CHAPITRE
I. Décadence et réforme de renseignement. — II. Plan général d'enseignement. — III. Commission permanente d'instruction publique. — IV. Enseignement civique et enseignement religieux. — V. Question des congrégations. — VI. Application des biens ecclésiastiques au service de renseignement. — VII. In* fluence respective de l'Église et du pouvoir civil sur l'enseignement.
Le Clergé s'exprime très nettement sur la décadence de renseignement et la nécessité d'une réforme. Il s'effrayait justement de la propagation des idées des philosophes parmi les jeunes gens, il avait vu avec beaucoup de peine l'expulsion des Jésuite^ et rinsuccès des efforts tentés pour les remplacer dans les collèges. A plusieurs reprises, il avait élevé la voix dans ses assemblées générales, pour dénoncer à la nation et au roi les dangers que courait Téducalion en France ; il avait même, en 1780, pris l'initiative d'une enquête sur la situation des collèges et les moyens d'y régénérer les études et la discipline (i). Les électeurs ecclésiastiques ne faillirent pas à leur devoir dans les assemblées électorales, ils dénoncèrent énergiquement les abus qui s'étaient glissés dans l'enseignement national et en faisaient craindre la
(1) On peut consulter à cet égard, les Procès-verbaux des Àsseni' blées du clergé de France, Paris. Desprez^ in-f», t. VIII.
<2 LA QUESTION D»ENSEÏGNEMENT EN i789.
ruine prochaine. « L'éducation publique, observentils à Bar-sur-Seine, attirera sans doute les soins paternels de S. M. au moment où elle s'occupe de régénérer la nation... Tous les bons citoyens et surtout les ministres de la religion gémissent sur Tétat de décadence où est tombée l'éducation en France ; on reconnaît généralement qu'elle dégénère depuis plus de vingt-cinq ans et qu'à cet égard une société célèbre a laissé des regrets et un vide qui n'a pu encore être rempli. Il n'est pas peut-être d'objet qui mérite une attention plus sérieusse de l'Assemblée nationale ; c'est au milieu d'elle que les hommes sages et profonds pourront méditer avec succès la réforme des premières éludes; c'est du sein des lumières réunies aux États généraux que doit sortir enfin le plan si universellement désiré d'une éducation salutaire et générale. » Le cahier d'Auch veut « qu'on applique tous les efforts à redonner la vie à l'éducation publique qui languit dans presque tout le royaume, moyen unique de régénérer la nation et de l'affermir dans les vrais principes de la foi, des mœurs et du patriotisme. » Nous lisons dans les doléances du clergé du Haut-Limousin : « Les maux dont toutes les provinces sont, infiniment plus que la nôtre (1), témoins, maux qui menacent même davantage les générations suivantes, nous portent à demander avec instance à Sa Majesté qu'elle prenne des moyens efficaces pour rendre à l'éducation publique l'éclat etl'utilitédontelle est déchue. » Suit une série de vues pratiques sur les
(1) Cette restriction est remarquable. En plus d'un endroit on est satisfait de l'enseignement dans sa province, on se plaint pour les autres contrées. Cf.C. Saintes, le Puy. — Dans les notes j'indique par la lettre C, les vœux du Clergé; par la lettre N, ceux de la Noblesse ; par les lettres Ta, les cahiers de bailliage du Tiers- Eut; parles lettres Tb, ceux des villes, villages et corporations; par les lettres To, les cahiers communs aux trois ordres; CT renvoie à un cahier commun au clergé et au Tiers, NT, à un cahier commun à la noblesse et au Tiers.
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réformes à faire dans les établissements des divers degrés. A Chalon-sur-Saône, le clergé rappelle que « Téducation de la jeunesse fut toujours un des principaux objets de sa sollicitude; la difficulté des moyens a jusqu'ici suspendu l'effet de ses demandes pour cet objet. » — « Les maux dont nous sommes les témoins, dit la chambre ecclésiastique de Provins et Montereau, et qui menacent encore plus les générations futures nous portent à demander avec instance à Sa Majesté de restaurer l'éducation; que cette source des bonnes mœurs, des vertus civiles, sociales et domestiques, subisse enfin la réforme la plus promple et la plus étendue. » Les observations du clergé de Rouen sont plus développées et plus pratiques: « L'instruction publique doit fixer spécialement les regards de la nation. Les universités, les collèges et les séminaires où se forment et se perfectionnent les talents qui doivent un jour honorer et servir l'État et la religion méritent d'exciter le plus vif intérêt. Les députés solliciteront les États d'en ordonner l'établissement dans les lieux où ils paraîtront nécessaires, d'en consolider l'existence dans les lieux où ils sont établis, d'en améliorer le régime, d'en corriger les abus, d'en perfectionner l'enseignement et de s'occuper aussi sérieusement des mœurs et de la capacité des mauresque des progrès des élèves. »
Les vœux détaillés sur ces questions générales sont moins nombreux dans les cahiers de la Noblesse. Elle se borne le plus souvent à demander « que le régime suivi dans l'éducation de la jeunesse soit pris en considération, à l'efTet d'être amélioré autant qu'il sera possible (Alençon) ; » — « qu'il soit pourvu par de sages règlements à l'éducation de la jeunesse et à la conservation de l'éducation publique (Amont). » La noblesse de Touraine déclame un peu plus que de raison : « Dans le moment où la France va se régénérer, où sa constitution jusqu'à présent flottante va reprendre une forme régulière et stable, l'éducation
publique est un des objets les plus importants dont puissent s'occuper les États généraux. » En Nivernais, le second ordre exprime la même idée en termes meilleurs : « Les députés annonceront aux États généraux le désir que la noblesse du Nivernais aurait que l'on s'occupât de la réforme à opérer dans le système de l'éducation publique. Ce point est d'autant plus important que le nouvel ordre de choses qui va s'établir appelant un plus grand nombre de citoyens à l'ensemble et aux détails de l'administration, demandera des hommes plus instruits et des lumières d'un genre différent de celles qu'on acquiert aujourd'hui dans les écoles publiques. » La formule adoptée à Saintes est assez remarquable : « L'Assemblée nationale portera sûrement son attention sur les établissements d'éducation publique qui, manquant absolument en plusieurs parties du royaume, sont presque partout imparfaits. Ces fondations presque toutes anciennes ont conservé la routine des siècles qui les ont vu naître. Il serait temps de les faire participer aux lumières acquises, de leur donner un régime plus propre à former des citoyens de tous les états et surtout de propager jusque dans les campagnes les moyens d'une instruction suffisante à ceux qui les habitent et qui pût s'étendre même jusqu'aux pauvres. »
Du côté du Tiers-État, les vœux généraux en deux lignes, ne précisant rien, et où Ton gémit en termes vagues sur les abus, ne sont pas rares. Quand par exemple on a entendu les électeurs de Rochefort demander « que les États généraux prennent en sérieuse considération l'éducation de la jeunesse qui doit être combinée de la manière la plus propre à développer les facultés physiques et morales que l'homme tient de la nature ; » ou ceux de la principauté d'Orange déclarer qu'il faut « par des institutions sages relatives à l'éducation de la jeunesse, préparer cette portion précieuse des sujets à recevoir le germe du
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bien; » ou encore ceux du Bassigny, proclamer « la nécessité d'une école nationale qui, comme à Sparte, formera des hommes et des citoyens, » on n*est pas fort avancé. Le cahier de la Prévôté de Paris iniramuros dit simplement que « les États généraux seront priés d'aviser à la réforme et à l'amélioration des études publiques. »
