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Cf. Leroy-BeauUeu, La Rénovation de VAsie, p

5t54 LA RESTAURATION IMPÉRIALE AU JAPON

d'une parfaite coiirtoifûe. Les pariemeais européens ont généralement plus de tenue; ce n'est pas à dire qu'ils soient irréprochables; et puis, il ne faut pas, as Japon du moins, prendre au pied de la lettre les récits des journaux *.

Il y a dans ce Parlement des partis opposés, d'opinî<nis diverses; mais ils se classent plutôt jusqu'ici selon rinfluence des clans ou des plus puissants seigneurs. Ainsi le marquis lie et ses amis représentèrent longtemps la politique libérale et pacifique, où Ton peut retrouver quelques traits du gouvernement d'Okoubo ; le maréchal Yamagata fut le chef du parti conservateur et militaire, rappelant en quelque manière le souvenir du maréchal Saigo. Il serait possible de relever les signes d'une sourde opposition démocratique, même quelques efforts pour la constitution d'un parti socialiste. Ce sont des ress^[nblanees de plus avec TOccident.

Ainsi désormais le Japon était digne d'entretenir avec l'Europe d^ relations d'égalité; il le méritait aussi par son activité économique ; il était entré en quelques années daas la société civilisée. 1! excitait naturellement, par le caractère exceptionnel de sa révolution, la curiosité des étrangers, il fut visité dès 1872 par le grand-duc Alexis de Russie, en 187*9 par le futur empereur Guillaume II, par le général Graçit, ancien président des États-Unis, plus tard par le tsarévitch Nicolas, aujourd'hui Nicolas II. L'attention universelle se portait vers le royaume du Soleil-Levant.

Il ne tarda pas à demander la révision des traités de commerce de 1858, il ouvrit toutes ses portes et tout son territoire à toutes relations commerciales; mais il releva en compensation ses tarifs douaniers, et se fit reconnadtre le droit de modifier ces tarifs à son gré, selon la considération de ses intérêts particuliers. De même, il voulut en matière judiciaire être traité comme toutes les grandes puissances, et avoir Je jugement de tous crimes et délits ocnumis même par des étrangers; en d'autres termes, il voulut leur retirer leur privi-

1. Albert Métin, L'Extrême-Qriettt, Orne, Jepw, Shmi&, p.^«^.

lège d'exterritorialité, qui les faisait seulement justiciables d^ leurs consuls nationaux; pendant longtemps encore les gouvemements étrangers le retinrent dans cette condition humiliante; mais lorsqu'il eut refondu toute sa législation traditionnelle, lorsqu'il se fut donné un code imité de ceux de l'Europe, il obtint enfin la satisfaction qu'il demandait; l'Angleterre, sur ce point, céda la première en 1894; en 1899, le nouveau régime fut définitivement établi pour tous les étrangers résidant au Japon; même ils n'eurent pas le droit de posséder des terres dans le pays ni d'en exploiter les mines.

Le Japon put dès lors régler librement sa politique extérieure; il commença déjà de préciser ses intérêts dans les régions voisines. Ainsi, sous le shogounat des Tokugawa, l'île de Sakhaline était une possession commune de la Russie et du* Japon; en 1862, le gouvernement d'Edo avait proposé un partage égal selon la ligne du 50*' de latitude nord. Mais la ruine du shogounat donna de l'audace aux Russes qui, à la faveur de la révolution, occupèrent l'Ile tout entière. L'ordre rétabli au Japon, le mikado fit valoir ses anciens droits; les négociations aboutirent à la convention de 1875 qui laissa Sakhaline aux Russes, à condition qu'ils abandonneraient aux Japonais tout l'archipel des Kouriles.

Le Japon exerçait aussi des droits anciens sur la longue ligne des îles Riu-kiu, que la Chine lui disputait. Un arbitrage des États-Unis en 1879 résolut la question en faveur du Japon. Or les Riu-kiu sont comme un pont qui mène à Formosc et, au delà, aux îles Philippines. Déjà l'empire du mikado s'étendait du Kamtchatka à Formose, du 50* degré de latitude nord jusqu'aux environs du tropique du Cancer, tout le long de l'Asie Orientale.

Il était désormais très fortement constitué, prêt à jouer le rôle le plus actif dans la politique universelle, ou du moins dans les destinées de l'Asie et dans la question du Pacifique. Les bouleversements politiques et sociaux par lesquels il venait de passer ne l'avaient pas affaibli, parce que cette extraordi-

naire transformation avait été dirigée par une puissante volonté, celle du mikado, qui gardait toujours, en attendant le prestige des victoires, celui d'une origine si antique que, selon la formule populaire, elle date des temps dont on ne peut se souvenir et se rapproche des dieux.

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