CHAPITRE
I. Décadence et réforme de l'enseignement. — U. Plan général d'enseignement. — III. Commission permanente d'instruction publique. — IV. Enseignement civique et enseignement religieux. — V. Question des congrégations. — VI. Application des biens ecclésiastiques au service de l'enseignement. — VII. Influence respective de l'Église et du pouYoir civil sur l'enseignement.
Le Clergé s'exprime très nettement sur la décadence de l'enseignement et la nécessité d'une réforme. Il s'effrayait justement de la propagation des idées des philosophes parmi les jeunes gens, il avait vu avec beaucoup de peine l'expulsion des Jésuites et l'insuccès des efforts tentés pour les remplacer dans les collèges. A plusieurs reprises, il avait élevé la voix dans ses assemblées générales, pour dénoncer cà la nation et au roi les dangers que courait l'éducation en France ; il avait même, en 1780, pris l'initiative d'une enquête sur la situation des collèges et les moyens d'y régénérer les études et la discipline (1). Les électeurs ecclésiastiques ne faillirent pas à leur devoir dans les assemblées électorales, ils dénoncèrent énergiquement les abus qui s'étaient glissés dans l'enseignement national et en faisaient craindre la
(1) On peut consulter à cet égard, les Procès-verbaux des Assem- .Jd^s du cierge' de France. Paris. Desprez, in-f», t. VIII.
ruine prochaine. « L'éducation publique, observentils à Bar-sur-Seine, attirera sans doute les soins paternels de S. M. au moment où elle s'occupe de régénérer la nation... Tous les bons citoyens et surtout les ministres de la religion gémissent sur l'état de décadence où est tombée l'éducation en France; on reconnaît généralement qu'elle dégénère depuis plus de vingt-cinq ans et qu'à cet égard une société célèbre a laissé des regrets et un vide qui n'a pu encore être rempli. 11 n'est pas peut-être d'objet qui mérite une attention plus sérieuse de l'Assemblée nationale; c'est au milieu d'elle que les hommes sages et profonds pourront méditer avec succès la réforme des premières éludes; c'est du sein des lumières réunies aux États généraux que doit sortir enfin le plan si universellement désiré d'une éducation salutaire et générale. » Le cahier d'Auch veut « qu'on applique tous les efforts à redonner la vie à l'éducation publique qui languit dans presque tout le royaume, moyen unique de régénérer la nation et de l'affermir dans les vrais principes de la foi, des mœurs et du patriotisme. » Nous lisons dans les doléances du clergé du Haut-Limousin : « Les maux dont toutes les provinces sont, inliniment plus que la nôtre (1), témoins, maux qui menacent même davantage les générations suivantes, nous portent î\ demander avec instance à Sa Majesté qu'elle preime des moyens efficaces pour rendre à l'éducation publique Téclat et l'utilitédontelle est déchue. » Suit une série de vues pratiques sur les
(1) Cettfi restriction est remarquable. En plus d'un endroit on est satisrait do l'enseignement dans sa provinc-', on se plaint pour les autres contrées. cr.C. Saintes, le Puy. — Dans les notes j'indique par la lettre C, lis vœux ilu Clerg<>; par la lettre N, ceux do la Noblesse ; par les lettres Ta, le» cjliiers de bailliage du Tiers- État; par IfS leitfos Tb, ceux des villes, villages et corporations; par les lettres To, les cahiers communs aux trois ordres; CT renvoie h. un cahier commun au clergé et au Tiers, NT, îi un cahier commun à la noblesse et au Tiers.