A Provins, on émet le vœu « qu'il soit fait une réforme de l'instruction publique des universités et collèges ; la jeunesse en sort peu instruite et souvent après avoir perdu un temps utile qui aurait pu être mieux employé; » en Vermandois « que les moyens de perfectionner l'éducation publique soient recherchés avec empressement. » Mais, en plus d'un endroit, le Tiers-État entre dans le détail, précise ses doléances et indique les remèdes. En Anjou par exemple, « il charge les États généraux d'accomplir enfin le vœu des vrais citoyens, de tous les corps éclairés et spécialement de l'université d'Angers qui depuis un certain nombre d'années n'a cessé de renouveler cette demande : l'ordre etles objets de nos études actuelles si insuffisantes et si vicieuses seront réformés et un nouveau plan d'éducation nationale sera établi. Nous demandons qu'une commission soit établie par les Étals généraux qui aura la charge de vaquer à la réforme dès études et qui sera tenue d'appeler dans son sein les députés des universités et tous ceux qui seront estimés avoir quelques connaissances sur cet important sujet. »
Le vœu plus complet est celui que Dupont de Nemours fit insérer dans ce fameux cahier du tiers- état du Bailliage de Nemours qui est tout un ouvrage. Quoiqu'il soit assez connu, je crois devoir le citer à cause de son importance. « La déclaration des Droits doit renfermer la base de la législation et les principes de l'administration. Mais pour que l'État puisse en retirer tous les avantages dont elle sera le germe, il faut qu'il n'y ait pas un citoyen qui ne puisse la lire et
qui ne puisse écrire les réflexions qu'elle lui suggérera. Il faut qu'un grand nombre de citoyens soient à portée de faire de bonnes observations sur ses conséquences et des réclamations bien motivées et bien déduites sur ce que le gouvernement et les particuliers pourraient faire de contraire à cette déclaration. « Il faut donc que l'instruction soit extrêmement favorisée ;
« Qu'il n'y ait pas un village qui n'offre aux habitants un maître ou une maîtresse d'école capable de montrer aux enfants à bien lire et à bien écrire ainsi que les principes de l'arithmétique, de l'arpentage et de toutes les espèces de toisé ;
« Qu'il n'y ait pas une petite ville où ne se trouve un collège dans lequel les enfants puissent recevoir soit gratuitement, soit pour une dépense modérée, des instructions plus étendues sur les principes de la morale et la connaissance du droit et des lois;
« Qu'il n'y en ait pas une grande où les -mêmes connaissances ne soient plus développées ;
« Que les universités suivent le même esprit, que les académies soient invitées par le gouvernement à le reprendre et chargées de présenter au concours les sujets des livres classiques destinés à la jeunesse et d'adjuger des prix considérables aux auteurs qui réussiraient le mieux dans la composition de ces livres ;
« Qu'un conseil du roi soit perpétuellement occupé à donner une impulsion patriotique et les encourage- • ments convenables à tous ces établissements si nécessaires et qu'il soit obligé de rendre compte aux États généraux de son travail. »
11 y a assurément d'excellentes idées dans ce plan : mettre davantage à la portée de tous les moyens de s'instruire en multipliant les établissements destinés aux divers ordres d'enseignement, organiser ainsi un système complet d'instruction publique et ce conseil supérieur que Turgot demandait déjà en 1775 (1). On
(1) «La première et la plus importante de toutes les institutions
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voit que Dupont de Nemours n'avait pas oublié les leçons du ministre dont il avait été le collaborateur. Mais comme tout cela en somme, est général, vague, peu pratique^ comme on se sent dans le siècle des abstractions ! Où sont les moyens de réaliser ce beau plan ? Et puis, quels singuliers motifs ! voit-on tous les Français transformés en hommes politiques, assiégeant le gouvernement de remontrances et de brochures, dénonçant toute atteinte à la déclaration des Droits ? C'est du reste le but principal qu'on se propose : en fait de programme pour les collèges, surtout des leçons de morale, des instructions sur le droit et les lois !
Les cahiers des trois ordres ont fait une large place aux vœux généraux, aux doléances sur la décadence de l'éducation. Quels sont les remèdes proposés, quelles sont les institutions réclamées pour remettre les choses en leur état normal et restaurer l'instruction publique?
11 y a d'abord le plan général d'enseignement (i)qui ramènera tous les établissements à l'uniformité de programmes et de méthode. Cette solution était de-
qae Je croirais nécessaires, celle qui me semble la plus propre à immortaliser le règne de Votre Majesté, celle qui doit influer le plus sur la totalité du royaume serait, Sire, la formation d'un conseil de Tinstruction nationale sous la direction duquel seraient les académies, les universités, les collèges, les petites écoles. Ce conseil n'aurait pas besoin d'être très nombreux, car il est à désirer qu'il ne puisse lui-même avoir qu'un seul esprit, lï ferait composer dans cet esprit des livres classiques d'après un plan suivi. Il veillerait à toute la police de l'éducation, il y pourrait rendre utile tous les corps littéraires. » {Œuvres de Turgot. Paris, 1844. in-8, 1. 11, p. 506).
(1) Dans l'esprit des rédacteurs des Cahiers, il s'agit surtout ici du programme et de la direction des collèges. Je cite donc indistinctement ce qui regarde l'enseignement en général et l'enseignement secondaire.
puis longtemps poursuivie par l'université de Paris. M. Jourdain cite un passage d'un discours du 10 octobre 1763 où le recteur Fourneau exalte les bienfaits d'un système uniforme d'enseignement. La môme année, le corps académique avait choisi pour sujet du prix d'éloquence latine cette question : « Quanti populorum intcrsit eadem in omnibus scholis publicis de religioney monbus et littens doren (1). » Dans une foule de bailliages et même de communautés urbaines ou rurales les rédacteurs des Cahiers s'emparent avec ardeur de cette idée et la présentent sous diverses formes, assez souvent d'ailleurs sans donner à leurs expressions toute la précision désirable (2). « Quel'instruction publique, dit le clergé de Lyon, ne soit pas conduite par des principes arbitraires, mais que tous les instituteurs publics soient tenus de se conformer à un plan uniforme adopté par les États généraux. » Le clergé de Provins et Montereau veut « qu'un code d'éducation nationale établisse des lois qui, en fixant les objets de l'enseignement public et la discipline à y maintenir, puisse assurer une éducation catholique. Que les universités, les collèges, les séminaires, les maisons religieuses de l'un et l'autre sexe y soient assujettis». Le premier ordre demande, au Puy, «un nouveau plan d'éducation qui ait pour base la religion et qui soit rédigé par des hommes vertueux et instruits et d'une expérience consommée dans l'art difficile de former la jeunesse; » en Franche-Comté (Bailliage d'Aval) « qu'il y ait un plan général et uniforme d'instruction et d'éducation dans tout le Royaume. » A Bordeaux, à Toulouse, en vingt autres sénéchaussées il tient le même langage. La formule adoptée par le clergé de Reims est une des meilleures : « Dans le cas où on jugerait utile de faire des améliorations
(1) Histoire de l'université de Paris au xyii® et au xvm* siècle. Paris, 1862-1886, in-f», p. 400, note 4.
