‹ La question d'enseignement en 1789 d'après les CahiersChapitre 12 sur 112 · Écoles aux frdis des gros décimateurs ou dotées avec une · texte numérisé non relu

Écoles aux frdis des gros décimateurs ou dotées avec une

L'opinion est en général favorable à la gratuité répartie des dîmes : N. Blois; -^ Ta. Gisors, MontrnuiNsur-Mer, Ponthiea, Soissons; -^ Tb. Bussy-Saint-Georges, Feucherolles, Vaajours, Verrières, Aix, Benvry, Bouvignios, Landas, Scy.

c. Écoles dotées sur les bénéfices simples: Ta. Taillebourg; — Tb. Chavenay, Doniont, Essonnes, Fresnes-lès-Rungis, Longpérier, Rungia.

d. Écoles dotées sur les bénéfices en commande : C. Chalon-sur- Saône, Coutances; — Ta. Versailles; — Tb. Saint-Germain-lès- Arpajon, le Tremblay. — Sur le quart réset^é des archevêchés, évéchés et abbayes en commende : Ta. Meiun.

e. Écoles dotées sur les revenus des fondations d'une inutilité reconnue : Ta. Bassigny.

f. Écoles dotées sur le revenu des bénéfices inutiles : C. Tblonville.

g. Écoles dotées avec une partie des bénéfices : Ta. Marches communes de Poitou et Bretagne, Poitou; — Tb. Chevannes (pensions sur les bénéfices).

A. Écoles dotées avec une partie des biens des communautés religieuses : Ta. ÀTOsnes.

f. Écoles dotées avec les biens des monastères et des bénéfices supprimés: G. Colmar; — Tb. Beauregard, Bièvres-le-Chàtel, Châteaufort, Fontenay-lès-LouTre, Jouars-Pont-Chartrain, Lassy, Lognes-en-Brie, Montlhéry, Morsang-sur-Orge, Neauphle-le-Ch&teau, RouTres-sous-Dommartin (éYentuelloment), Sainte-Geneviève-des- Bois, 8aulx-Marchais, Taverny, Ventabres, Villiers-sur-Marne, Vitroll es-les-Ma rtigues.

y. Écoles dotées avec la moitié du revenu des évéchés : Tb. GuibcTilIe.

k. Écoles dotées avec une partie des biens ecclésiastiques en général: Ta. le Puy; — Tb. Garcbes-Iès-Saint-Cloud, Tremblay.

/. Ch'irger les couvents des frais des écoles: Tb. Belleville, Besons.

m. Écoles aux frais des seigneurs : Tb. Ghevilly et Lay.

fi. Écoles aux frais des curés : Ta. Andelys ; aux fixais des seigneurs et des curés : G. Golmar.

0. Écoles aux frais des fabriques riches : G. Sézanne et Gh&- Ullon-sur-Mame.

p. Unions de bénéfices aux écoles : C. Vendôme ; — Ta. Lassy.

q. Impositions générales ou locales : C. Boulonnais, Labourt, Meode, Soûle; — Ta. Paris intra-muros; — Tb. Gravelines, Brétigny, Pontcarrë ; — UniTersité d^Orléans.

r. Rétribution scolaire :C, Dourdan; — Tb. Fontenay-les-Bayeux, Neaaphle-le-Ch&teau .

. s. Propositions vagues : C. Avesnes ; ~ Ta. Orléanais ; — Tb. PleuU-Luzarches, Rosny.

clamée, à ma connaissance, par cinquante-sept ca hiers (4). Il est du reste certain que la gratuité relative, c'est-à-dire restreinte aux indigents, était constamment pratiquée dans les petites écoles depuis la 5n du dix-septième siècle, et les fondations très nombreuses faites en faveur de ces établissements n'avaient guère d'autre but que celui-là (2). Au moment où les assemblées électorales se réunirent, l'idée de la gratuité absolue semble s'être fait jour dans beaucoup d'esprits. En tout cas les vœux relatifs à cette question, très brefs d'ordinaire et très rarement motivés, ne distinguent pas toujours suffisamment; les termes vagues dans lesquels ils sont rédigés laisseraient supposer aisément que leurs auteurs avaient en vue l'octroi de la gratuité à tous les enfants admis dans les écoles populaires. Cette observation s'applique sans exception à tous les vœux du Clergé sur cet objet. Mais la Noblesse parle uniquement des indigents, et le tiers-état, en plusieurs bailliages et communautés, formule expressément la même réserve. Dans certaines villes on insiste même pour que les écoles de charité ne soient ouvertes qu'aux enfants dont la pauvreté aura été officiellement constatée (3).