réformes à faire dans les établissements des divers degrés. A Chalon-sur-Saône, le clergé rappelle que « l'éducation de la jeunesse fut toujours un des principaux objets de sa sollicitude : la difficulté des moyens a jusqu'ici suspendu l'effet de ses demandes pour cet objet. » — « Les maux dont nous sommes les témoins, dit la chambre ecclésiastique de Provins et Montereau, et qui menacent encore plus les générations futures nous portent à demander avec instance à Sa Majesté de restaurer l'éducation; que cette source des bonnes mœurs, des vertus civiles, sociales et domestiques, subisse enfin la réforme la plus prompte et la plus étendue. » Les observations du clergé de Rouen sont plus développées et plus pratiques: « L'instruction publique doit fixer spécialement les regards de la nation. Les universités, les collèges et les séminaires où se forment et se perfectionnent les talents qui doivent un jour honorer et servir l'État et la religion méritent d'exciter le plus vif intérêt. Les députés solliciteront les États d'en ordonner l'établissement dans les lieux où ils paraîtront nécessaires, d'en consolider l'existence dans les lieux où ils sont éîablis, d'en améliorer le régime, d'en corriger les abus, d'en perfectionner l'enseignement et de s'occuper aussi sérieusement des mœurs et de la capacité des maîtres que des progrès des élèves. »
Les vœux détaillés sur ces questions générales sont nr.oins nombreux dans les cahiers de la Noblesse. Elle se borne le plus souvent à demander « que le régime suivi dans l'éducation de la jeunesse soit pris en considération, à l'effet d'être amélioré autant qu'il sera possible (Alençon); » — <( qu'il soit pourvu par de sagfs règlements à l'éducation de la jeunesse et à la ccnservation de l'éducation publique (Amont). » La noblesse de Touraine déclame un peu plus que de raison : « Dans le moment où la France va se régén<Ter, où sa constitution jusqu'à présent flottante va reprendre une forme régulière et stable, l'éducation
publique est un des objets les plus importants dont puissent s'occuper les États généraux. » En Nivernais, le second ordre exprime la même idée en termes meilleurs : « Les députés annonceront aux États généraux le désir que la noblesse du Nivernais aurait que l'on s'occupât de la réforme à opérer dans le système de l'éducation publique. Ce point est d'autant plus important que le nouvel ordre de choses qui va s'établir appelant un plus grand nombre de citoyens à l'ensemble et aux détails de l'administration, demandera des hommes plus instruits et des lumières d'un genre différent de celles qu'on acquiert aujourd'hui dans les écoles publiques. » La formule adoptée à Saintes est assez remarquable : « L'Assemblée nationale portera sûrement son attention sur les établissements d'éducation publique qui, manquant absolument en plusieurs parties du royaume, sont presque partout imparfaits. Ces fondations presque toutes anciennes ont conservé la routine des siècles qui les ont vu naître. Il serait temps de les faire participer aux lumières acquises, de leur donner un régime plus propre à former des citoyens de tous les états et surtout de propager jusque dans les campagnes les moyens d'une instruction suffisante à ceux qui les habitent et qui pût s'étendre même jusqu'aux pauvres. »
Du côté du Tiers-État, les vœux généraux en deux lignes, ne précisant rien, et où l'on gémit en termes vagues sur les abus, ne sont pas rares, (juand par exemple on a entendu les électeurs de Rochefort demander « que les Ktats généraux prennent en sérieuse considération l'éducation de la jeunesse qui doit être combinée de la manière la plus propre à déveb^pper les facultés physiques et morales que l'homme lient de la nature ; » ou ceux de la principauté d'Orange déclarer qu'il faut « par des institutions sages relatives à l'éducation de la jeunesse, préparer cette portion précieuse des sujets h recevoir le germe du
VUES GÉNÉRALES. la
bien; «ou encore ceux du Bassign3% proclamer « la nécessité d'une école nationale qui, comme à Sparte, formera des hommes et des citoyens, » on n'est pas fort avancé. Le cahier de la Prévôté de Paris intramuros dit simplement que « les Étals généraux seront priés d'aviser à la réforme et à l'amélioration des études publiques. »