(2) Il est questioa du plan général d*en6eignement dans plus de 60 cahiers, dont 24 émanent du Clergé,
dans l'enseignement public, il sera établi, pour une opération de cette importance, une commission de personnes tirées en partie de chaque université et qui joignent l'expérience aux lumières, laquelle rédigera lin plan absolument uniforme, à quelques exceptions locales près ; ce plan, examiné et adopté par le gouvernement, deviendrait le code de l'enseignement national. » Il convient aussi de citer sur ce point le vœu du clergé de Pamiers dont le cahier tout entier, sauf un article ajouté après coup, roule sur Tadministration des collèges : « Toutes ces réformes ne produiront que peu de fruit, si on n'assujettit pas les études à un plan... Ce plan devrait consister dans l'esprit de méthode et de suite, dans l'unité de principes, dans l'accord et la liaison nécessaires à un système d'éducation progressive. Il serait à désirer que le gouvernement accordât un prix et des accessits pour ceux qui auraient le mieux exécuté ce plan où l'histoire, la géographie, les langues et la littérature fussent progressivement traitées selon la force des classes. »
Ces idées se retrouvent dans les cahiers du second ordre. « L'éducation publique lient trop essentiellement aux mœurs et au bon esprit d'une nation pour qjue la noblesse d'Anjou ne présente pas cet objet aux Étals généraux comme un des plus intéressants dont ils aient à s'occuper. En conséquence, elle désire que les États généraux fassent rédiger un plan d'éducation nationale. » — « Il sera arrêté des lois invariables relativement à l'éducation nationale, » dit la noblesse d'Auxerre. Celle de Château-Thierry veut «qu'on forme le meilleur plan d'éducation pour le substituer à la mauvaise routine à quoi se borne maintenant toute l'éducation. »
Nous avons déjà rencontré la même pensée dans les doléances du tiers-état de la sénéchaussée d'Anjou. On la retrouve dans un certain nombre de cahiers du même ordre (1). Les électeurs du Périgord demandent
(1) Par exemple à Âuxerre, Bordeaux, Mftcon, dans le Maine, etc.
qu'un prix soit décerné à Tauteur du meilleur plan. Je citerai encore le vœu de la prévôté de Paris-horsles-murs : « Il sera fait un plan d'éducation nationale dont le principal but sera de donner aux élèves une constitution robuste, des sentiments patriotiques et la connaissance des principes nécessaires à l'homme, au chrétien et au Français. »
Mais qui sera chargé de rédiger ce plan d'éducation et de procurer cette uniformité d'enseignement? Cette question, essentielle pourtant en raison de sa portée pratique, n'est examinée que par un petit nombre de cahiers. Celui du clergé de Reims que j'ai cité tout à l'heure, confie cette mission à un comité formé de membres des universités. Le cahier ecclésiastique de Toulouse émet une idée analogue, que nous avons du reste déjà rencontrée dans les doléances du tiersétat d'Anjou : « Qu'il soit créé, à la demande des États généraux, une commission pour faire un plan sur l'éducation, à laquelle commission seront appelés des membres du Clergé et qui consultera les différentes universités du royaume et se concertera avec elle par voie de commissaires ou autrement. » Les ecclésiastiques de Caen désirent, « que, pour la rédaction du plan général d'enseignement. Sa Majesté prenne les conseils de ses universités et des principaux corps chargés de l'enseignement dans ses états.» La noblesse de Saint-Mihiel adjoint aux professeurs d'université des maîtres appartenant aux congrégations religieuses : « Il faut tirer des corps réguliers aussi bien que de tous les collèges et universités du royaume, des commissaires qui, réunis, concerteront avec l'université de Paris le plan d'études et de discipline le plus convenable à établir dans tous les collèges et universités du royaume. » Le clergé du Puy et celui de Saint- Quentin se contententde faire appel «à des personnes savantes, à des hommes vertueux, instruits, consommés dans l'art très difficile d'instruire la jeunesse. » Le tiers-état d'Auxerre dit simplement « des
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savants ; » le cahier du village d'Aurons, « des gens de lettres. » Le clergé de Dijon, la noblesse de Nîmes denniandent « une commission prise dans le sein des États généraux; » le cahier commun du clergé et du tiers-état de Bruyères en Lorraine, (^ des commissaires nommés par les états généraux ; » la noblesse de Bordeaux, « un comité nommé par le roi. » Le tiers-élat de Senlis parle simplement de « commissaires, » le cahier de la ville de Vienne «d'une commission. » Enfin le clergé de Bordeaux remet Tœuvre delà réforme de l'enseignement à « la chambre ecclésiastique des États (1). » Il est assez remarquable qu'aucun cahier ne fasse appel aux Parlements, qui avaient si hardiment mis la main en 1762 et pendant les années suivantes sur l'enseignement public.
in
Le VŒU de la noblesse de Saintes mérite une atten* tion particulière : comme le tiers-état du bailliage de Nemours, elle semble demander l'établissement d'une commission permanente chargée de veiller aux intérêts de l'éducation nationale : « Nous recommandons
(1) On peut rapporter à ce point lôs vues exprimées par un certain nombre de cahiers au sujet d'une complète uniformité d'enseignement : C. Beaujolais, Digne, Évreux, Forez, Péronne ; — Ta. Dourdan : « méthodes autorisées par Sa Majesté sur le vœu de la nation, » Nîmes; — Tb. Magistrat de Valenciennes. = On trouve aussi quelques vœux concernant Tuniformité des livres élémentaires. Le Clergé demande, à Forcalquier, « que le gouvernement choisisse des personnes habiles, amies de la religion et de la patrie qn*on chargera de composer des livres élémentaires pour l'enseignement public et uniforme; » A Péronne, « qu'on établisse dans tout le royaume Tunité des livres classiques. » A Hiom, il réclame « des livres élémentaires également religieux et utiles. » Le cahier du village d'Aurons propose la nomination d'une « commission de gens de lettres pour travailler à des livres classiques servant à la commune instruction. » On avait au xviii« siècle, grande confiance dans les ouvrages élémentaires officiels. La Convention et les conseils du Directoire essayèrent, sans le moindre succès d'ailleurs, de donner Tessor à toute une littérature scolaire.
à nos députés aux États généraux notre vœu pour Té^ tablissement d'une commission spécialement chargée de s'occuper de Tinstruction publique et qui, composée d'hommes aussi vertueux qu'éclairés des diverses classes, sache combien les lumières influent sur les mœurs des citoyens et sur le bonheur public. » Les rédacteurs du cahier d'un simple bourg de Lorraine (1), rédacteurs qui certainement n'étaient pas les paysans qui l'ont signé, disent de leur côté : « Article général et essentiel. Composer avec les États un conseil de l'éducation publique qui (en laissant aux supérieurs ecclésiastiques l'instruction sacrée qui leur appartient) surveillera, inspectera, dirigera, éclairera les universités, séminaires, collèges et jusqu'aux plus petites écoles, de manière que les Français puissent savoir ce qu'ils doivent à leur patrie ; que tous aient le moyen de s'instruire des connaissances absolument nécessaires à leur état, et que le petit nombre qui ont reçu du ciel des talents et des dispositions supérieures puissent être distingués, aidés et admis au concours que le conseil d'éducation établira pour faciliter la culture des sciences et des arts libéraux aux seuls hommes privilégiés de la nature à cet égard (2). »
(1) Vichoray.