(1) C. Beauvais, Belfort, Blois, Colmar, Longwy, Maine, Paris intrarnurost Troyes, Villers-Cotterets, chapitre de Carrouge; — N. Caen (restr.), Dourdan (restr.) ; — Ta. Auxerre (restp.), Crépyon- Valois, Douai, Dourdan (restr.), Étampes (restr.), Évreux, Flandre Maritime, Gisors, Lyon, Maine, Melun, Paris intra-muros, Perche, Poitou, Provins, Tailiebourg, Versailles; — Tb. Arras (restr.), Corbeil (restr.), Marseille (restr.), Nantes, A ngervilliers (restr.). Belleville, Bessanconrt, Chevilly-Lay, Courquetaine, Davron (dem. loc), Limours (restr.), Mesnil-ie-Roy etc., les Molières (restr.), Palaiseau (dem. loc), Pierrefite, Rosny, Saint-Germain-lès-Arpajon, Saint-Maurice-Montcouronne,Saint-Nicolas-de-Be!lefontaine,Thiais (restr.), Abscons, Aix, Benvry, Bouvignies, Landas, Wassigny, maîtres écrivains do Bordeaux (restr.), marchands d'Ornans.

(2) Je crois avoir démontré ces propositions dans le chapitre vu de mon livre V Instruction primaire en France avant la Révolution,

(3) Arras, Bordeaux (maîtres écrivains), Marseille.

Je crois inutile de faire ici de nombreuses citalions. Les textes que je pourrais mettre sous les yeux du lecteur sont presque toujours à peu près identiques : « établir des écoles gratuites » ou « fonder des écoles où le pauvre soit admis gratuitement ». Je transcris seulement les vœux du clergé de Troyes, « aviser aux moyens de doter les maîtres à la décharge des communautés et rendre ainsi Tinstruction gratuite ; » du clergé de Longwy, « que pour aplanir toutes les difficultés qui écaîtent le petil peuple de l'instruction, il soit assigné sur les bénéfices en commende situés dans la province les fonds nécessaires, tant pour rendre Tinstruction gratuite que pour fournir des livres, etc., aux enfants nécessiteux; » du tiers-état du Maine, « que les vicaires soient chargés de faire les écoles de garçons dans les paroisses où il n'y en a pas de fondées (1), sans pouvoir exiger ni recevoir des habitants aucunes glanes, dons ou rétributions, sous quelque prétexte que ce soit; pourront néanmoins les vicaires jouir des fondations faites pour les premières messes et écoles; qu'au surplus, pour l'augmentation où fondation des établissements d'écoles ou autres utiles aux paroisses, on y affecte les prestimonies, chapellenies, pédagogies ou autres bénéfices simples; » de la paroisse de Saint-Nicolas-de- Bellefontaine, « comme l'éducation des enfants de la campagne est une chose absolument essentielle, il serait nécessaire de la rendre facile, ce serait de donner à chaque maître d'école une somme suffisante pour instruire les enfanis gratis. » Je citerai enfin la formule des habitants do Bessancourt en raison du fait qu'elle constate : « Tin^truction est gratuite dans presque toutes les villes, pourquoi ne le serait-elle pas dans les campagnes où il y a beaucoup moins de ressources? »

La Gonventijon admit le principe de la gratuité ab-

(0 Cest-à-dire pourvues de fondations.

