CONCLUSION
t;alion scolaire, de la gratuité aveuglément appliquée à tous. Ces dangereuses utopies nous viennent en droite ligne des assemblées révolutionnaires.
En fait de services rendus à l'enseignement, c'est à peu près tout ce que l'histoire impartiale peut mettre à l'actif de la Convention. Ni nos facultés, ni nos collèges, ni nos écoles primaires ne sont son œuvre. Elle peut revendiquer uniquement quatre ou cinq créations ou plutôt restaurations durables qui lui font honneur, l'École polytechnique, le Conservatoire des arts et métiers, le Conservatoire de musique, l'École des langues orientales vivantes. Et c'est tout. Et combien de pages ne faudrait-il pas pour énumérer les destructions qu'elle entreprit et celles qu'elle acheva!
Au cours de ce travail, j'ai noté la réponse faite par les assemblées de la Révolution aux justes requêtes des électeurs de 1789(1) Je n'y reviendrai pas. Aussi
(1) Il y aurait un bien curieux rapprochement à faire entre les cahiers de 1789 et les vœux des Conseils généraux de 1801. Au sortir ce la crise révolutionnaire, les élus du pays reviennent presque tous au point de départ, veulent la restauration des anciennes institutions, la réorganisation des anciens collèges, et celle des congrégations proscrites, le retour à l'enseignement religieux {Analyse t'es procès-verbaux des conseils généraux de département. Session t'e l'an IX. Paris, an X, in-4, p. 523-648). La place me manque pour traiter en détail ce point intéressant. Voici du moins le résumé des vœux de l'an IX, tel qu'il se trouve à la fin du recueil officiel (p. 806) : a 37 conseils généraux demandent qu'on crée ou c u'on améliore Kinstruction publique ; — 22, par le rétablissement ces communautés enseignantes; — 20, par le rétablissement des anciens collèges; — 5, par des prytanées ou sections de prytanée ;
— 10, en prenant la religion pour la base de l'éducation ; — 19, par 1 amélioration ou !e maintien des écoles centrales; — 13, par leur réduction au nombre des arrondissements des tribunaux d'appel eu des divisions militaires; — 17, par leur suppression; — 82 désirent des écoles secondaires; — 58, des écoles primaires; — H, des écoles de médecine; — 15, un règlement sur le mode dadnission des médecins; — 33, des cours d'accouchement; — 7, des écoles de droit; — 14, des écoles de dessin, peinture, musique, etc.;
— 19, des pensionnats. » Il est du reste facile de s'édifier à cet égard en parcourant les citations de ces vœux qu'a faites M. A. Duruy,
Pièce 17, p. 480-499. En étudiant ces textes on regrette plus
bien ai-je entrepris une œuvre d'analyse et d'exposition et non un livre de polémique. J'aime mieux en terminant rendre hommage encore une fois à ces hommes de progrès et de tradilion qui formaient l'immense majorité des assemblées électorales à ces derniers jours de l'Ancien régime. Nos pères que les écrivains de l'école révolutionnaire ont dépeinte fous de si sombres couleurs, plongés dans les ténèbres d'une honteuse ignorance, se montrent à nous dans leurs libres et sincères doléances, d'une part résolument conservateurs d'institutions qu'il a fallu restaurer après que les constituants infidèles à leur mandat, après que les conventionnels ignorants et fanatiques les eurent détruites follement, d'autre part avides de progrès et de lumières, préoccupés au plus haut point des intérêts intellectuels du pays, soucieux de développer dans une large mesure son outillage scientifique, ardemment désireux de mettre à la portée de tous les moyens d'instruction qui peuvent convenir aux aptitudes les plus diverses. Qu'on rapproche des Cahiers de 1789 les professions de foi vides et déclamatoires de tant de candidats heureux réclamant à grand ren^fort de phrases l'universelle diffusion de la science, l'instruction intégrale et qu'on prononce en conscience. On verra de quel côté se trouvent l'esprit pratique, le sentiment vrai des réalités contingentes, le désir sincère de l'amélioration des institutions.
C'est ainsi qu'une fois de plus l'examen impartial des textes aura donné raison aux patriotes désintéressés qui ont le culte du passé et ne se séparent pas dans leurs sentiments de respect profond et de tendresse passionnée la vieille France de la France moderne.
vivement encore que les Assemblées révolutionnaires n'aient pas tenu le moindre compte des vœux de 1789. Au lieu de détruire, on aurait agrandi et restauré, et nous aurions conservé l'avance que nous avions au xviii'" siècle sur des voisins que nous avons eu, en ce siècle-ci, tant de peine à rejoindre.