‹ La question d'enseignement en 1789 d'après les CahiersChapitre 4 sur 112 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

Yaillamment soutenir l'effort de la persécution, par cette Bourgeoisie éclairée, modérée en même temps que libérale, qui avait fait dans les assemblées provinciales l'apprentissage de la vie politique, ou, pour emprunter les expressions de Léonce de Lavergne, par « cette partie la plus riche et la plus éclairée du Tiers-État qui a fourni le plus de victimes à la Révolution parce qu'elle était la plus influente et la plus nombreuse ».

J'espère que les esprits impartiaux ne contesteront pas ces conclusions. Quoi qu'il en soit du reste, j'aurai fait, ce me semble, œuvre utile en dispensant les travailleurs de recherches fastidieuses et en mettant sous leurs yeux, dans un tableau d'ensemble, les vœux des Cahiers relatifs à l'enseignement.

1. D'après les lettres de convocation pour les Etats généraux et le Règlement (i) qui s*y trouvait annexé, les électeurs des trois ordres réunis dans les chefslieux des sénéchaussées et bailliages principaux devaient, avant d'élire les députés, rédiger leurs cahiers de doléances et ainsi « munir les dits députés d'instructions et pouvoirs généraux pour proposer, remontrer, aviser et consentir tout ce qui pouvait concerner les besoins de TÉtat, la réforme des abus, l'établissement d'un ordre fixe et durable dans toutes les parties de l'administration, la prospérité du royaume et le bien de tous et chacun des sujets du Roi. » Les historiens sont unanimes à reconnaître qu'une absolue liberté fut laissée aux assemblées électorales pour la rédaction de leurs doléances.

La plupart des Cahiers des grands bailliages rédigés en vertu de ces instructions, au moment de l'élection des députés aux États Généraux, ont été publiés dans les Archives parlementaires (2). Mais ils n'y sont pas

(J) Réimpression du Moniteur^ Introd,, p. 557-564.

(2) Paris, P. Dupont, 6 vol. in-4 et 1 vol. de tables, tables du reste fort incomplètes et qui ne m'ont pas dispensé de lire, la plume à la main, les six volumes de MM. Mavidal et Laurent. Je cite constamment la seconde édition qui est de 1879. Il y manque 8«>ulement vingt-six cahiers du Clergé, vingt de la Noblesse et huit du Tiers-Ëtat qui ne se trouvent d ailleurs dans aucun des recueil» que j'ai pu consulter et sont probablement perdus.

seuls. On y trouvQ un certain nombre de cahiers de bailliages et sénéchaussées secondaires et environ six cents cahiers de paroisses et corporations. D'où viennent ces cahiers particuliers?

Tqus les habitants des bourgs, paroisses et communautés de campagne ayant un rôle individuel d'impositions, s'étaient d*abord assemblés devant le juge du lieu ou tout autre officier public pour rédiger leurs cahiers, de paroisse et avaient nommé des délégués à l'assemblée du bailliage secondaire. Dans les villes, les corporations d'une part, d'autre part les habitants n'appartenant à aucune corporation, avaient désigné des commissaires qui, réunis, avaient rédigé le cahier de la ville et chargé des délégués de le porter àl'assemblée du bailliage secondaire.

Quinze jours avant l'assemblée au chef-lieu du bailliage principal, les délégués des villes et des campagnes s'étaient réunis au siège du bailliage secondaire auquel ressortissaient leurs communautés et avaient réduit en un seul les cahiers particuliers dont ils étaient porteurs, de telle sorte qu'il y eût autant de cahiers qu'il y avait de bailliages secondaires.

Quelques-uns des cahiers des bailliages secondaires ont été publiés, dans les Archives parlementaires avec ceux des grands bailliages. Quant aux trente-six mille cahiers de paroisse, ils sont inédits pour la plupart et beaucoup d'entre eux ont disparu. Mais, outre ceux qu'ont mis au jour MM. Mavidal et Laurent, on en trouve un certain nombre dans diverses collections imprimées. J'en ai pu consulter quelques-unes (1), j'ai également examiné cent dix-