solue dans les premières lois qu'elle vota sur l'instruction primaire; mais dans son dernier décret organique de brumaire an IV, le seul qui ait été sérieusement appliqué, elle en revint au système de la rétribution scolaire, avec cette réserve pourtant que le quart des élèves de chaque école pourrait être exempté par les municipalités du payement de cette rétribution, pour cause d'indigence (4). La loi de floréal an X réduisit le quantum des exemptés au cinquième des enfants (2). Ici encore les vœux des Cahiers n'obtinrent pas satisfaction et même la législation nouvelle consacra un état de choses inférieur à celui qu'avait connu l'Ancien régime, puisque généralement, avant 1789, tous les pauvres sans limitation dénombre, étaient dispensés de la rétribution scolaire. On ne sépare guère, en notre temps, l'obligation de la gratuité. C'est donc ici le lieu d'en dire un mot, mot nécessairement fort bref, puisqu'une étude minutieuse des Cahiers ne m'en a pas fait découvrir plus de cinq où cette idée soit émise. « Sa Majesté sera suppliée, disent les ecclésiastiques de Sarreguemines, d'enjoindre aux pères et mères et à la justice très rigoureusement, que les enfants fréquentent les écoles depuis l'âge de sept ans. » Le clergé de Belfort- Huningue voudrait « que les enfants, hors le temps de la récolte, ne pussent être dispensés sous aucun prétexte, môme de pâturage, d'assister aux écoles et catéchismes, conformément à la déclaration de 1724 (3). » La noblesse de Clermont-en-Beauvoisis demande « quelques moyens puissants de législation déterminant les pères à faire profiter leurs enfants

(1) Titre I, art. 8, 9. {JMoniteur du II brumaire an IV)

(2) Titre II, art. 4, Buisson, Dict de Pédagogie, I'* partie, p. 516.

(3) L'article 6 de la Déclaration de 1724 enjoignait aux pères et mères d'envoyer leurs enfants aux écoles et catéchismes jusqu^à Tâge de quatorze ans, et prescrivait auxjuges et procureurs du roi de « punir les contrevenants par des condamnations d'amende ou plus grandes selon Texigence des cas. » En fait, cet article resta sans exécution,

PETITES ÉCOLES. dl7

des écoles. » Les paysans de Fontenay-les-Bayeux, village de la prévôté de Paris, « souhaitent que les habitants des paroisses soient forcés d'envoyer leurs enfants régulièrement aux écoles jusqu'à Tâge de douze ans. » Enfin la sanction est indiquée par le cahier d'une autre paroisse des environs de Paris, Valenton : « Prescrire de n'admettre aux assemblées et aux charges de la commune aucun de ceux qui ne sauraient ni lire ni écrire (1). Il en résultera immanquablement un avantage précieux pour les bonnes mœurs présentes, et un plus grand pour les futures, en ce sens que la crainte d'une exclusion déshonorante retiendra chacun dans le devoir, inspirera un désir général de se faire instruire et excitera les parents à envoyer régulièrement leurs enfants aux écoles publiques. » On le voit, ce n'est qu'exceptionnellement que l'obligation scolaire a été demandée en 1789. La Convention s'est constamment déjugée sur ce point et a fini par y renoncer (2). Il a fallu attendre plus de quatre-vingt-dix ans pour que l'obligation passât, sinon dans nos mœurs, du moins dans nos lois.

Les cahiers des trois ordres reviennent souvent sur les conditions de capacité et de moralité que doivent réunir les maîtres et les maltresses d'école, sur les moyens à prendre pour élever leur niveau intellectuel et moral, enfin sur la situation matérielle qu'il convient de leur faire. Cette dernière question se lie étroitement à la première. Il est évident en effet, comme le remarque le clergé de Belfort, que « la modicité des places de régent ôte le choix des su-

(1) La communauté rurale, de Monstiers (Basses-Âlpes) pratiquait, dès 1786, cette exclusion des illettrés (de Ribbe, Les familles et la société en France avant la Révolution^ \^ édit. Paris, 1873, inl3,p. 286).