A Provins, on émet le vœu « qu'il soit fait une réforme de l'instruction publique des universités et collèges ; la jeunesse en sort peu instruite et souvent après avoir perdu un temps utile qui aurait pu être mieux employé; » en Vermandois « que les moyens de perfectionner l'éducation publique soient recherchés avec empressement. » Mais, en plus d'un endroit, le Tiers-État entre dans le détail, précise ses doléances et indique les remèdes. En Anjou par exemple, « il charge les États généraux d'accomplir enfln le V(Eu des vrais citoyens, de tous les corps éclairés et spécialement de l'université d'Angers qui depuis un certain nombre d'années n'a cessé de renouveler cette demande : l'ordre etles objets de nos études actuelles si insufûsantes et si vicieuses seront réformés et un nouveau plan d'éducation nationale sera établi. Nous demandons qu'une commission soit établie par les États généraux qui aura la charge de vaquer à la réforme des études et qui sera tenue d'appeler dans son sein les^ députés des universités et tous ceux qui seront estimés avoir quelques connaissances sur cet important sujet. »
Le vœu plus complet est celui que Dupont de Nemours fit insérer dans ce fameux rahier du tiers-état du Bailliage de yemours qui est tout un ouvrage. Quoiqu'il soit assez connu, je crois devoir le citer à cause de son importance. «La déclaration des Droits doit renfermer la base de la législation et les principes de 1 administration. Mais pour que l'État puisse en retirer tous les avantages dont elle sera le germe, il faut c[u'il n'y ail pas un citoyen qui ne puisse la lire et
qui ne puisse écrire les réflexions qu'elle lui suggérera. Il faut qu'un grand nombre de citoyens soient à portée de faire de bonnes observations sur ses conséquences et des réclamations bien motivées et bien déduites sur ce que le gouvernement et les particuliers pourraient faire de contraire à cette déclaration.
<( Il faut donc que l'instruction soit extrêmement favorisée ;
« Qu'il n'y ait pas un village qui n'offre aux habitants un maître ou une maîtresse d'école capable de montrer aux enfants à bien lire et à bien écrire .ainsi que les principes de l'arithmétique, de l'arpentage et de toutes les espèces de toisé ;
« Qu'il n'y ait pas une petite ville où ne se trouve un collège dans lequel les enfants puissent recevoir soit gratuitement, soit pour une dépense modérée, des instructions plus étendues sur les principes de la morale et la connaissance du droit et des lois;
« Qu'il n'y en ait pas une grande où les mémos connaissances ne soient plus développées;
« Que les universités suivent le même esprit, que les académies soient invitées par le gouvernement à le reprendre et chargées de présenter au concours les sujets des livres classiques destinés à la jeunesse et d'adjuger des prix considérables aux auteurs qui réussiraient le mieux dans la composition de ces livres;
« Qu'un conseil du roi soit perpétuellement occupé à donner une impulsion patriotique et les encouragements convenables à tous ces établissements si nécessaires et qu'il soit obligé de rendre compte aux États généraux de son travail. »
Il y a assurément d'excellentes idées dans ce plan : mettre davantage h la portée de tous les moyens de s'instruire en multipliant les établissements destinés aux divers ordres d'enseignement, organiser ainsi un système complot d'instruction publique et ce conseil supérieur que Turgot demandait déjà en 1775 (1). On (1) » La première otU plus importante de toutes les institutions
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voit que Dupont de Nemours n'avait pas oublié les leçons du ministre dont il avait été le collaborateur. Mais comme tout cela en somme est général, vague, peu pratique, comme on se sent dans le siècle des abstractions !0ù sont les moyens de réaliser ce beau plan ? Et puis, quels singuliers motifs I voit-on tous les Français transformés en hommes politiques, assiégeant le gouvernement de remontrances et de brochures, dénonçant toute atteinte à la déclaration des Droits ? C'est du reste le but principal qu'on se propose : en fait de programme pour les collèges, surtout des leçons de morale, des instructions sur le droit et les lois !
Les cahiers des trois ordres ont fait une large place aux vœux généraux, aux doléances sur la décadence de l'éducation. Quels sont les remèdes proposés, quelles sont les institutions réclamées pour remettre les choses en leur état normal et restaurer rinstruction publique?