(2) Un groupe de gentilshommes de la sénéchaussée de Bordeaux qui s'étaient séparés de l'assemblée électorale, avaient rédigé un cahier particulier et élu à part des députés aux États généraux, ont inséré dans leurs doléances un article qui se rapproche beaucoup de ceux que je viens de citer : « Si Tétat des finances et le crédit public n'étaient pas les objets les plus importants dans les circonstances actuelles, nous aurions suivi une marche plus naturelle dans Tordre dos délibérations à proposer aux États généraux. L'instruction et l'éducation nous paraissent, après la Constitution, devoir essentiellement occuper les bons esprits qui travailleront à la régénération nationale ; les meilleures lois deviendraient inutiles si Tinstruction n'était pas d'accord avec elles. — Il sera impossible, dès la première tenue des États généraux, d'arrêter un plan à cet égard. Il faudra se borner à quelques réformes et établir une commission nationale sur celte partie de V administration, — Cette commission devra être composée des hommes les plus éclairés et
Il ti'est pas nécessaire de discuter longuement ces vœux dont il est difficile de méconnaître la portée. Assurément l'État ne peut pas se désintéresser totalement de Tinslruction publique ; reste à savoir dans quelles limites doit s'exercer son action pour qu'elle soit énergique et féconde tout en respectant absolument les droits sacrés de la liberté d'enseignement. C'est là le point difficile à déterminer. En tout cas/ l'existence d'un conseil supérieur de l'instruction publique s'impose comme une nécessité (1), et il faut savoir gré aux rédacteurs des cahiers de la noblesse de Saintes, du tiers-état du baillage de Nemours et xlu bourg de Vicheray, d'avoir posé la question dans leurs doléances.
Quiconque est un peu familiarisé avec l'histoire de l'éducation en France au dix-huitième siècle sait avec ardeur ou plutôt quel engouement les publicistes ré-
les plus vertueux, et qui connaissent toute Tinfluence que doit avoir l'instruction publique sur les mœurs et le génie d*une nation. La commission que nous proposons sera autorisée à faire, dans toute rétendue du royaume, ies recherches nécessaires pour connaître exactement les sommes destinées à Tinstruction publique •oit par le gouvernement, soit par des fondations particulières... ■ (Â. Proust, fasc. III, p. 134).
« (1) En matière d'éducation, dit fort bien Téminent historien de Tuniversité de Paris, la loi ne peut pas déterminer tout à Tavance et elle laisse naturellement en dehors de son domaine beaucoup de points, tels que les règlements d'étude et les programmes d'examen qui intéressent de la manière la plus directe et les familles et TÉtat. De là résulte la nécessité unlvorscllement reconnue d'une autorité compétente à qui le législateur remet le soin de compléter son œuvre et d'en assurer le maintien et le succès : mission laborieuse et complexe qui s'étend & la fois aux écoles publiques et aux écoles privées, qui touche aux droits et aux devoirs de quiconque participe à l'éducation de la jeunesse, mission qui peut être une œuvre de paix et de conciliation, mission dans laquelle on peut aussi faire acte d'intolérance et d'injustice et en arriver à ne plus respecter les intentions du législateur. » (Ch. Jourdain, Les conseils de l'Instruction publique y dans U Correspondant du 10 nov. 1879).
formateurs de ce temps préconisèrent renseignement civique. Nos pédagogues contemporains n'ont inventé ni le mot ni la chose qui étaient d'usage courant dans la littérature scolaire aux derniers jours de l'Ancien régime (1). Il n'est donc pas étonnant qu'on retrouve dans les vœux des trois ordres la trace de cette préoccupation ; c'est même un fait assez digne de remarque qu'il n'y soit pas plus souvent question de cette utopie si chère à nos grands-pères. Tout compte fait, je n'ai pas trouvé plus d'une trentaine de cahiers où ce détail soit traité (2). Il faut observer du reste que nous y rencontrerons jusqu'à l'idée du Manuel civique lu dans les écoles et même appris par cœur. Naturellement nos trente textes se ressemblent fort et des citations en petit nombre suffiront pour en donner le ton et en indiquer la valeur.
Le Clergé lui-même s'ôst mis quelque peu de la partie : il demande, à Gaen, « des livres élémentaires sur la morale et le droit public de la France ; » à Gàstelmorond'Albret,«uncatéchisme-bréviaire national.» Il veut, à Dôle, « que les états provinciaux s'occupent de l'éducation chrétienne et civile des jeunes gens de l'un et l'autre sexe, » et en Boulonnais, « que le plan d'éducation commun à tous les collèges contienne les principaux éléments du christianisme et de la constitution fondamentale du royaume. » — La Noblesse revient plus souvent sur cet objet. Neuf cahiers de bailliage en parlent en termes plus ou moins explicites, cinq d'entre eux mentionnent les livres spéciaux destinés à renseignement civique. A Blois, par exemple, le second ordre réclame « des ouvrages élémentaires où les droits de l'homme, les devoirs de la société soient clairement établis. » Il demande, à Meaux «qu'après la
(1) L'origine et l'évolution de ces idées ont été fort bien exposées par M. Tabbé Sicard dans son livre, VÈducation morale et civique^ p. 189-216.
(2) Trente est le chiffre exact : To. 1 ; C. 5; N. 9 ; Ta. 8 ; Tb. 7. Sur ces 30 cahiers, 16 réclament des manuels.
promulgation des lois constitutionnelles, les clauses de ces lois soient rédigées en une espèce de catéchisme ou livre d'instruction élémentaire, lequel sera enseigné dans les paroisses et dont Tusage constant attachera, dans peu d'années, les Français à la loi par le lien indissoluble d'une éducation nationale. » Cette confiance quelque peu naïve semble partagée par les électeurs nobles de Paris : « Qu'il soit rédigé pour tout le royaume, un livre élémentaire contenant sommairement les points principaux de la Constitution ; qu'il serve partout à l'instruction de la jeunesse, à la première instruction de l'enfance et que les Français apprennent en naissant à connaître, à respecter, à chérir leurs lois. » L'important cahier de la noblesse de Saint-Mihiel s'étend davantage : « L'éducation nationale est l'objet le plus important peut-être qui pourra être offert à la considération des États généraux. La classe qu'il est le plus essentiel qui reçoive une bonne éducation, c'est la classe nombreuse du peuple. Que celle qui lui sera donnée, sans sortir de la simplicité des connaissances qui suffît à ses besoins, tende à à l'instruire de ses devoirs et, en les lui rendant également chers, à l'attacher aux lois et à la patrie par le sentiment et la conviction du bonheur qu'elles lui assurent. Qu'il soit donc pourvu à ce que les écoles de village... joignent à l'étude du catéchisme qui ren* ferme la base de tous les devoirs moraux celle d'un catéchisme patriotique qui expose d'une manière simple et élémentaire les obligations que renferme le titre de citoyen et les devoirs qui résultent nécessairement de ces obligations... »
Naturellement le Tiers-État ne reste pas en arrière. Neuf assemblées de bailliage et six communautés ur^ baines ou rurales émettent des vœux analogues à ceux que je viens d'enregistrer. « Les États généraux, dit le cahier de Briey, s'empresseront de dresser un cours détaillé dans lequel la morale sera plus étendue que de coutume, mieux dirigée vers l'amour général des
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hommes et de la patrie, la simplicité des mœurs et Téconomie domestique ; on y fera môme entrer quelques-uns des grands intérêts de la nation. » Les Communes souhaitent àForcalquier, « qu'on admette dans les écoles et collèges une étude particulière de morale et de politique sur un catéchisme qui embrassera ces deux objets; » à Lyon, « que Tamour de la patrie, Tesprit public soient, dès renfance,le premier sentiment de tous les Français ; que les lois constitutionnelles deviennent des livres classiques dans les villes et dans les campagnes ; » à Mantes, « qu'à l'éducation ordinaire, il soit ajouté des éléments de droit public et civil afin que les hommes s'accoutument à connaître leurs droits et ne soient plus effrayés lorsqu'on prononce devant eux ces mots : Droits de V homme ; » à Riom, « qu'on rédige, qu'on mette au nombre des livres classiques ceux qui contiendront les principes élémentaires de la morale et de la constitution fondamentale du royaume ; qu'ils soient lus dans toutes les écoles des paroisses du royaume. »
Les assemblées révolutionnaires qui firent si bon marché de la plupart des vœux émis en 1789, prirent à tâche de donner satisfaction à celui-là. La Convention inscrivit l'enseignement civique en tète de ses programmes d'instruction primaire (1) et les rares élèves des écoles officielles apprirent à lire, durant quelques années, dans la Déclaration des droits de l'homme et dans la Constitution, 11 faut dire que l'immense majorité des Français ne montra pas le moindre goût pour le nouveau système d'éducation et préféra à l'enseignement des instituteurs-citoyens, celui des ci-devant religieux et des maîtres laïques chrétiens qui avaient continué ou recommençaient a mettre le catéchisme aux mains des enfants. D'ailleurs le vœu des Cahiers avait été fort mal interprété par les héritiers des constituants. Certaines assemblées récla-
(1) Décrets de Brumaire an II, 29 Frimaire an II, 26 Brumaire an III.