(3) Lois des 27 brumaire an III, et 3 brumaire an IV.

jets (1) », en restreignant le nombre des candidats. Les communautés sont, par suite, obligées de se contenter d'instituteurs médiocres. Les plaintes ne manquent pas à cet égard, non plus que les demandes de réforme (2). « Il faut, dit le clergé de Lyon, que les maîtres et maltresses d*école soient choisis avec soin. » — « Il est nécessaire, observe la tiers -état de Vitry-le- François, de veiller à une instruction plus soignée des maîtres d'école. » D'après les habitants deWassigny, « les régents doivent être sufûsamment instruits, à Vinstar des frères des écoles chrétiennes ^ et reconnus pour être de bonnes vie et mœurs. »

Divers moyens sont proposés pour obtenir ce résultat. D'abord l'amélioration de la condition faite aux maîtres, qui permettra aux autorités préposées à l'enseignement de se montrer plus sévères dans le choix des sujets. Le Clergé demande, à Avesnes, « que Ton avise aux moyens de trouver des fonds suffisants pour l'entretien de maîtres et de maîtresses, dignes par leur science et leurs mœurs de la confiance publique; » à Belfort-Huningue, « que les maîtres et maitresses soient suffisamment salariés, d'une manière fixe et convenablement logés ; » à Aix, « que les honoraires des maîtres et maîtresses d'école soient augmentés; » à Dourdan, « que leurs honoraires joints aux rétributions des écoliers leur soient un sort suffisant à eux et à leurs familles; » à Soissons, « que, vu la modicité des revenus des maîtres d'école dans certaines paroisses, on travaille à leur faire un sort plus avantageux afin qu'ils soient moins distraits des soins qu'ils doivent à l'éducation de la jeunesse. »

Aussi le tiers-état de Metz réclame-t-il 300 livres par an pour les maîtres d'école. « Leurs places, remarque le clergé du Boulonnais, ont été fixées à 450 livres par les déclarations de 1698 et 1724. On

(ï) Cf. N. Clermont en Beauvoisis; — Tb. Neauphle-le-Château. (2) Cf. C. Âvesnes, Lille, Riez.

sait que cette somme n'est plus actuellement ce qu'elle était à ces époques. Aussi, du moins dans les grandes paroisses, les honoraires des maîtres d'école seront portés à 300 livres et ceux des maîtresses à 200 livres. » Les ecclésiastiques de Mende veulent « qu'on oblige les paroisses à imposer 300 livres dans les villes et 200 livres dans les campagnes pour les régents ». Le clergé de Beauvais réclame de plus qu'ils soient exemptés de la milice. C'était du reste la loi sous l'Ancien régime (1).

Les cahiers des communautés urbaines et rurales formulent des demandes analogues : ceux de Thiais et Neauphle-le-Château proposent le chiffre de 400 livres ; à Ghapet, on dit : « un fixe et un logement. » A Ghevannes, on renouvelle expressément en faveur des maîtres d'école le vœu d'une retraite convenable que nous avons rencontré en maints cahiers, formulé en termes généraux pour tous les instituteurs de la jeunesse : « lorsqu'ils auraient servi vingt ans, la moitié de leur pension devrait leur être assignée en retraile, s'ils ne continuaient pas à être employés (2). » Enfin le clergé de Villers-Gotterets, demande qu'il y ait a dans chaque paroisse un bâtiment pour les écoles qui servira aussi, naturellement, au logement des maître et maîtresse (3). »

Le sort des régents étant ainsi assuré, il faudra veiller à ce que nul ne s'ingère de sa propre autorité et sans garanties suffisantes, d'instruire la jeunesse .dans les petites écoles. Le Glergé, comme je l'ai dit u l'article des vues générales concernant la direction et l'inspection de l'enseignement, réclame le maintien de ses droits séculaires sur la nomination des insti-

(1) Procès-verbaux des Assemblées du Clergé^ t, VIII, p. 92.

(2) Cf. C. Amiens, Colmar, Libourne ; — Ta. Reims ; — Tb. Nantes, Cliapet, la Qaeae-en-Brie, Lassy. Tremblay.