(l) J'ai eu en main les Archives de L* Ouest d'A. Proust. Paris, 1867, 5 fascicules in-8. — Le gouvernement de Normandie au xvno et au xvm« siècle, d'Hippeau, Caen, 1867, t. IV de la II« partie. — Les cahiers du Bailliage de Reims aux États généraux de 1789, par H. Paris. Reims, 1869, in-8. — La brochure où Tabbé Puiseux a analysé, par ordre de matières, les cahiers ruraux du bailliage de Chàlons [Les cahiers de doléances du Tiers-État rural du Bailliage

neuf cahiers inédits conservés aux archives du département de la Gironde et de Tarchevêché de Bordeaux, mais je dois avouer que je n*en ai pas fait grand usage dans mon travail; je m*en suis tenu aux Archives parlementaires et surtout aux cahiers de bailliages, et voici pourquoi. Leur intérêt, comme manifestation de l'opinion publique en 1789, du moins au point de vue spécial où je me suis placé, est de beaucoup le plus considérable. L'élite des électeurs les a rédigés sur les cahiers particuliers soigneusement étudiés et fondus; en général, les commissaires rédacteurs ont su s'abstraire de ce qu'il y a d'excessif dans les revendications de chacun ; d'ordinaire, les formules ont une certaine précision, les réformes sont assez souvent demandées en termes concrets, et, somme toute, la compétence ne manquait pas à leurs auteurs. On peut dire, en faisant les réserves de détail nécessaires, que toute autre est la physionomie des cahiers particuliers, des cahiers de village notamment. Quelques-uns, il est vrai, concernent uniquement les communautés qui les ont signés et quand on a fait la part de l'exa-

de ChdlonS'Sur-Mame. Cbâlons, 1884, in- 8). — Les Études historiques sur la Révolution en Périgord^ de G. Bussière. Bordeaux, 1885, in-8 (II* partie, p. 67-144. Analyse des cahiers de paroisses du Périgord). — Le clergé du diocèse cTArras^ Boulogne, et Saint- Orner pendant la Révolution^ par Tabbé Deramecourt. Paris, 1884, in-8 (t. I, p. 412-445). — M. A. Ouruy dans son important ouvrage, V Instruction publique et la Révolution^ Paris, 1882, in-8, a publié (p. 362-374) les « doléances à présenter aux États-générauit par les instituteurs de la jeunesse des petites villes, bourgs et villages de la province de Bourgogne. • = Je ne parle pas des livres de UM. de Poncins (Les cahiers de 1789 ou les vrais principes libéraux) et Chassin (Le Génie de la Révolution) qui, ayant étudié les Cahiers à un point de vue général, ont consacré quelques pages seulement aux questions d'enseignement. La faible contribution que ces divers ouvrages ont apportée à mon travail m'a dissuadé de faire de nouvelles recherches pour me procurer les autres recueils imprimés de cahiers de paroisse, recueils d'ailleurs fort difficiles à rencontrer, surtout quand on écrit en province. Les 600 cahiers de villes et villages des Archives parlementaires, cahiers provenant do difTértntes régions, m'ont paru suffire pour donner la note.

gération dans les doléances qu'ils contiennent, ils méritent confiance lorsque, se bornant aux objets qui touchaient directement les paysans, aux dîmes, aux droits féodaux, aux abus des capitaineries, aux assemblées municipales, aux petites écoles, ils forniulent des faits précis, des vœux pratiques. C'est ainsi qu'au regard de l'enseignement primaire, l'importante série des cahiers ruraux de la prévôté de Paris renferme une somme appréciable d'idées et de renseignements intéressants. En revanche, il est beaucoup de cahiers particuliers où l'on retrouve le poncif, la boursouflure, le bavardage abstrait des brochures du temps, du cahier modèle rédigé par les hommes de loi qui vont conduire la Révolution (1). Il en est qui traitent gravement des questions d'enseignement supérieur, certainement en dehors des préoccupations et au-dessus de la portée des paysans qui sont censés les avoir rédigés. Tout cela leur ôte la plus grande partie de. leur autorité (2).

II. Quelle est, pour la question qui nous occupe, la valeur absolue des Cahiers de 1789 ? Y peut-on

(1) Sur cette influence des hommes de loi et des cahiers modèles, Yoy. Taine, L* ancien régime, 3« éd., Paris, 1876, in-8, p* 518, et en sens contraire, Chérest, La chute de l'ancien régime^ Paris, 1885, in-H, t. II, p. 394, seq. Quoi qu*on en ait pu dire, le cahiei* modèle se retrouve souvent. Certains vœux du moins sont reproduits en termes identiques dans divers cahiers, comme on pourra B^en convaincre en examinant les textes recueiUis à la fin de ce volume. Une bonne partie des cahiers inédits des archives de la Gironde peut se ramener à deux ou trois types consciencieusement copiés en plusieurs lieux, même en des communautés assez importantes.