maient bien l'enseignement civique ; mais, tacitement ou expressément, tout le monde voulait un enseignement vraiment chrétien. Plus de quarante cahiers sont là pour en témoigner (1).-
« On conservera, dit le clergé d*Aix, Tunité de l'éducation civile et religieuse pour la jeunesse, de sorte qu'on ne sépare pas les utiles enseignements de la morale, des préceptes et des conseils de la religion qui doit lui servir de fondement. » — «Dans un plan d'éducation quelconque, observe la chambre ecclésiastique du diocèse de Riez, faire entrer la religion comme objet majeur et fondamental auquel les professeurs seront tenus de donner les soins les plus suivis tant pour la partie dogmatique et morale que pour la pratique. » A Chartres, à Châteauneuf-en-Thimerais, le premierordre insiste « sur l'intérêt dont il est pour tous les ordres de la société que l'enseignement public soit fondé sur les principes les plus épurés de la religion et de la morale (2) ».
Et n'allez pas croire que cette préoccupation si naturelle au Clergé, lui soit exclusive, vous en retrouverez la trace dans les doléances des deux autres ordres. La noblesse de Dourdan veut « que la religion soit toujours la base de l'éducation scolastique et de l'éducation morale. » Celle du pays de Soûle demande que l'éducalion publique soit perfectionnée et qu'on y maintienne avec la plus grande attention les principes des mœurs et de la religion. » A Orléans, le second ordre enjoint aux députés « d'obtenir que les États généraux s'occupent des moyens les plus propres à perfectionner l'éducation nationale et à répandre dans les dernières classes de la société les instructions religieuses et morales (3). »
(l) Exactement 43 : To. 1 ; — C. 22 ; — N. 8 ; — Ta. 5 ; — Tb. 7.
(î) Cf. C. Charolais, Labourt, Forcalquier, LiUe, Rivière-Verdan, etc.
(3) Cf. N. Castres, Clermont-Ferrand, Saint-Mihiel, Paris (U» département).
Certains cahiers du Tiers-État ne sont pas moins formels. Celui du bailliage d'Amont, en Franche- Comté, unit l'éducation religieuse à l'éducation civile et politique, et nous avons déjà vu celui de la prévôté de Paris-hors-murs observer que le système nouveau doit inculquer aux jeunes gens « les principes nécessaires à l'homme, au chrétien et au Français ». Les Communes demandent, àDourdan, «que dans le cheflieu de chaque bailliage, il soit établi une école publique où les jeunes citoyens soient élevés dans les principes de la religion et formés aux connaissances qui leur seront nécessaires ; » à Vannes, « que le plan d'éducation nationale soit particulièrement dirigé vers les mœurs, la religion et l'amour de la patrie (1). »
Sans doute, à la fin du xviii^ siècle, l'opinion publique a souci de l'enseignement moral et civique, mais, je le répète, l'immense majorité des Français ne suppose pas qu'on puisse le séparer de l'enseignement religieux (2) considéré jusque-là par tous les esprits sages, comme la pierre fondamentale de l'éducation. Un examen scrupuleux des Cahiers ne m'a fait découvrir que deux protestations contre l'enseignement et les pratiques catholiques. Encore faut-il dfreque l'une d'elles émane d'une sénéchaussée où les réformés étaient fort nombreux, celle de la Rochelle et le tiersétat semble-t-il y réclamer uniquement qu'on affranchisse les non-catholiques des observances d'un culte qui n'est pas le leur. Il faut également signaler un vœu du tiers-état de Digne, sur lequel j'aurai à revenir et par lequel il recommande « d'éloigner du cœur des jeunes gens toute idée de superstition qui rétrécit l'esprit et qui a désolé, pendant des siècles, les
(1) Cf. Ta. BouzonvUIe ; — Tb. Garches-lès-Saint-CIoud, Herblay, Roissy- en-Brie, etc.
(2) G. Caen : « un plan d'éducation nationale tracé d'après les principes avoués par la religion et par l'État. » — N. Touraine : tt que le droit public fasse, après la t^ligiorif la base de toutes les études. »
peuples et les rois. » Rien de plus. Aussi, tout en recueillant Técho de ces deux voix discordantes, on peut et on doit affirmer Funanimité morale des électeurs de 1789 sur la nécessité de renseignement chrétien.
Il est, du reste, une manifestation bien éclatante du sentiment public sur cette question essentielle. Il suffit d'un coup d'œil sommaire sur les Cahiers pour se rendre compte d'un fait déjà établi solidement par plusieurs historiens : Clergé, Noblesse, Tiers-État des bailliages et sénéchaussées, Tiers-État des villes et communautés rurales, non seulement réclament de toutes parts, avec les expressions les plus fortes, le maintien des grands ordres et des communautés religieuses dans les établissements qui leur sont confiés, mais encore demandent formellement, en plus d'un endroit, qu'on leur donne la direction des autres (1).
(1) Voici, au point de vae de la question des congrégations et du clergé séculier, le résultat d'un dépouillement minutieux des Cahiers recueillis dans les Archives parlementaires :
61 cahiers demandent purement et simplement qu'on charge de t enseignement les congrégations et ordres religieux : C. Angoumois, Artois, Auxois, Auxerre, Avesnes, Avesnes (clergé régulier), Belfort-Huningue, Blois, Bourbonnais, Castelmoron d*Albret, Charolais, Chitillon-sur-Seine, Ghaumont en Bassigny, Douai, Forcalquier, Longwy, Loudun, Montargis, Reims, Riom, Saintes, Sens, SoisBons, Troyes, Mânes (Minimes) ; — N. Aval, Château-Thierry, Flandre Maritime, LiUo, Perpignan, Saint-Mihiel, Sens; — Ta. Artois, Avesnes, Bar-Ie-Duc, Domfront, Douai, Gourin, Grasse, Mantes, Pont-à-Mousson , le Puy, Rivière-Verdun, Sens; — Tb. Arras, Douai, Valenciennes (magistrat), Attilly, Belleville, Cormeilles-en-Parisis, Garches-lès-Saint-Cloud, Marcoussis, Roissy-en- Brie (ces trois derniers demandent seulement des sœurs grises), Saint-Gratien , Trappes, Vernouillet-sur-Seine (sœurs grises). Abscons, Aiz, Benvry, Landas, Bouvignies, Brillon.
