Acte IV, Se. vii -^ La Question d'Argent
lations du monde, le bonheur enfin. Tout cela est sans prix et je ne le payerai jamais ce que cela vaut. Voyons. "Par-devant maître... ont comparu monsieur Jean Giraud, banquier, d'une part, et mademoiselle Élisa de Roncourt; les- 5 quels, dans la vue du mariage projeté entre eux, ont arrêté de la manière suivante les conditions civiles de cette union: — Article premier. — Il y aura séparation de biens entre les époux..." Votre père m*a dit que vous désiriez que nous 10 fussions mariés sous ce régime.
Élisa. Oui, monsieur ; j'ai tenu à cette clause pour votre garantie personnelle.
Jean. " La future aura Tadministration de ses biens et la jouissance de ses revenus. 15
" Article deux. — Apport de la future :
" Mademoiselle de Roncourt apporte en mariage
et se constitue personnellement en dot :
"Primo: Un trousseau à son usage, dentelles,
cachemires, etc., estimé cinquante mille fi-ancs. 20 " Secundo : Bijoux, diamants, estimés cent mille
francs.
" Tertio : Une somme de un million en bonnes valeurs."
ÉusA. Pardon, monsieur, pardon, je ne comprends 25 pas.
Jean. C'est pourtant bien simple ! je vous reconnais un million de dot...
Élisa. Monsieur...
La Question d'Argent 9^ Acte i v, Sc. va
Jean. Notre contrat est rédigé, sauf les noms, exactement comme celui de la duchesse de Riva.
Élisa. La duchesse apporte réellement un million, tandis que moi...
Jean, Mais Thomme qu'elle épouse n'apporte rien, 5 ça revient toujours au même, et elle lui reconnaît trois cent mille francs. Il se peut que nous nous séparions un jour, pour une cause ou pour une
, autre ; il ne faut pas que vous soyez à la discrétion de votre mari. Il n'y a pas de mal que, de 10 temps en temps, les grands seigneurs apprennent des parvenus comment il faut se conduire en certains cas.
ËusA. Il est bien triste, monsieur, dans quelque condition que se fasse un mariage, de prévoir, xs avant que le contrat soit signé, la possibilité d'une séparation.
Jean. En affaires, il faut tout prévoir. Et puis je peux mourir. Je ne veux pas que vous ayez la moindre contestation avec mes parents, qui n'ont 20 pas sur l'argent les mêmes idées que moi. Je meurs, les enfants héritent, vous reprenez votre dot, personne n'a rien à dire, et vous n'êtes pas forcée de vous marier une seconde fois.
ÉusA. Si le malheur veut que vous mouriez le pre- 25 mier, monsieur, ce sera à vous d'avoir pris les dispositions que vous aurez cru devoir prendre, mais en dehors de moi. Cette aumône préventive et magnifique m'humilie et me blesse. Dans la [X19]