PREFACE XI
bien renseigné sur ce qui se passe à nos portes que sur ce qui se passe au bout du monde.
Dans les indications qu'il donne au sujet du sort probable du Céleste-Empire, il signale avec une grande sagacité, le rôle qui parait devoir incomber, tôt ou tard, à la Chine méridionale. Cette observation est pleine d'enseignements pour nous, — immédiats voisins. Doit-on conclure qu'il y a un antagonisme nécessaire entre les diverses puissances européennes qui sont en relation avec cette partie de l'Empire chinois? Cette nécessité nous échappe. La Chine est vaste, et ajoutons tout de suite qu'elle garde encore des éléments de vitalité tels, qu'autour du principe de sa conservation et de sa permanence, tout le monde peut s'entendre. M. de Pouvourville déiinit ainsi qu'il suit notre politique en Extrême-Orient: « Bienveillance à l'égard de la Chine, soutien raisonné de la dynastie, ménagement pour la race chinoise. » Ce système est rationnel. C'est celui qui a réussi à Simonosaki. Est-il encore applicable aujourd'hui ? Voilà que des faits bien graves peuvent remettre tout en question.
Quoi qu'il en soit, on n'échappera pas, maintenant, au problème chinois. Il nous prend à la gorge. Plus les événements marcheront, plus la nécessité de l'union entre tous les Européens et, notamment parmi nous, entre tous les bons citoyens, pour suivre une politique dont les horizons s'élargissent sans cesse, s'imposera; plus il nous sera urgent d'apaiser nos dissentiments intérieurs et d'assurer à notre politique extérieure une conduite prévoyante, libre et forte. L'heure est critique ; elle est peutêtre tragique [Di omen avertânt...). L'un des grands réservoirs de la vieille humanité s'ouvre béant devant la di-