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III. — LA PÉRIODE DU SHOGOUNAT

Dès les premiers siècles de l'établissement du bouddhisme au Japon, le mikado commença de s'abstraire des fonctions.

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temporelles et de les abandonner aux personnes de son entourage, et d'abord de sa famille. Ainsi les Fujiwara furent les premiers à exercer Tautorité en son nom; ils furent régents ou kuambakus à titre héréditaire; ils mirent leurs enfants dans les principales charges; ils retinrent entre leurs mains toutes les pétitions adressées à Tempereur; ils dressèrent la barrière entre le mikado et son peuple.

Mais ils ne tardèrent pas eux-mêmes à abuser du pouvoir; ils s'amollirent dans les jouissances, en leurs palais de Kioto, et le titre de kuambaku perdit tout prestige : Tautorité continua d'être disputée entre d'autres familles. Il serait long de dire toutes les querelles féodales qui déchirèrent le Japon dans les siècles suivants. Cependant, le caractère spécial du mikado mis à part, il ne serait pas impossible d'y trouver de la ressemblance avec Thistoire de l'Europe, qui elle aussi passa péniblement de la féodalité à la monarchie. Ainsi, après la décadence des Fujiwara, il y eut de longues luttes entre deux autres familles d'origine impériale : les Taira et les Minamoto; elles ressemblent aux luttes des Capétiens contre les Plantagenets, des Valois contre la maison de Bourgogne. Les Taira l'emportèrent d abord et pjersécutèrent leurs ennemis vaincus. Puis ils succombèrent à leur tour sous les coups d'un vaillant et habile seigneur, Yoritomo. Il représente, au xii« siècle, un premier effort d'organisation monarchique auquel il est peut-être permis de comparer celui des Capétiens qui lui est à peu près contemporain. Nous verrons que, plus lard, au xvii* siècle, d'autres seigneurs firent un effort plus remarquable encore, comparable à celui des Bourbons en France, toujours abstraction faite du mikado : en sorte qu'il ne faudrait pas exagérer le caractère' original des institutions et de l'histoire du Japon; ce sont souvent les choses auxquelles on ne regarde pas d'assez près qui paraissent extraordinaires.

Yoritomo était d'illustre naissance; il descendait, par les Minamoto, de la famille impériale. Mêlé aux luttes contre les Taira, il fut d'abord vaincu et dut fuir de ses terres, sous des habits de flUe, car il était d'une grande beauté. Il se retira

loin dan>s l'ouest de Kiolo, vers les bords de'la mer du Japon, chez le seigneur d'Izou, de la puissante famille des Hôjos. U fut aimé de la fille de son hôte, Masago, et s'enfuit avec elle dans la montagne. Il y trouva des partisans ; il en forma une armée; il eut Tappui d'un fils de l'empereur; il avait surtout de grands talents; il se fortifia à Kamakoura (près de Yokohama); il y résista à toutes les attaques de ses ennemis.

Puis il prit l'offensive. Il occupa la capitale, Kioto, et il eut à son service tout le prestige du mikado; il lui dut sans doute sa victoire décisive, à Dan-no-oura, dans le détroit de Shimonoseki (1185). Ce fut la victoire des Japonais du Nord sur ceux de Kiu-siu, qui jusqu'ici l'avaient le plus souvent emporté. Il y eut après la bataille un grand nombre d'exécutions capitales; les restes de la famille de Taira se réfugièrent dans un sauvage district de Kiu-siu, où l'on dit que leurs descendants vivent encore, misérablement.

Avec une grande énergie, Yoritomo rétablit l'ordre dans les provinces troublées. Il fut reçu à Kioto par l'empereur avec les plus grandes marques de distinction; il reçut en 1186 le titre de Sei-i-lai-shôgoun, ce qui signifie généralissime pour l'expulsion des barbares. Ce fut la fondation définitive du shogounal. Mais il ne resta pas à Kioto, il fit de Kamakoura sa capitale, et l'ère de Kamakoura fut, avant l'ère d'Edo, dans la période des sept siècles du shogounat, le premier âge monarchique.

Car Yoritomo donna au gouvernement du shogounat une forte orçanisalion. 11 créa une sorte de Conseil d'État, un tribunal criminel pour assurer l'ordre contre tous les attentats. Il créa des impôts pour l'entretien des troupes. U nomma dans les provinces des gouverneurs ou daïmios, supérieurs aux autres seigneurs; il est vrai que les daïmios devaient se rendre eux-mêmes plus tard indépendants ; mais cela n'est pas si différent de l'histoire des institutions capétiennes; les gouverneurs de provinces y furent aussi parfois un danger pour le pouvoir central.

Mais les institutions valent moins par elles-mêmes que par

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