12 cahiers veulent quon contraigne les religieux à se charger de l'enseignemeut : To. Mohon ; — C. Colmar, Basse-Marche ; — Ta. Bouzonville, Cambray, Ch&lons-sur-Marne, Colmar, Corse, Flandre Maritime, Gourdon, Saint- Flour; — Tb. Cambrai.
La question pourtant avait été discutée en maintes publications et souvent résolue contre les congrégations, mais quand il s'agit d'en venir à Tapplication,
6 cahiers ne proposent qu'avec réserve de recourir aux religieux: C. Clermont-Ferrand ; — N. Artois ; —Ta. Orléanais, Orléans, Senlis, Saint-Pierre-le-Moutier ; — Tb. les Clayes.
4 cahiers proposent d'organiser des corps religieux nouveaux ou de modifier les statuts des congrégations : C. Châtellerault, Poitou ; — N. Dourdan ; — Université d'Orléans.
1 cahier propose de transformer les ordres contemplatifs en ordres enseignants: C. Loudun.
7 cahiers proposent de confier V enseignement-à des communautés régulières ou sé'jufières indifféremment : To. Bourg ; — C. Auxois, Ëvreux. Lyon, Haut-Limousin; — Ta. Paris; — Tb. Vicheray.
4 cahiers parlent simplement du c/ergé régulier ou séculier: C. Nivernais, Verdun, Vi!leneuve-de-Berg, Riez.
4 caliiers parlent uniquement du clergé séculier: N. T. Péronne; — C. Maine; — Tb. Gray.
2 cahiers demandent gué la direction des séminaires soit uniquement confiée aux prêtres séculiers: C. Bouzonville, Thionville.
1 cahier propose de remplacer^ dans les collèges^ les réguliers par des ecclésiastiques séculiers : C. Sarrebourg-Phalsbourg.
1 cahier demande que renseignement soit confié indistinctement aux ecclésiastiques et aux laïques : Tb. Paris (district des Enfants-Rouges).
2 cahiers demandent la séculansntion des religieux: C. Religieux de Picpus à Marseille ; — Tb. Chalais.
9 cahiers demandent un corps enseignant général : C. Mâcon, le Puy, Boauvais, Castelnaudary, Châlons-sur-Marne, Vermandois, curés du Quercy; — Ta. Amont, Ponthieu.
11 cahiers font Téloge Ans jésuites : C» Angoumois, Bar-sur- Seine, Castelnaudary, Castres, Dax, Lyon, Melun, Péronne, le Puy, curés du Quercy, Villeneuve-de-Berg.
Il est question dans 10 cahiers des frères des écoles chrétiennes : C. Forcalquier, Toulouse; — N. Saint-Mihiel ; —Ta. Châtillon -sur- Seine, Melun, Montreuil-sur-Mer, Sens ; — Tb. Wassigny, maîtresécrivains de Bordeaux (ce cahier pour demander qu'ils ne reçoivent dans leurs écoles que les pauvres) ; — Université d'Orléans.
10 cahiers contiennent des demandes locales concernant Vétnblissement de maisons d* éducation confiées aux congrégations : C. Vermandois; — N. Château-Thierry; — Ta. Bigorre, Châtillon-sur- Seine, Saint-Sever (Landes) ; — Tb. Angoulôme, Cambray, Cluny, Revin, Saint-Sever de Rustang; — 1 cahier, celui du tiers d*Angoumois, demande pour le collège d'Angouléme un corps ecclésiastique.
on se ravise et Topinion publique se retourne vers les réguliers. On fait également appel au concours du clergé séculier. On affirme que la décadence de l'enseignement secondaire a été la conséquence de la suppression des jésuites ; on ne dissimule pas les regrets que fait éprouver la destruction de cette « société fameuse», on va, en certains lieux, jusqu'à émettre le vœu de son rétablissement. S'il est impossible de l'obtenir, que du moins on s'inspire de ses principes et qu'on forme une congrégation nouvelle qui appliquera son système d'éducation et ses méthodes d'enseignement.
Or, comment concilier ces vues si souvent et si clairement exprimées avec l'idée de neutralité dans l'enseignement, avec la suppression de la direction chrétienne? En faisant appel au clergé et aux réguliers, on ne pouvait ignorer que l'éducation religieuse serait maintenue et développée.
Certes, la France de 1789 ne craint pas l'influence de l'Église ; elle ne se défie pas des congrégations religieuses. Vous trouverez bien quelques cahiers particuliers qui demandent leur suppression partielle, mais infiniment plus nombreux sont ceux qui veulent leur confier presque exclusivement la jeunesse française. Les ordres contemplatifs ont, il est vrai, perdu la faveur publique, on envisage la vie religieuse au point de vue utilitaire (1), mais l'immense majorité des électeurs est loin de souhaiter la mort des congrégations; on veut, au contraire, leur infuser une vie nouvelle et
Enfin 8 cahiers demandent la protection de VÉlat et des secours pour certaines communautés enseignantes : C. Dourdan, Flandre Maritime, Nivernais, Paris-hors-murs, Quercy, Saint-Quentin, curés de la sénéchaussée de Gastellanne ; — Ta. Bar-sur-Seine.
(IjCes idées se comprennent dans une certaine mesure chez des laïques, mais ce n'est pas sans quelque étonnenient qu'on trouve dans un cahier ecclésiastique, celui du bailliage de Loudun, cette phrase étrange : « Ordonner aux ordres contemplatifs de faire place aux âmes généreuses qui se dévoueraient à Tinstruction de la Jeunesse ou au soulagement de Thumanité. »
les mettre en mesure de reconquérir les sympathies en les employant à la grande œuvre de renseignement. Les Cahiers renferment d'innombrables vœux en ce sens, vœux sérieusement motivés pour la plupart, qui montrent que leurs rédacteurs avaient confiance dans le Clergé et qu'ils étaient disposés, non pas à restreindre, mais à accroître dans une large mesure son action sur l'enseignement public.
On a cité plus d'une fois, en discutant cette grave question, des textes nombreux empruntés aux Cahiers (1). J'éviterai autant que possible de les reproduire, mais il me sera facile d'en alléguer d'autres qui ne seront pas moins décisifs. C'est surtout l'embarras du choix qu'on éprouve ici.
Le clergé de Blois « supplie le roi de protéger les religieux. L'État ni le Clergé ne peuvent oublier les services qu'ils leur ont rendus, qu'ils rendent et qu'ils rendront encore, principalement pour l'éducation de la jeunesse. » — « Qu'il soit statué, disent les ecclésiastiques du Bourbonnais, que les communautés d'hommes seront employées à l'enseignement public dont elles offrent de se charger et que celles de filles le soient aux écoles des personnes de leur sexe. » — « Le vœu du clergé de Nemours est que les ordres religieux de l'un et l'autre sexe soient conservés en les rendant utiles à l'Église et à l'État et en les chargeant de l'éducation de la jeunesse. » — « Il faut rendre les ordres religieux aussi utiles à la société qu'ils sont précieux à l'Église. Il serait à désirer, et le clergé du bailliage deSoissonsle demande, que plusieurs de leurs maisons soient destinées à l'éducation publique. Par ce moyen, on procurerait aux religieux une vie plus occupée et plus active et on rendrait moins dispendieuse pour les familles l'éducation qu'elles doivent à leurs enfants, éducation qui n'est souvent négligée
(1) Voir par exemple dans le Correspondant des 10 et 25 juin 1879, un bon travail de M. l'abbé Sicard : La question d'enseignement et les congrégations religieuses en 1789.
