Acte IV, Se. viii ^ La Question d'Argent
Jean. J'ai payé depuis.
René. Et les actionnaires des mines que vous aviez découvertes, dont vous avez racheté les actions à soixante-quinze pour cent au-dessous du prix d'émission, qu'en dites-vous? 5
Jean. Les actionnaires !... Ils ont été bien heureux.
René. Et vous avez gagné trois millions dans cette afTaire ! Écoutez bien, maintenant : vous avez entre les mains des sommes importantes à ma- 10 dame Savelli et à monsieur Durieu; comme il est inutile que vous leur emportiez leur argent, vous allez leur rendre ces sommes et vous ne reparaîtrez plus ici.
Jean. Vraiment 1 C'est vous qui avez arrangé ça? 15
René. Oui.
Jean. Et si je n'y consens pas, moi?
René. Je vous y contraindrai bien.
Jean. Comment, s'il vous plaît?
René. Je vous démasquerai. 20
Jean. Et les preuves?
René. Ma parole suffira,
Jean. Allons donc !
René. Je vous souffletterai alors.
Jean. Ce sera une lâcheté : je ne me battrai pas. 35 Est-ce que vous croyez que je serai assez bête pour me feire tuer par vous? Dix millions contre soixante mille francs; la partie ne serait pas égale, mon cher monsieur. Vous voulez du bruit, [1^3
La Question d'Argent 8«- Acte iv, Sc. viii
on en fera. Vous direz que j'ai volé, je dirai que ce n'est pas vrai, et je le prouverai ; et j'ajouterai que vous me cherchez querelle parce que je n*ai pas voulu épouser mademoiselle de Roncourt, dont vous avez été Tamant ! 5
René, levant la main. Misérable !
Jean. Ne me touchez pas ; j'appelle ! Vous m'ennuyez, à la fin ! Qu'est-ce que je vous ai fait, moi? J'ai essayé par tous les moyens possibles de vous rendre service, vous ne m'avez jamais dit lo que des choses désagréables. J'en ai assez, de vos sermons ! J'ai bien vu le rôle que vous vouliez me donner, en me faisant épouser mademoiselle de Roncourt. Me suis-je plaint? Je n'ai rien dit. Elle ne veut plus de moi, je ne veux 15 plus d'elle, cela ne vous regarde pas, et je me moque de vous. Vous ne pouvez rien contre moi; vous ne me ferez chasser ni de chez la comtesse, ni de chez monsieur Durieu, parce qu'ils ont besoin de moi tous les deux, parce que, 20 dans votre monde comme dans les autres, l'intérêt passe avant tout, parce que je suis leur Argent enfin, et qu'on ne met jamais son argent à la porte. Là-dessus, ne vous mêlez pas plus de mes affaires que je ne me mêle des vôtres, et vous 25 n'entendrez plus parler de moi. J'ai bien l'honneur de vous saluer. (// sort René va prendre son chapeau. Il reste un instant pensifs puis il marche résolument vers la porte pour rejoindre ["5]
/gan Giraud. Au moment où il va sortir, EUsa se met entre la porte et lui,) ÉusA. Laissez cet homme. Je suis si heureuse de ne pas être sa femme.