LA PENETRATION EUROPEENNE
monde. Dans les temps modernes, les préoccupations sont demeurées les mêmes, et à beaucoup d'égards la question d'Orient manifeste surtout, chez les peuples européens, le souci d'atteindre Tlnde et TExtrême-Orient et de s'en assurer les routes continentales ou maritimes. On notera en particulier que les Russes, qui ont jusqu'à nos jours le plus agi sur TExtrême-Orient, y ont été poussés par les échecs qu'ils out subis dans' la question d'Orient, et l'on pourrait dire que rOrient et l'Extrême-Orient ont été depuis Pierre le Grand les deux pôles de leur politique, représentant la double tendance que symbolise l'aigle à deux têtes. D'ailleurs, à mesure que, par le progrès rapide de l'industrie au xix* siècle, les entreprises économiques de l'Europe devenaient plus étendues, tous ses peuples s'intéressaient à la question d'Extrême- Orient, comme à la question d'Orient, en sorte que de nos jours Slaves, Anglo-Saxons, Latins, Germains y renouvellent, comme à Constantinople, leurs querelles et leurs ambitions. Y aurait-il beaucoup d'exagération à dire que la question d'Orient et la question d'Extrême-Orient résument désormais tous les problèmes de la politique contemporaine. En vérité elles renferment tout l'effort des peuples modernes pour l'exploitation de toutes les richesses de la terre.
La pénétration européenne en Chine fut d'abord timide; elle s'enhardit à mesure que grandirent les exigences de l'industrie nouvelle. Et par suite on aura pu, à travers les récits qui précèdent, y distinguer deux phases : la première phase fut celle des deux guerres étrangères de 1842 et de 1860 que la Chine eut à subir, et dans lesquelles l'Angleterre, puis la France avec elle, l'obligèrent à ouvrir quelques-uns de ses ports au commerce européen; ainsi s'établit le régime des « ports ouverts » ou des « ports à traités », qui fut particulier à la Chine et au Japon : la Chine demeurait interdite au commerce étranger; mais elle consentait à l'établissement des commerçants européens dans quelques-uns de ses ports*. En
1. Cinq ports seulement furent d'abord ouverts au commerce étranger par la convention de Nan-King de 1842. D'autres furent ouverts ensuite,
fait, elle allait être peu à peu presque entièrement pénétrée . par l'activité économique des marchands européens : le bassin du Hoang-ho y a cependant à peu près complètement échappé. La guerre sino-japonaise détermine dans cette histoire une seconde phase, pendant laquelle l'Europe, assurée de la faiblesse de la Chine et travaillée par ce qu'on a appelé l'impérialisme économique, se précipita avec une sorte de fureur à Texploitatîon du marché chinois. Ce fut un véritable « dépècement », the break-up of China, selon l'expression de lord Charles Beresford; ce fut le régime des ports à bail, non plus ouverts également à tous les marchands étrangers, mais armés comme des forteresses étrangères en plein pays chinois pour soutenir les tentatives de prise de possession définitive de Timmense empire.
L'opinion s'établit que la race jaune allait avoir le sort des races noire et rouge, qu'elle allait être sujette de la race blanche.