VUES GÉNÉHALES. 33
qu'à cause des facilités et des moyens qui manquent. »
Le Clergé ne se contente pas de vœux généraux concernant Tappel des réguliers aux fonctions de renseignement. Quand il traite séparément des collèges et des petites écoles, il revient à la charge avec insistance. En Artois, il veut « qu'on confle les collèges aux monastères. » — « Nous nous apercevons tous les jours, dît-il en Gharolais, des effets d'une mauvaise éducation, nous n'en reconnaissons qu'une bonne, celle qui est fondée sur la religion ; l'éducation confiée à des philosophes a produit des savants, mais rarement de bons sujets. Témoins de ces maux, nous demandons que les États généraux s'occupent d'y remédier en établissant des collèges de plein exercice les plus rapprochés et en les confiant à des corps réguliers. » Ce n'est pas seulement le souci de l'éducation chrétienne, c'est aussi celui des études et de la discipline qui fait appeler les congrégations, on espère que leur concours assurera, dans les collèges, l'homogénéité si désirable du corps professoral : «La plupart des collèges de province sont mal organisés, dit le clergé de Beauvais, il n'y a aucun plan fixe et arrêté d'éducation, les professeurs y sont souvent des hommes qui semblent assemblés au hasard. Il serait à souhaiter que le gouvernement des collèges pût être confié à des corps consacrés uniquement à cette destination ; on ne peut espérer que par ce régime, un plan d'éducation qui ait de l'ensemble, de l'uniformité et des principes constants. » Les mêmes motifs sont invoqués par les ecclésiastiques du Poitou : « Les députés feront connaître la nécessité de confier les collèges à des corps, à des congrégations seules capables de former dans leur sein des maîtres, de les renouveler, d'entretenir cette uniformité de principes, de vues, de conduite, de subordination, de surveillance sur les maîtres qui peuvent garantir le succès. »
S*agit-il des petites écoles, le Clergé n'est pas moins
affirmatif. Au besoin il fera aux congrégations une obligation étroite do concourir à la diffusion de renseignement primaire. A Blois, il voudrait que « pour faciliter Tinstruclion des filles, les communautés religieuses, quel que fût leur institut, fussent tenues d'ouvrir une école publique gratuite en leur faveur, sous Tinspection des curés. » Même demande à Golmar : « Que les maisons religieuses rentées de l'un et l'autre sexe soient tenues de donner gratuitement leurs soins à la première éducation de la jeunesse des lieux oii elles seront établies ; cette honorable destination détruira le reproche d'inutilité dont on aime à les accabler. » La formule du clergé de Montargis est remarquable : « Gomme il y a peu de communautés de campagne où il ne se trouve quelques bons religieux qui s'occupent de la première instruction des enfants, au grand avantage des peuples et même de l'état ecclésiastique auquel ce zèle a procuré quelquefois des sujets utiles,, il serait à propos d'étendre les effets de ce zèle en l'encourageant. En conséquence le Clergé désire qu'il soit permis aux religieux d'établir dans leurs maisons autres que celles où des cures sont attachées, une école gratuite qui sera tenue par un religieux bien plus capable que les maîtres ordinaires de déraciner les préjugés, de détruire la superstition, d'inspirer non seulement la religion, mais encore la probité, dont les principes ne sont pas assez développés dans les campagnes, ce qui cause presque tous les procès, et enfin de leur donner des notions plus exactes de l'agriculture et du commerce. »
A plusieurs reprises, le Clergé revient sur les services rendus par les frères des écoles chrétiennes et les communautés de filles. Je citerai seulement ces paroles du cahier de Dourdan : <' 11 est dans les villes de province et particulièrement de ce bailliage des communautés nombreuses destinées à l'éducation des petites filles pauvres pour la religion et le travail.
VUES GENERALES. 3o
Nous supplions Sa Majesté de jeter un regard* de bonté sur ces établissements si utiles et de leur faciliter Taccès des bureaux établis pour le soulagement des maisons religieuses. » Le même éloge se retrouve dans les doléances très remarquables de l'université d'Orléans : « On croit que, dans les villes, l'éducation ne peut pas être confiée plus sûrement qu'aux frères de la doctrine chrétienne et aux sœurs consacrées par leur institution à l'enseignement des filles. »
La Noblesse, qui s'est occupée beaucoup moins que les autres ordres de tout ce qui touche à l'instruction publique, n'a pourtant pas manqué de traiter cette question des congrégations enseignantes. A Perpignan, elle prescrit à ses députés de « concourir de tous leurs efforts à ce qui intéresse la restauration de l'éducation nationale qui, dans les anciens gouvernemonts, était confiée à Texpérience et à la maturité de Tàge. Ils jetteront les yeux sur cette multitude de solitaires dont les talents et les travaux pourraient devenir utiles à l'État. » D'après le cahier de Saint- Mihiel, « un grand nombre de religieux déjà rentes n*attend que le signal de se rendre maintenant aussi utiles à l'Etat qu'ils l'ont été dans tous les temps à la religion. » Il faut donc « leur confier l'institution de toutes les classes de citoyens ou de tous ceux que leur fortune met en état de suivre des études plus longues et plus parfaites. » En Flandre, la noblesse est d'avis de « confier aux maisons religieuses Tinslruclion de la jeunesse en laissant dans les endroits où il n'y a pas de religieux susceptibles de s'y livrer, subsister les collèges qui s'y trouvent. » En Artois, on est moins affirmatif : (y Les députés examineront s'il est avantageux de confier l'éducation publique à des réguliers. »
Le Tiers-État ne semble pas avoir eu de ces hésitalions. Il s'est nettement prononcé en faveur des congrégations, et ses vœux à cet égard sont plus nombreux encore que ceux du Clergé. Ils sont d'ailleurs
moins désintéressés, car les Communes comptent beaucoup sur les ordres religieux pour obtenir sans faire appel au budget de TÉtat, la gratuité de l'enseignement secondaire et de renseignement primaire, w Ne pourrait-on pas, dit le cahier du village d'Atilly trouver parmi les religieux des sujets capables de tenir les collèges sans qu'il en coûte un sou au roi? »
Dans le bailliage d'Amont en Franche-Comté, le troisième ordre demande « que l'éducation, cette partie si intéressante de l'administration publique, soit confiée à des corps réguliers, permanents, autorisés, destinés à cet unique emploi et ne s'occupant que de cet objet essentiel. » S'il réclame à Châlons-sur-Marne la suppression d'un certain nombre de maisons presque désertes, il a soin d'excepter « celles qui se trouveront seules dans les petites villes et gros bourgs, à la charge pour les religieux, comme condition expresse de leur conservation, d'ouvrir un cours gratuit d*études et d'instruction. » A Colmar et Schlestadt, il est opposé à « toute suppression de corps, chapitres et maisons régulières reniées et non mendiantes remplies par des personnes du Tiers État, à la charge pour les dites maisons régulières d'enseigner la jeunesse gratuitement. » — « Que l'on cherche, dit-il à Rivière-Verdun, à rendre les religieux doublement utiles à la religion et à l'État par l'établissement qui sera fait dans chaque diocèse, d'une maison de religieux rentes chargés d'un collège ayant un cours d'enseignement public et gratuit, d'une maison de religieuses consacrées par état à l'éducation des jeunes filles si longtemps négligée. » ABouzonville, en Lorraine : « Les communautés religieuses n'étant fondées que pour le bien de l'avantage des États, Sa Majesté est suppliée d'ordonner que dans les lieux de leur fondation elles se rendront encore utiles par l'enseignement des vérités de la religion et des humanités jusqu'en philosophie. »
On va plus loin en quelques bailliages, non seule-
mftnl on prête Toreille au vœu public qui appelle les religieux à l'enseignement national et on accepte leurs offres, mais on prétend les contraindre à se charger gratuitement des collèges et des petites écoles. C'est ce que demande le Tiers à Douai, à Avesnes, dans la Flandre maritime, en Artois (1), à Cambrai, dans plusieurs villages des environs de Paris. « Que les maisons rentées de l'un ou l'autre sexe, dit le clergé de Colmar, soient obligées de donner gratuitement leurs soins à la première éducation des enfants des lieux où elles seront établies ; cette honorable destination détruira le reproche d'inutilité dont on aime à les accabler. » Le premier ordre souhaite dans la Basse-Marche, « qu'on choisisse dans les ordres religieux ceux qui seront tenus d'enseigner la jeunesse de chaque arrondissement; ils seront obligés de se réunir dans chaque communauté conformément aux règlenients qui seront établis ». Huit cahiers du Tiers-État émettent, très énergiquement quelquefois, la même idée, à Châlons-sur-Marne par exemple : « que toutes les maisons religieuses de l'un ou l'autre sexe où il n'y aura pas dix sujets, seront supprimées... à l'exception pourtant de celles qui se trouveront seules dans les petites villes, à la charge pour ces religieux, comme condition expresse de leur conservation, d'ouvrir un cours gratuit d'études et d'instruction. » Je viens de dire que dans plusieurs bailliages des provinces du nord, on prétend imposer aux ordres religieux le soin des collèges afin d'être dispensé de fournir à la subsistance des professeurs et de pouvoir convertir en bourses les sommes affectées à leurs émoluments. S'il le faut, on contraindra les religieux à modifier leurs règles, dans le cas où elles seraient incompa-* tibles avec là destination nouvelle qu'on entend donner à ceux qui ne se sont pas encore consacrés à
(1) Les abbayes de Flandre et d'Artois avaient fondé et entretenaient plusieurs des collèges de ces provinces. Cf. Deramecourtf t. I, p. 178, seq.