(2) Se ne m'attarderai pas à discuter la question de la valeur relative des cahiers de bailliage considérés dans leur origine selon qu'ils viennent du Clergé, de la Noblesse ou du Tiers-État. La solution s'impose d'ailleurs après un examen même superficiel des textes. Les caliiers du Clergé ont évidemment la plus haute valeur, Viennent ensuite, à mon avis, ceux du Tiers-État, et en dernière ligne ceux de la Noblesse qui s'est occupée des questions de l'enseignement bien moins que les autres ordres. En deux ou trois bailliages pourtant, elle a émis à ce sujet des vœux remarquables.

trouver les résultats d'une enquête officielle méthodiquement menée, d'une de ces enquêtes qui établissent, par des chiffres précis, le bilan d'une situation ? Non, assurément. On a voulu tirer des Cahiers la preuve manifeste de l'état lamentable de l'enseignement en France au moment de la Révolution : on en a simplement extrait les nombreuses doléances qu'ils contiennent, puis on a tiré la conclusion désirée (1). L'argument peut être spécieux, mais il ne conclut pas. Qui prouve trop ne prouve rien ; or les Cahiers prouvent trop.

Nous sommes renseignés avec une certaine précision, grâce à des documents nombreux et indiscutables, sur le nombre de nos anciens collèges, celui de leurs maîtres et de leurs élèves, leur dotation, les ressources qu'ils offraient pour l'éducation de la jeunesse indigente. C'est un cri général, dans les vingtcinq dernières années de l'Ancien régime, que l'enseignement classique est trop répandu en France, que des moyens trop nombreux sont offerts aux gens du petit peuple pour sortir de leur condition, « que tout le monde veut étudier, » qu'on ne trouvera bientôt plus de laboureurs ni d'artisans. Tel est le langage de Voltaire, de la Chalotais, de bien d'autres encore. Supposez maintenant que tout autre moyen d'information nous fait défaut et que nous en sommes ré-

(1) C'est ainsi qa*a procédé M. Duméril dans sa brochure, Des vaux des Cahiers de 1789 relatifs à V instruction ptibliquCyToMloase, 1880, in-8, travail d*un incroyable insurfisance où s*étale l'ignorance la plus complète des travaux qui font autorité en la matière, et Bl. E. Champion, dans un article infiniment meilleur, mais bien discutable aussi : VInstruciion publique en France daprés les Cahiers de 1789 (dans la Revue internationale de l'enseignement f^uïWet 1884). — Au contraire, M. l'abbé Sicard dans son livre si bien informé, l'Éducation morale et civique avant et pendant la Réi'Olution, Faris^ 1885, in-8, a fait un Judicieux usage d'un certain nombre de textes des Cahiers. — Le très court article du Dictionnaire de Pédagogie de Buisson [Cahiers de 1789) est bon comme note d'ensemble.

duits aux renseignements fournis par les Cahiers : nous allons croire que la situation est de tout point déplorable. Presque partout, en effet, on réclame la fondation de nouveaux collèges ; certaines provinces se plaignent d'être dépourvues de moyens d'éducation (1) ; partout on demande d'augmenter le nombre des bourses. Il est pourtant avéré qu'à la fin du xviii® siècle il y avait, toute proportion gardée, beaucoup plus d'établissements qu'il n'y en a eu dans les cinquante premières années de ce siècle-ci, et que, selon l'expression de Villemain (2) « avant 1789, l'instruction classique, plus recherchée par le goût et l'habitude des classes riches était en même temps plus accessible aux classes moyennes et pauvres. » Faudra-t-il après cela, prendre au pied de la lettre les déclamations des cahiers les plus sérieux sur la décadence de l'enseignement, l'inexpérience des maîtres, que sais-je encore (3)?

Quant à l'enseignement primaire, on a eu longtemps beau jeu alors qu'il était admis presque universellement que son organisation et sa diffusion datent d'hier, alors que la grossière ignorance de nos pères était passée à l'état d'axiome. Les Cahiers pourraient fournir des textes nombreux à l'appui de ces thèses. Or elles sont certainement fausses et pas une personne instruite, au courant des récents travaux, n'oserait les soutenir aujourd'hui.

