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LA PÉRIODE DU SHOGOUNAT

les hommes qui s'en servent. Le shogounal héréditaire fut bientôt impuissant; il fut maintes fois représenté par des enfants que les seigneurs envoyèrent à Kioto, auprès du mikado, pour les immobiliser dans les mêmes honneurs, et, après la mort de Yoritomo, le pouvoir fut le plus souvent exercé par la clan des Hôjos, ses parents par alliance. Sa veuve, Masago, coupa ses cheveux, se fit nonne, pour garder une grande part du gouvernement, en s'arrachant à la retraite où sont tenues les veuves au Japon ; c'est tout le contraire de nos habitudes de penser. Elle régna en effet pendant plusieurs années, au nom d'un petit-fils auquel, à Tâge de deux ans^ elle avait fait donner le titre de shogoun. Après elle, les Hôjos continuèrent, parmi de grands troubles d'ailleurs, à exercer le pouvoir au nom du shogoun et du mikado.

« Ces vassaux de vassaux » n'avaient pas assez de prestige pour imposer l'obéissance; l'anarchie féodale recommença à déchirer le Japon. En 1333, un empereur, Go-Daigo, sortit du sanctuaire et essaya de reprendre tout le pouvoir, exactement comme devah faire Mutsu-Hito en 1868. Il y réussit un moment; il détruisit la puissance des Hôjos, il s'empara de Kamakoura. Il avait eu pour allié dans cette entreprise un puissant seigneur de la famille Ashikaga, qui le trahit après la victoire, l'obligea à rentrer dans le temple et fonda un nouveau shogounat héréditaire; la restauration impériale de Go-Daigo n'avait duré que deux ans (1333-1335) : elle maintint du moins, après un long oubli, la tradition des droits politiques du mikado. D'ailleurs la dynastie shogounale des Ashikaga n'eut pas une longue autorité; un grand nombre de gouverneurs ou daïmios lui refusèrent obéissance sous prétexte qu'elle n'avait pas été reconnue par le mikado. Les guerres civiles ou féodales se multiplièrent; Kioto même en fut atteinte, elle fut ravagée en 1467, et le palais impérial fut brûlé. Ce fut le commencement de « l'âge noir», qui devait durer pendant plus d'un siècle *.

i. Nagaoka, p. 15.

Ainsi, en dehors de son empereur, le Japon ne parvenait pas à se donner un régime régulier. Car, tout prestige moral et religieux refeini par le mikado, les shogouns ne pouvaient s'imposer aux autres sdgnenrs q^ue par la force; et cette force ne pouvait que s'épuiser vite, n'éteit représentative d'aucun droit; elle était vaincue par une force bmvelle, elle-même entraînée dans le même cycle fatal.

Parmi les discordes séculaires où le Japon entretint un remarquable esprit militaire, et même chevaleresque, aucune dynastie shogounale n'eut le temps de fonder un droit politique à son profit, à cause de l'autorité morale du mikado, et le Japon fut immobilisé dans l'impuissance, l'anarchie, le stérile abus de sa force guerrière, comme la Chine était immobilisée dans la contemplation naïve de ses anciennes traditions.

Ainsi la civilisation de la race jaune, quoique fort remarquable, fut incapable d'expansion; l'Europe, plus vite organisée dans un meilleur régime politique, ambitieuse d'un constant progrès, vint elle-même en Extrême-Orient. La première apparition des Européens y fut contemporaine des troubles de l'âge noir au Japon et de la dynastie des Ming ou de la Lumière en Chine; elle allait être déjà un élément important de leur histoire moderne.

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