(3) Les lois de bramaire an IV et floréal an X n'accordent aux instituteurs ancun traitement, mais uniquement le logement ou une indemnité en tenant lieu et le produit dp la rétribution scolaire.

i20 LA QUESTION D'ENSEIGNEMENT EN 1789.

tuteurs et les cahiers des autres ordres, sauf les exceptions que j*ai mentionnées au même lieu, ne protestent pas contre ces prélenlions. A Lille etàCoImar, les chambres ecclésiastiques indiquent le concours comme le moyen le plus sûr pour relever le niveau des instituteurs de campagne : « pour remédier à Tabus qui résulte souvent du choix arbitraire des clercs de paroisse chargés des petites écoles, demander qu'il soit établi un concours présidé par celui à qui il appartiendra de nommer, assisté de deux curés à son choix. » — « Que la classe des maîtres d*école soit perfectionnée, encouragée, améliorée; que les places ne soient données qu'au concours. »

Cinq cahiers ecclésiastiques, ceux du tiers-état dans deux bailliages et les doléances de quatre communautés rurales (i) indiquent les écoles normales comme le meilleur moyen de former de bons maîtres et de bonnes maltresses. On voit qu'ici encore la Convention n'a rien inventé. Voici quelques-uns des textes, ceux du Clergé d'abord. Il demande, à Amiens, « dans les villes épiscopales au moins, un établissement pour former les maîtres et les maîtresses d'école, sous l'inspection de Monseigneur Tévôque ou de celui qu'il voudra commettre, afin qu'ils soient beaucoup mieux instruits et astreints à une plus grande régularité, leur traitement devant être beaucoup plus avantageux. » Il observe, à Bouzonville, « que pour l'éducation de la jeunesse, il est préalablement nécessaire qu'il soit établi une ou plusieurs maisons où les maîtres seront formés à l'instruction des gens de la campagne, n A Colmar, il offre les fonds provenant des bénéfices supprimés pour l'établissement et l'entretien des « pépinières destinées à former

(I) C. Amiens, Bclfort-Huningue, Bouzonville, Colmar, Verdun; — Ta. Haguenau, Reims ; — Tb. Chavenay,lesGlayes, Jouars-Pont- Clïartrain, Neauphle-le-Château. —Comme je l'ai déjà fait observer, le cahier du tiers-état du bailliage de Vitry demande, sans préciser, ce une éducation plus soignée des maîtres d'école. »

des maîtres d'école, ces hommes si nécessaires».

Le tiers-état dit à Haguenau : « établir des écoles publiques où les communautés pourraient envoyer des sujets qui porteraient ensuite parmi elles les instructions qu'ils y auraient puisées; » et à Reims : « il est à désirer qu'il soit fondé dans chaque diocèse des établissements propres à former des maîtres d'école. » Le langage de certaines communautés rurales n'est pas moins clair : « Qu'il soit fondé dans chaque diocèse, disent les habitants de Jouars-Pont- Chartrain, sous la direction de l'évêque, des maisons d'éducation où l'on instruirait les jeunes gens à la fonction trop négligée de maîtres d'école et d'où ils ne sortiraient, après un séminariat de quelques années, qu'ils n'aient été interrogés sur tous les objets que le peuple de la campagne a besoin de savoir, et surtout qu'il n'ait été reconnu qu'ils sont de bonnes mœurs. » On peut rapprocher de ce vœu celui des habitants de Neauphle-le-Château : « Que l'on établisse dans chaque diocèse, une ou plusieurs maisons d'enseignement, dans lesquelles on entretiendra des jeunes gens qui montreront du talent et de l'instruction. Après qa*ils auront été suffisamment instruits et examinés, on leur donnera 400 livres d'appointements et on ne recevra aucun maître d'école qui n'ait vingt-cinq ans et n'en ait passé trois dans ces maisons. »

Ces idées fort justes et très pratiques, la Révolution ne les réalisa pas, quoiqu'on en ait pu dire. Son essai d'école normale de l'an III, mal conçu et plus mal exécuté, avorta misérablement (1), et il fallut attendre bien longtemps encore la réalisation des vœux émis en 1789 pour la formation des instituteurs dans des établissements spéciaux (2).

(1) J'ai étudié en détail, diaprés les documents originaux, Thistoire de cette institution, dans la Revue des questions historiques (aTiil 1884, VÉcole normale de l'an III). LMnsuccès est inconstes- Uble; il était faul, étant donnés les tIcbs évidents de cette conception Insuffisamment mûrie.