Il y a d'abord le plan général d'enseignement (I)qui ramènera tous les établissements à l'uniformité de programmes et de méthode. Cette solution était de-
que je croirais nécessaires, celle qui me semble la plus propre à immortaliser le règne de Votre Majesté, celle qui doit influer le plus sur la totalité du royaume serdit, Sire, la formation d'un conseil de l'instruction nationale sous la direction duquel seraient les académies, les universités, les collèges, les petites écoles. Ce conseil n'aurait pas besoin d'être très nombreux, car il est à désirer qu'il ne puisse lui même avoir qu'un seul esprit. 11 ferait composer dans cet esprit des livres classiques d'après un plan suivi. 11 veillerait à toute la police de l'éducation, il y pourrait rendre utile tous les corps littéraires. >■ [Œuvres de Turgot. Paris, 1844, in-8, t. II, p. â06).
(1) Dans l'esprit des rédacteurs des Cahiers, il s'agit surtout ici du programme et de la direction des collèges. Je cite donc indistinctement ce qui regarde l'enseignement en général et l'enseignement secondaire.
puis longtemps poursuivie par l'université de Paris. AI. Jourdain cite un passage d'un discours du iO octobre 1763 où le recteur Fourneau exalte les bienfaits d'un système uniforme d'enseignement. La môme année, le corps académique avait choisi pour sujet du prix d'éloquence latine cette question : « Quanti populorum intcrsit eaileni in omnibus sr/iolis puhlicis de religione, moribus et littcris doreri (1). » Dans une foule de bailliages et môme de communautés urbaines ou rurales les rédacteurs des Cahiers s'emparent avec ardeur de cette idée et la présentent sous diverses formes, assez souvent d'ailleurs sans donner à leurs expressions toute la précision désirable (2). «Que l'instruction publique, dit le clergé de Lyon, ne soit pas conduite par des principes arbitraires, mais que tous les instituteurs publics soient tenus de se conformer à un plan uniforme adopté par les Etats généraux. » Le clergé de Provins et Montereau veut « qu'un code d'éducation nationale établisse des lois qui, en fixant les objets de l'enseignement public et la discipline à y maintenir, puisse assurer une éducation catholique. Que les universités, les collèges, les séminaires, les maisons religieuses de l'un et l'autre sexe y soient assujettis». Le premier ordre demande, au Puy, «un nouveau plan d'éducation qui ail pour base la religion et qui soit rédigé par des hommes vertueux et instruits et d'une expérience consommée dans l'art difficile de former la jeunesse; » en Franche-Comté (Bailliage d'Aval) « qu'il y ait un plan général et uniforme d'instruction et d'éducation dans tout le Royaume. » A Bordeaux, j\ Toulouse, en vingt autres sénéchaussées il tient le môme langage. La formule adoptée par le clergé de Heims est une des meilleures : « Dans le cas où on jugerait utile de faire des améliorations
(1) Histoire de l'université de Paris nu xvii" et au xvm* siècle. Paris, 1862-1886, in-f", p. -iOO, note 4.
['!) Il est question du plan (çénéral d'onseicnement dans plus de G» cahiers, dont 24 émanent du Clergé.
dans l'enseignement public, il sera établi, pour une opération de cette importance, une commission de personnes tirées en partie de chaque université et qui joignent l'expérience aux lumières, laquelle rédigera un plan absolument uniforme, à quelques exceptions locales près ; ce plan, examiné et adopté par le gouvernement, deviendrait le code de l'enseignement national. » Il convient aussi de citer sur ce point le vœu du clergé de Pamiers dont le cahier tout entier, sauf un article ajouté après coup, roule sur l'administration des collèges : « Toutes ces réformes ne produiront que peu de fruit, si on n'assujettit pas les études à un plan... Ce plan devrait consister dans l'esprit de méthode et de suite, dans l'unité de principes, dans l'accord et la liaison nécessaires à un système d'éducation progressive. Il serait à désirer que le gouvernement accordât un prix et des accessits pour ceux qui auraient le mieux exécuté ce plan où l'histoire, la géographie, les langues et la littérature fussent progressivement traitées selon la force des classes. »
Ces idées se retrouvent dans les cahiers du second ordre. « L'éducation publique lient trop essentiellement aux mœurs et au bon esprit d'une nation pour que la noblesse d'Anjou ne présente pas cet objet aux Étals généraux comme un des plus intéressants dont ils aient à s'occuper. En conséquence, elle désire que les États généraux fassent rédiger un plan d'éducation nationale. » — « Il sera arrêté des lois invariables rtîlativement à l'éducation nationale, » dit la noblesse d'Auxerre. Celle de Château-Thierry veut « qu'on forme le meilleur plan d'éducation pour le substituer à la mauvaise routine à quoi se borne maintenant toute l'éducation. »
Nous avons déjà rencontré la même pensée dans les doléances du tiers-état de la sénéchaussée d'Anjou. C'n la retrouve dans un certain nombre de cahiers du même ordre 1). Les électeurs du Périgord demandent
(t. Par exemple à Auxerre, Bordeaux, Mâcon, dans le Maine, etc.