38 Lk. QUESTION D'ENSEIGNEMENT EN 1789.
renseignement public. On les amalgamera en deux, en quatre congrégations auxquelles on donnera de nouvelles lois, un nouveau costume ou même on en fera un corps unique, permanent, exclusivement chargé de l'éducation nationale. Et c'est avec une entière bonne foi qu'on fait ces propositions extraordinaires, sans se rendre compte de ce qu'elles ont de contraire à la législation ecclésiastique. Une idée domine toutes les autres : régénérer l'enseignement avec le concours du clergé séculier et régulier.
Je le répète, l'intérêt a dicté plus d'une fois les vœux du Tiers-État dans cette question des congrégations; elles étaient riches, elles pouvaient enseigner gratuitement, leur bonne volonté, d'ailleurs, était manifeste. Loin donc de se priver de Jeurs services, on les sollicite, on en fait au besoin la condition absolue de leur conservation. Les religieux enseigneront certainement dans le sens chrétien, et c'est une raison de plus pour les employer à l'éducation publique. Il est vrai qu'en certaines provinces ils ne sont pas populaires, mais on passera outre à cette impopularité en considérant les avantages pécuniaires et les avantages moraux de leur concours. C'était bien pensé. Nos modernes législateurs et les électeurs d'aujourd'hui n'ont pas eu, hélas I la même sagesse.
Entre les questions qui ont préoccupé les rédacteurs des Cahiers, celle de l'application des biens ecclésiastiques au service de l'instruction publique est une des plus graves. Il faut s'expliquer nettement sur ce point et reconnaître tout d'abord qu'on ne semble pas, en 1789, avoir eu de grands scrupules quand il s'est agi de mettre à la charge de l'Église la dotation de l'enseignement national. Bon nombre de cahiers se sont arrêtés à cette solution avec plus ou moins de mena-
gemenis, souvent sans ménagement aucun^ surtout quand ils émanent du tiers état rural.
Certes cette thèse de l'application arbitraire de biens légitimement possédés en vertu de donations, de legs, de fondations revêtues de toutes les formes légales à une destination différente de celle à laquelle les donateurs les avaient affectés, n*est pas soutenable au point de vue du droit. En tout cas il faudrait, pour légitimer une mesure aussi grave, le concours des deux puissances, et c'est ce dont on ne semble guère se douter en 1789. Cette ignorance du droit et cet oubli des formes indispensables n'est pas à l'honneur des promoteurs de ridée. Il faut reconnaître pourtant que des précédents nombreux mais insuffisamment étudiés expliquent dans une certaine mesure Terreur des Cahiers.
A diverses reprises, les conciles avaient prescrit l'affectation d'une prébende dans chaque chapitre à l'enseignement gratuit, le concile de Trente notamment avait renouvelé cette disposition. Les ordonnances du royaume avaient repris et confirmé leurs décrets (1). C'était par des unions de bénéfices (2) prononcées par Tautorité compétente que la plupart des séminaires et des collèges avaient été dotés depuis le xvi® siècle (3).
(1) c Qaoniam Ecclesia Dei et in iis quas spectant ad sabsidiam corporis et in iis qase Teniunt ad profectum animarum, indigentibus UDquam pia mater providere fenetur^ ne pauperibus qui parentam opibas juYari non possunt, legendi et proficiendi opportanitas subtrahatur, per nnamquamque ecclesiam catbedralem, ougistro qui clericoa ejusdem ecclesise et scholares pauperes gratis docKat, competens aliquod beneflcium assignetur. » Conc, Later.III, ap. Rardouin. ConcUiorum collectio regia maxima, Paris, 1714, in-f«, t. VI, p. 1680-1681 et t. VII, p. 30. — Concilii Tridentini canones et décréta, Sess. V. de Reformatione, cap. I. — Ordonnances d'Orléans, de Melan et de Blois. (ap. Picot, Histoire des Étais génitaux. Paris, 1872, in-8, t. II, p. 97-98; 114; 159.)— Cf. Durand de Maiiiane, Dictionnaire de droit canonique et de pratique béuéficinte, Paris, 1776, in-4,l. IV, p. 451-2, v*» Préceptoriale.
(î' Voir ci-dessous, note B.
(3) Ce fait est constaté dans le préambule de VÉdit du roi por-
renseignement public. On les amalgamera c en quatre congrégations auxquelles on dor nouvelles lois, un nouveau costume ou me» ;.
fera un corps unique, permanent, exe' | chargé de l'éducation nationale. Et c'es, j ^ entière bonne foi qu'on fait ces propositi ; '\ dinaires, sans se rendre compte de ce q» . \ '^ contraire à la législation ecclésiastic '. : ' -^ domine toutes les autres : régénérer '; ':
avec le concours du clergé séculier et ■ * * 'f^ Je le répète, l'intérêt a dicté ph ; '/•> vœux du Tiers-État dans cette ques . \ \ '', tiens; elles étaient riches, elles p - , *' gratuitement, leur bonne volonté . ' *: ' nifeste. Loin donc de se priver de sollicite, on en fait au besoin la leur conservation. Les religieux ment dans le sens chrétien, et pour les employer à l'éduca qu'en certaines provinces i' mais on passera outre à cet , rant les avantages pécunia de leur concours. G'étai' législateurs et les électei hélas I la même sagessr
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