamais, xo Votre mère était une sainte femme ; je suis bien heureuse de ce souvenir ; il me portera bonheur, j'en suis sûre.

René. Elle vous rappellera les beaux projets que nous faisions dernièrement. Voilà ce que c'est 15 que de prévoir les choses dix ans à l'avance.

ÉUSA, avec une émotion de plus en plus forte et qu'elle contient d'autant plus. Ne parlons pas de cela, je vous en supplie. Laissez-moi tout mon courage, dont j'ai si grand besoin... Adieu ! ao

René. Vous avez raison, adieu !

La Comt., entranty à Élisa qui essuie ses yeux à la hâte. Ma chère Elisa... ma couturière vous attend; elle veut vous essayer des robes que j'ai choisies moi-même ; j'espère qu'elles vous plai- 25 ront... il y en a une rose pour le contrat et une blanche pour l'église. Je veux que vous soyez belle comme un ange. {Elle embrasse ÉUsa^ qui sort.)

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