La situation vraie de l'enseignement supérieur est

(1) Voir les notes qui accompagnent les \œux classés ci-dessous sous les nos 153, 44?, 479, 562, 716, 809, 816.

(2) Rapport au Roi sur renseignement secondaire, Paris, 1843, in-4, p. 57.

(3) Ces doléances n'ont pas plus de valeur démonstrative que les discours de certains ministres réformateurs, les plans de réforme périodiquement présentés et les manifestes des candidats novateurs au conseil supérieur de llnstruction publique. Si, dans cent ans d'ici, on relit uniquement ces pièces, on pourra dire de notre enseignement secondaire ce qu'ont dit de nos vieux collèges certains écrivains qui s'en sont aveuglément rapportés aux Cahiers.

plus difficile à déterminer. De nombreuses monographies ont été consacrées à nos vieilles universités, mais les données qu^elles fournissent n'ontpas encore été résumées dans des études d'une portée générale. 11 est difficile pourtant d'admettre sans restriction le bien fondé des doléances de 1789, au sujet des établissements d'enseignement supérieur, quand on songe au mouvement littéraire, historique et scientifique du xv»!** siècle, à la haute valeur des jurisconsultes de la Constituante, des rédacteurs du code civil, aux regrets que l'ancienne organisation des facultés avait laissés à beaucoup d'esprits distingués (1).

Mais alors, comment expliquer l'exagération des doléances des Cahiers rédigés pourtant le plus souvent par des hommes à la fois éclairés, modérés et sincères? Très simplement. On connaît l'état d'esprit de nos pères à la veille de la réunion des États généraux. Sous l'influence des idées de réforme répandues par les philosophes et les économistes qui avaient dénoncé, souvent en les exagérant, tous les abus; dans ce tourbillon aveuglant de brochures jetées chaque jour en pâture à la curiosité publique (2), les Français en étaient venus à mépriser leurs institutions et à demander non plus seulement les réformes nécessaires, mais d'une manière plus ou moins inconsciente, un remaniement presque complet de la société (3). « La prospérité publique, dit M. deTocqueville, s'était pourtant développée avec une rapidité sans exemple..., mais à mesure que se développe cette prospérité, les esprits paraissent plus mal assis et

(t) Voir par exemple le Rapport et projet de loi sur Vinslruc- /l'on publique de Chaptal, dans \q Moniteur (19-26 brumaire an ix).

(?) Voir sur cette crise des brochures, Chërest, t. II, p. 248 seq. et la Réimpress. du Moniteur, Introd,^ p. 578-608.

(3) Il faut pourtant observer qu'en fait d'instruction publique les Cahiers, sauf quelques exceptions insignifiantes, demandent non pat la destruction, mais la restauration et le développement des institutions existantes.

plus inquiets; le mécontentement public s'aigrit; la haine contre toutes les institutions anciennes va croissant... chacun s'inquiète et s'agite dans sa condition et fait effort pour en changer; la recherche du mieux est universelle, mais c'est une recherche impatiente et chagrine qui fait maudire le passé et imaginer un état de choses tout contraire à celui qu'on a sous les yeux... C'est alors que la théorie de la perfectibilité indéfinie et continue de Thomme prend naissance. Vingt ans auparavant, on n'espérait rien de l'avenir; maintenant on n'en redoute plus rien. U imagination s'emparant d'avance de cette félicité prochaine et inouïe rend insensible aux biens qu'on a déjà, et précipite vers les choses nouvelles (1). » Ajoutez à cela une tendance très marquée aux généralisations, l'oubli des réalités contingentes, une aspiration universelle vers un idéal uniforme (2) et vous aurez l'explication du mystère et aussi la mesure de la confiance qu'il convient d'accorder aux appréciations de fait des Cahiers.

Est-ce à dire qu'il faut refuser toute créance aux plaintes qu'ils enregistrent et qu'on doit résolument écarter leur témoignage? Non assurément, mais il ne faut pas s'en rapporter aveuglément à leurs rédacteurs, il faut au contraire discuter sérieusement leurs allégations. Les moyens de contrôle ne manquent pas : d'excellents travaux ont été publiés depuis une vingtaine d'années sur les institutions politiques, administratives, scolaires de la France. Une comparaison attentive des Cahiers avec les livres de MM. Taine,

