IV. -— LE TRAITÉ DE NANKING. — LA CHINE OUVERTE
Le parti de la paix à Péking. — Les Anglais à Nanking. — Le traité du 29 août 1842 : porte ouverte au commerce étranger.
Les États-Unis et le traité de Wanghia (1844). — La mission Lagrené et le traité franco-chinois de Whampoa (1844). — Fin de la suzeraineté chinoise sur Macao. — Les relations des Jaunes et des Blancs.
Il n'est pas rare, même ailleurs qu'en Chine, que les plus grands règnes soient suivis de la décadence. C'est la rançon de la gloire. Depuis Kien-loung, la dynastie des Tsing, épuisée, n'a plus donné jusqu'ici à l'empire de grands souverains : après Louis XIV, Louis XV et Louis XVl; après Kien-loung, Kia-king et Taou-kouang (1796-1850). La Chine garda la façade imposante; elle continua de recevoir les ambassades des pays tributaires, même du Siam et de l'Annam; mais, sous ces apparences, le gouvernement perdit son autorité; les empereurs débauchés, abrutis eux-mêmes par l'opium dont ils défendaient l'usage, abandonnèrent tout le pouvoir à des conseillers souvent mal intentionnés ; les gouverneurs de provinces se rendirent à peu près indépendants; maintes fois de graves événements se produisirent sur quelque point de la Chine sans que la nouvelle en pénétrât jusqu'à Péking; ce fut un fait assez fréquent que les gouverneurs eussent une politique différente de celle de la capitale ; l'empire en fut entraîné à une sorte de dissolution. 11 est vrai que la Chine est tout un monde, qu'elle est à elle seule grande comme la moitié de TEurope et, avec son empire, beaucoup plus grande que l'Europe entière. Mais les grands empereurs d'autrefois avaient su en maintenir l'unité.
Naturellement les ennemis de la dynastie profitèrent des
tai
circonstances. Il y eut des révoltes à Formose, dans Tîle de Haï-nan ; elles furent difficilement réprimées, et lés populations de ces îles n'ont pas cessé d'être assez turbulentes. Les Miao-tsé étaient souvent retenus dans Tordre par le besoin du sel qui leur venait des côtes de la mer; mais ils vivaient comme des sauvages, et s'appelaient eux-mêmes des loups. Ils se révoltèrent encore en 1832, surtout dans la région de Lien-tschou, et les trois provinces voisines du Kouang-toung, du Hou-nan et du Kwei-tschou, en furent agitées; ils eurent un chef qui prit le titre de Wang et se fit appeler le Dragon d'Or; ils firent appel à la population chinoise contre le gouvernement impérial; mais ils n'y rencontrèrent pas d'écho; les Chinois n'ont en général que de la haine et du mépris pour ces « vilains singes » de la montagne *.
On envoya des troupes contre eux. Le vice-roi de Canton, Lé, à la tête de 15 000 hommes., se fit battre, fut rappelé à Péking et destitué. Le gouverneur du Hou-nan fut plus heureux; il refoula méthodiquement les rebelles dans l'ouest du Kwei-tschou, leur infligea un seusible échec à Ping-juen, tua le Dragon d'Or, et les enferma dans leurs montagnes ; ils y furent quelque temps dociles.
Les musulmans de l'Asie Centrale, après cinquante ans de paix profonde et de prospérité, s'agitèrent aussi à la faveur de la faiblesse de la dynastie ; il y avait, comme il y a toujours, d'étroites relations commerciales entre Khokand et Kachgar, entre le Syr-daria et le Tarim : c'est une des grandes routes de l'Asie. En 1812, Mohamed-Ali, khan de Khokand, refusa le tribut; le gouvernement chinois n'insista pas. Le khan ensuite exigea et obtint le droit de lever des taxes sur les marchandises vendues dans les bazars de Kachgar et de Yarkand, et il y envoya des officiers : ainsi l'empire chinois commençait de se démembrer. Mohamed-Ali en prit une nouvelle audace; il retrouva les descendants des anciens princes du pays, déchus par les Chinois; il soutint les droits de