LE TEMPS PRÉSENT
Parmi les Blancs eux-mêmes, les Arabes, dont la civilisation fut si brillante, n'ont cependant pas accompli une œuvre vraiment originale ; ils ont emprunté à d'autres peuples les éléments de leur culture, par exemple, de leur architecture; ils ont parcouru tous les pays de la Méditerranée, de Test à Touest. Ibn-Batouta, Tillustre voyageur arabe, connut les pays de la mer Caspienne, l'Inde, Sumatra et Java, la Chine et Péking; par leurs conquérants et par leurs marchands, les Arabes ont contribué à transporter à travers l'ancien monde les idées et les produits. C'est un rôle analogue à celui des Mongols dans la race jaune, et, comme pour souligner cette ressemblance, Arabes et Mongols se rapprochèrent dans rislam; l'Islam d'ailleurs, par la simplicité de son dogme et les médiocres exigences de son culte, est d'une propagande facile; il est comme la religion naturelle des peuples nomades.
On remarquera, au point de vue religieux, l'importance particulière de l'Asie Centrale; toutes les grandes religions de l'humanité y sont nées : le judaïsme et le christianisme en sont partis pour conquérir l'Occident et les peuples de race blanche; le bouddhisme a conquis l'Extrême-Orient et les peuples de race jaune; l'Islam, devenu la religion des Arabes Blancs et de la plupart des Mongols Jaunes, a occupé presque tout l'espace compris entre l'Occident et l'Extrême-Orient; il s'est maintenu essentiellement dans les pays que nous appelons rOrient ou l'Asie antérieure.
A cause de sa grande valeur propre, la race jaune a fini par opposer aux Européens une force considérable de résistance; les Japonais ont vaincu les Russes et donné le signal de la réaction contre les Blancs. Ce n'est pas à dire que, dans la grande querelle qui commence, les Jaunes soient capables de l'emporter sur les Blancs et de recommencer leurs invasions dévastatrices du moyen âge ; ils sont moins nombreux que leurs adversaires, ils ne sont que 500 millions contre environ 1 milliard; ils n'occupent guère que les pays de l'Extrême-Orient qui ne sont qu'une petite partie de la terre, tandis que les Blancs occupent l'Europe, une grande partie
de l'Asie, rAustralie, l'Amérique, et sont les maîtres, pour longtemps sans doute, de TAfrique. Les Jaunes ont été jusqu'ici moins actifs d'esprit que les Blancs; ils ont montré moins d'initiative, ils ont moins produit dans le grand travail de la civilisation.
Parmi eux, les Japonais ont montré depuis cinquante ans de remarquables facultés d'assimilation ; ils ont pris à l'Europe ses armes pour la contenir. La Chine semble, depuis la guerre russo-japonaise, capable de suivre leur exemple. Elle s'arme à son tour; le vice-roi du Pé-tchi-li, Yuan Ghi-kaï, qui est l'héritier de l'influence de Li Hung-chang, préside à la réorganisation militaire de l'immense empire; une mission chinoise a visité l'Europe en 1906; déjà 36 divisions de 10000 hommes chacune ont été formées à l'image des armées européennes, sous un costume militaire imité de celui des soldats européens. C'est justement la besogne qui a si bien réussi au Japon.
Déjà la Chine est prête à se défendre. Jusqu'ici l'important service de ses douanes est resté dirigé par un Anglais, sir Robert Hart, et le gouvernement chinois avait pris l'engagement, vis-à-vis de l'Angleterre, de ne jamais confier cette direction qu'à un Anglais. Mais un édit impérial, du 9 mai 1906, a réorganisé profondément le service lui-même, et institué à sa tête un bureau de contrôle dont les membres sont des Chinois ; c'est la prétention de la Chine de gouverner désormais ses intérêts par des Chinois : c'est un signe remarquable d'émancipation.
Il est certain qu'à l'avenir elle sera de taille à défendre, son indépendance, même, s'il le fallait, contre le Japon. Au reste, elle a fort peu perdu à travers la grande crise qu'elle a traversée depuis près d'un siècle; elle n'a cédé que Hong-kong; les autres ports abandonnés à l'Europe ne le sont que selon un bail de 25 ou de 99 ans, et la Chine y garde ses droits de souveraineté , auxquels sans doute elle saura donner une sanction. Elle a perdu la Corée : est-ce définitivement? La Corée supporte mal la domination japonaise ; elle a essayé de se faire