qu'un prix soit décerné à l'auteur du meilleur plan. Je citerai encore le vœu de la prévôté de Paris-horsles-murs : « Il sera fait un plan d'éducation nationale dont le principal but sera de donner aux élèves une constitution robuste, des sentiments patriotiques et la connaissance des principes nécessaires à l'homme, au chrétien et au Français. »
Mais qui sera chargé de rédiger ce plan d'éducation et de procurer cette uniformité d'enseignement? Cette question, essentielle pourtant on raison de sa portée pratique, n'est examinée que par un petit nombre de cahiers. Celui du clergé de Reims que j'ai cité tout à l'heure, confie cette mission à un comité formé de membres des universités. Le cahier ecclésiastique de Toulouse émet une idée analogue, que nous avons du reste déjà rencontrée dans les doléances du tiersétat d'Anjou : « Qu'il soit créé, à la demande des États généraux, une commission pour faire unpbn sur l'éducation, à laquelle commission seront appelés des membres du Clergé et qui consultera les différentes universités du royaume et se concertera avec elle par voie de commissaires ou autrement, » Les ecclésiastiques de Gaen désirent, « que, pour la rédaction du plan général d'enseignement. Sa Majesté prenne les conseils de ses universités et des principaux corps chargés de l'enseignement dans ses états.» La noblesse de Saint-Mihiel adjoint aux professeurs d'université des maîtres appartenant aux congrégations religieuses : « Il faut tirer des corps réguliers aussi bien que de tous les collèges et universités du royaume, descommissaires qui, réunis, concerteront avec l'université de Paris le plau d'études et de discipline le plus convenable ;\ établir dans tous les collèges et universités du royaume. » Le clergé du Puy et celui de Saint- Quentin secontententde faire appel «à des personnes savantes, à des hommes vertueux, instruits, consommés dans l'art très diftlcile d'instruire la jeunesse. » Le tiers-état d'.Vuxerre dit simplement « des
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savants ; » le cahier du village d'Aurons, « des gens de lettres. » Le clergé de Dijon, la noblesse de Nîmes demandent « une commission prise dans le sein des États généraux; « le cahier commun du clergé et du tiers-état de Bruyères en Lorraine, «■ des commissaires nommés par les états généraux ; « la noblesse de Bordeaux, « un comité nommé par le roi. » Le tiors-élat de Senlis parle simplement de « commissaires, » le cahier de la ville de Vienne «d'une commission. » Enfin le clergé de Bordeaux remet l'œuvre delà réforme de l'enseignement à « la chambre ecclésiastique des États ({). » Il est assez remarquable qu'aucun cahier ne fasse appel aux Parlements, qui avaient si hardiment mis la main en 1762 et pendant les années suivantes sur l'enseignement public.