(2) L'empire fonda une seule école normale primaire, celle de

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Les Cahiers sont à peu près muets sur les modifications à apporter dans le programme des écoles primaires. Nous avons vu au chapitre des vues générales qu'on désirait beaucoup, aux derniers jours de l'Ancien régime, faire pénétrer dans tous les esprits les principes de renseignement civique, conjointement avec ceux de renseignement chrétien. Sans insister sur ce point que j'ai déjà traité, je citerai uniquement le cahier de la ville de Bellocq en Béarn qui, tout en disant un mot du programme très élémentaire de nos vieilles écoles, parle avec plus de détails que bien d'autres, des matières à la mode : « qu'il soit pourvu à l'objet précieux de l'éducation des enfants, de manière qu'en apprenant à lire et à écrire, ils apprennent aussi la coutume et constitution locale avec les principaux éléments des lois civiles et criminelles, afin d'en former de bons citoyens. »

Quant au reste, il n'en est guère question, ce qui donnerait à penser que le programme, bien restreint pourtant, alors adopté dans les écoles semblait suffisant à l'immense majorité des électeurs de 1789. Je ne trouve à mentionner que les cahiers du tiers-état de Nemours et de la paroisse de Ghevannes qui joignent à la lecture, à récriture et au calcul, l'arpentage et le toisé, celui de Fosses où il est question du chant ; enfin celui de Corbeil, où l'on réclame « une méthode simple et uniforme pour les écoles des provinces (i). »

Observons pourtant que l'idée de l'enseignement

Strasbourg (1808). La Restauration en étabUt deux en 1820, une en 1823, et dix en 1828 (Buisson, Dictionnaire de pédagogie^ v» École normale, I'® part., p. 2059, 2060).

(1) Cf. N. Saint-Mihiel; — Ta. Lyon; — Tb. Massy; — Université d'Orléans. = Le programme prescrit par la loi de brumaire an IV (tit. I, art. 6) indique seulement la lecture, récriture, le calcul et les éléments de la morale républicaine.

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professionnel apparaît dans quelques cahiers, sous une forme plus ou moins vague. Nous lisons dans les vœux du second ordre de Mantes, « un membre de la noblesse demande qu'il soit établi dans les campagnes un hospice de charité, dans lequel se rassembleraient les jeunes enfants, après Técole, afin d*y travailler en commun soit à filer, à tricoter la laine et le coton, soit à faire de la dentelle ; que le ministère aurait la charité de fournir par avance les matières et ustensiles et que l'inspection de cet hospice serait confiée à une personne dont la piété, la sagesse et les mœurs seraient connues (1); » à Riom, « que l'éducation publique soit établie sur des bases propres à former des citoyens utiles et qu'il soit établi dans chaque paroisse des mélierspour Tun et l'autre sexe. » — Le tiers-état dit à Cusset, « que l'éducation du peuple soit réformée et établie de manière à ce que les enfants du peuple y trouvent les ressources relatives aux professions et métiers auxquels ils se destinent; » à Lyon, « que, dans les villes, les enfants du peuple soient instruits gratuitement dans les arts les plus utiles; » à Ploermel, « qu'on établisse dans les villes et dans les bourgs, des écoles publiques et nationales où chacun puisse apprendre les connaissances et les principes propres à la profession pour laquelle il est destiné » ; enfin dans le cahier du village de Vernouillet-sur-Seine, « requérir et prier les États généraux de s'occuper des moyens les plus faciles de procurer à la jeunesse une éducation bonne, saine, solide et pieuse tant pour les lettres que pour les arts et métiers. »

Je crois n'avoir rien omis d'essentiel dans l'examen des Cahiers relativement à renseignement populaire.

(1) On peut rapprocher de ce vœu, celui du chapitre de Carrouge, au diocèse de Séez : « qu'après le décès des titulaires le revenu des prestimonies et autres fondations soit employé à

rétablissement d*une école de filature ou de dentelle pour les en fants de l'un et l'autre sexe »

Il me semble inutile d'accompagner cet exposé de longues réflexions. Les textes cités les suggéreront eux-mêmes au lecteur qui certainement reconnaîtra, chez nos pères, une large intelligence des besoins intellectuels des masses et la volonté énergiquement manifestée de donner satisfaction à ces besoins.

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