Scène V
La Comtesse, René
La Comt., à René. Tiens, vous étiez là ! Voilà tout ce que vous dites aux gens que vous revoyez ?
René. Pardonnez-moi, je n*ai plus bien ma tête.
La Comt. C'est la Sologne qui vous met dans cet état? 5
René. Ne vous moquez pas de moi; je ne suis pas en train de plaisanter.
La Comt. Ni moi non plus; j'ai un très grand chagrin...
René. Vous ! lo
La Comt. Moi-même... Cela vous étonne?... Regardez-moi donc, je suis toute changée.
René. C'est vrai, vous êtes un peu pâlie...
La Comt. Je ne fais que pleurer depuis trois semaines. 15
René. Que vous arrive- t-il donc ?
La Comt. C'est bien heureux que vous vous décidiez à me le demander. Il m'arrive un très grand malheur. D'abord, je suis ruinée.
René. Ruinée ! 20
La Comt. Mais à peu près : il me reste cent mille livres de rente.
René. Je le savais.
La Comt. Et voilà toutes les consolations que vous m'offrez? 25
La Question d'Argent 9^ Acte iv, Sc. v
René. Je ne peux pourtant pas m'attendrir sur votre sort parce que vous n'avez plus que cent mille livres de rente. Il ne fallait pas vous ruiner.
La Comt. Je ne vous retiens pas, si vous n'avez que de ces choses-là à me dire. 5
René. Pardon !
La Comt. Qu'est-ce que vous avez ?
René. C'est mon cœur qui a fait une maladresse.
La Comt. Vous aimez?
René. Oui. lo
La Comt. Et on ne vous aime pas ?
René. C'est cela.
Un Domestique, entrant. Pour monsieur de Charzay.
René. Pour moi... Vous permettez, comtesse ? 15
La Comt. Certainement...
René, lisant, "Mon cher ami... on vient de me remettre votre travail, mais j*ai à vous parler de quelque chose de plus pressé en ce moment. Je suis en bas ; je vois monter chez la comtesse 20 quelqu'un avec qui je ne veux pas me trouver, surtout aujourd'hui : excusez-moi auprès d'elle, et tout à vous. De Cayolle."
René, au domestique. C'est bien, j'y vais. {Le domestique sort,) Au revoir, comtesse. 25
La Comt., lui donnant la main. Au revoir, mon ami.
Le Domestique, annonçant Monsieur Jean Giraud.
Jean. C'est moi qui vous fais sauver, monsieur de Charzay?