Le vœu de la noblesse de Saintes mérite une attention particulière: comme le tiers-état du bailliage de Nemours, elle semble demander l'établissement d'une commission permanente chargée de veiller aux intérêts de l'éducation nationale: « Nous recommandons
\1) On peut rapporter à ce point les vues exprimées par un certain nombre de cahiers au sujet d'une complète uniformité d'înseignement : C. Beaujolais, Digne, Évreux, Forez, Péronne ; — Te. Dourdan : <> méthodes autorisées par Sa Majesté sur le vœu de la nation, » Mmes; — Tb. Magistrat de Valenciennes. = On trouve aussi quelques vœux concernant l'uniformité des livres élémenta res. Le Clergé demande, à Forcalquier, « que le gouvernement clioisisse des personnes habiles, amies de la religion et de la patrie qu'on chargera de composer des livres élémentaires pour l'enseigi ement public et uniforme: > A Péronne, « qu'on établisse dans tout le royaume l'unité des livres classiques. " A Riom, il réclame « les livres élémentaires également religieux et utiles, n Le cahier di. village d'Aurons propose la nomination d'une "■ commission de gtns de lettres pour travailler à des livres classiques servant à la commune instruction. » On avait au xviii'^ siècle, grande confiance dans les ouvrages élémentaires officiels. La Convention et les conseils du Directoire essayèrent, sans le moindre succès d'ailleurs, de donner l'essor à toute une littérature scolaire.
•2â LA QUESTION D'ENSEIGNEMENT EN ilH'J.
à nos députés aux États généraux notre vœu pour l'établissement d'une commission spécialement chargée de s'occuper de l'instruction publique et qui, composée d'hommes aussi vertueux qu'éclairés des diverses classes, sache combien les lumières influent sur les mœurs des citoyens et sur le bonheur public. » Les rédacteurs du cahier d'un simple bourg de Lorraine (1), rédacteurs qui certainement n'étaient pas les paysans qui l'ont signé, disent de leur côté : « Article ciénéral et essentiel. Composer avec les États un conseil de l'éducation publique qui (en laissant aux supérieurs ecclésiastiques l'instruction sacrée qui leur appartient) surveillera, inspectera, dirigera, éclairera les universités, séminaires, collèges et jusqu'aux plus petites écoles, de manière que les Français puissent savoir ce qu'ils doivent à leur patrie ; que tous aient le moyen de s'instruire des connaissances absolument nécessaires à leur état, et que le petit nombre qui ont reçu du ciel des talents et des dispositions supérieures puissent être distingués, aidés et admis au concours que le conseil d'éducation établira pour faciliter la culture des sciences et des arts libéraux aux seuls hommes privilégiés de la nature à cet égard (2). »
(1) Viclioray.
(2) lîii groupe do gentilshommes do la sénéchaussée de Bordeaux qui s'étaient séparés de l'assemblée électorale, avaient rédigé un cahier particulier et élu à part des députés aux Étals généraux, ont inséré dans leurs doléances un article qui se rapproche beaucoup de ceux que je viens de citer : « Si l'état des finances et le crédit public n'étaient pas les objets les plus importants dans les circonsunces actuelles, nous aurions suivi une marche plus naturelle dans l'ordre dos délibérations à proposer aux États généraux. L'instruction et l'éducation nous paraissent, après la Constitution, devoir essentiellement occuper les bons esprits qui travailleront à la régénération nationale; les meilleures lois deviendraient inutiles si l'instructioii n'était pas d'accord avec elles. — 11 sera impossible, dès la première tenue des États généraux, d'arrêter un plan à cet égard. 11 faudra si; borner à quelques réformes et établir une commission nationale sur celte partie de l'admiuiatralion. — Cette commibsion devra être composée des hommes les plus éclairés et
il n'est pas nécessaire de discuter longuement ces vœux dont il est difficile de méconnaître la portée. Assurément l'État ne peut pas se désintéresser totalement de l'instruction publique ; reste à savoir dans quelles limites doit s'exercer son action pour qu'elle soit énergique et féconde tout en respectant absolument les droits sacrés de la liberté d'enseignement. C'est là le point difficile à déterminer. En tout cas, l'existence d'un conseil supérieur de l'instruction publiques'impose comme une nécessité (1), et il faut savoir gré aux rédacteurs des cahiers de la noblesse de Saintes, du tiers-état du baillage de Nemours et du bourg de Yiclieray, d'avoir posé la question dans leurs doléances.