Acte IV, Se. vii -^ La Question d^Argent
position où je suis, j'accepte déjà trop pour accepter davantage. Il faut rayer cette clause, je vous en prie, je le veux...
Jean. Mais si cette clause est autant à mon avantage qu'au vôtre ? 5
Élisa. C'est autre chose, alors.
Jean. Mon dieu, oui : je suis dans les affaires ; je les fais sur une grande échelle; l'échelle peut casser. Il est bon que, dans ce cas, je retrouve par terre une bonne somme qui m'aide à me lo relever. Avec un million, on vit modestement, mais enfin on vit, ou l'on peut tenter de nouveau la fortune. Si je suis ruiné, si je perds plus que je ne possède, car on ne sait jamais, vous réclamez votre dot et les créanciers n'ont rien à 15 dire.
Élisa. C'est vrai ! Je suis bien heureuse de votre franchise, monsieur Giraud, je m'explique enfin votre mariage.
Jean. Oui. Vous aviez peur que je ne fusse un ao mari ordinaire, un vrai mari jaloux, exigeant ; je comprends cela. Soyez tranquille: nous autres hommes d'argent, qui ne pouvons pas avoir d'amis véritables, ce que nous demandons surtout à notre femme, c'est d'être notre amie. — Des 25 femmes, il y en a partout, mais celle qui nous convient est difficile à trouver.
Élisa. Oui, votre femme doit être un autre vousmême.
La Question d^Argent d^ Acte iv, Sc. vu
Jean. Il faut encore qu'elle soit assez honnête pour ne pas se sauver un beau jour avec Targent que nous sommes forcés de mettre sous son nom. C'est arrivé quelquefois. Je ne dis pas ça pour vous. Du reste, vous allez être très riche de votre 5 chef; il y a une foule d'opérations que vous...
Élisa. Mais, dites-moi, monsieur Giraud, dans le cas où nous ferions de mauvaises affaires?
Jean. Eh bien, je vous Tai dit, nous retrouverions toujours votre dot... 10
Élisa. Et alors tant pis pour les créanciers ! C'est que, vous savez, moi, je suis la fille d'un homme qui s'est dépossédé pour payer les siens, ou plutôt ceux de son frère.
Jean. Ce n'est pas la même chose. Des créan- 15 ciers de Bourse, d'ailleurs, ça ne compte pas ; la loi refuse de les reconnaître.
Élisa. C'est juste. Mais, s'ils attaquent mon contrat, que répondrai-je?
Jean. Que vous tenez votre dot de votre père. 20
ÉusA. Mais mon père est sans fortune.
Jean. Il n'est pas sans fortune, il a une position : il est intendant de la comtesse.
ÉusA. Si l'on allait dire qu'il a volé poiu: doter sa fille? 25
Jean. On laisse dire. L'important est d'avoir la loi de son côté. Mais, du reste, nous ne ferons que des opérations très honnêtes et très sûres. Il faut que je vous dise encore...