(i) Tocqueville. l'Ancien Régime et la Révolution^ 7» éd. Paris, 1866, in-8, p. 251, 267, 260. Il faudrait citer la plus grande partie des chapitres m- vu du livre III^. — Les mômes faits sont constatés dans ce passage du discours du Trône à Touverture des États généraux : « L'inquiétude générale, un désir exagéré d'innovations se sont emparés des esprits et finiraient par égarer totalement les opinions si on ne se hâtait de les fixer par une réunion d'avis sages et modérés. » {Réimpression du Moniteur, t. I, p. 1),

(2) Cf. Taine, V Ancien Régime, III« part, ch. ii.

de Lavergne, Babeau, Maggiolo, Ch. Jourdain, de Beaurepaire et bien d'autres permettra d'arriver sans trop de peine à une appréciation équitable.

III. Mais si la valeur historique des Cahiers de 1789 est contestable, si leur témoignage à l'endroit des faits ne doit être admis qu'avec réserve, ils méritent toute confiance quand on y recherche l'écho des idées universellement admises aux derniers jours de l'Ancien régime. Les cahiers de bailliage notamment sont la résultante et la moyenne d'une multitude de cahiers particuliers et n'ont, pour la plupart, été définitivement rédigés qu'après une discussion contradictoire entre gens éclairés et bien en mesure de connaître à fond et de formuler nettement les appréciations et les vœux de leurs commettants. D'ailleurs nulle pression de la part du gouvernement qui réclame l'avis de tous les gens de bien. Pour se borner aux questions d'enseignement, on a la certitude de trouver dans les Cahiers l'expression très claire de ce que pensaient à cet égard les divers ordres de la société française. Les textes sont assez nombreux pour fournir à une discussion approfondie tous les éléments nécessaires. C'est par centaines qu'ils se comptent et beaucouji d'entre eux sont assez étendus pour que la pensée de leurs rédacteurs s'y découvre tout entière. 11 suffit de les examiner sommairement pour constater qu'en 1789, peu de problèmes ont préoccupé l'opinion au même degré que les questions d'enseignement. Ce seul fait constitue, en dehors de tout ce que nous savons de l'état vrai de l'instruction publique en France sous l'Ancien régime, un très fort préjugé contre l'opinion surannée d'après laquelle nos pères auraient croupi dans une ignorance presque universelle. Ignoti nulla cupido (1).

(1) Il est à remarquer que les provinces où renseignement était le plus florissant sont justement celles où les doléances sur cet objet sont les plus nombreuses. On trouve dans les cahiers ruraux de la prévôté de Paris, nombre de vœux concernant IMnstruction

iO LA QUESTION D'ENSEIGNEMENT EN 1789.

Mais ceci est trop évident pour qu'on y insiste, et je vais en venir, sans autre transition, à Texaraen détaillé des vœux des Cahiers. J'exposerai d'abord ceux qui se rapportent à tous les ordres d'enseignement, puis ceux qui ont spécialement trait à chacun d'eux. Il n'est pas toujours aisé d'en faire le départ en raison de l'enchevêtrement des questions dans nos textes, et malgré toute l'attention que j'ai apportée à éviter les répétitions, je n'ose me flatter d'y avoir entièrement réussi. Je m'en excuse d'avance auprès du lecteur,

primaire. Ceux de la sénéchaussée d'Aix, sont à peu près muets sur cet objet. On y trouve même un cahier de paroisse, celui de Peipin (ci-dessous n» 1053) qui propose la suppression de tout enseignement public. J*ai trouvé les mômes vœux rétrogrades dans le cahier d'un petit village du département actuel de la Gironde, Courpiac : a supprimer les Jgnorantins dans les villes et toutes les écoles de campagnes qui sont les fléaux terribles qui arrachent les bras à la terre ; » et dans celui d*un gros bourg de la sénéchaussée de Libourne, Guîtres : « une troisième source de la pénurie des cultivateurs, des matelots et des mousses, c'est le fatal établissement des écoles dlgnorantins qui ramassent en entier Tordre de la dernière classe des sujets destinés par leur naissance à l'agriculture, aux arts et métiers les plus grossiers et les plus pénibles et les métamorphosent en morcantilleurs, en agioteurs et en gens de plume. L'ignorance de ce bas ordre est non seulement utile, mais nécessaire pour faire remplir et soutenir tous les besoins de la société. Le moyen efficace qui nous semblerait propre à remédier promptement à cet abus serait d'abolir les écoles dlgnorantins. » (Arch. Qv\ B. Ét.-Gén., Libourne).

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