Cf. Halot, V Extrême-Orient, p
Ainsi il marcha avec plus de sang-froid et de sûreté dans la voie de la civilisation. En 1879, la question par la torture fut abolie. L'ancien code japonais fut refondu par M. Boissonnade, à la lumière des enseignements européens ; il fut mis en pratique le 1" janvier 1895.
Notamment, Tordre assuré par la défaite de toute rébellion, Tempereur put développer les institutions libérales selon ses promesses et renoncer à la dictature à mesure qu'elle paraissait moins nécessaire. En 1875, il institua un Sénat, qui fut nommé tout entier par lui et fut composé en grande partie des anciens daïmios; c'était la récompense de leur rôle dans la révolution. En 1879 fut fondé un système complet d'assemblées locales élues. Ainsi la vie politique commença de gagner tout le pays ; des associations politiques se fondèrent ; la presse discuta de la valeur des institutions nouvelles; un grand parti libéral fut constitué, qui fut appelé le Jiyuto; il demanda aussitôt le développement des libertés du pays et la création d'un parlement élu. Le gouvernement trouva d'abord ces idées prématurées; mais, en 1881, un rescrit impérial annonça la mise à Tétude d'une organisation constitutionnelle; Ito Hiroboumi, qui était devenu le comte Ito, fut envoyé de nouveau en Europe dans cette intention. En 1885, à son retour, un conseil de ministres fut créé, dont il fut le président. Le 11 février 1889, fut promulguée la nouvelle constitution; à cette occasion, le comte Ito fut fait marquis. Le sénat fut aboli ; ses membres furent versés dans la nouvelle Chambre des pairs. Il y eut des élections générales en juillet 1890, et la Diète, ou le Parlement des deux Chambres, fut ouverte le 29 novembre suivant, en grande solennité.
Le moment avait en effet une importance considérable. « Ce fut certainement, disent les Japonais, un grand sujet de joie nationale et de satisfaction, qu'un tel progrès eût pu s'accomplir sans les scènes sanglantes qur ont invariablement défiguré de pareils changements dans d'autres pays *. »
i. History, p.ZSI, j^
Le Parlement japonais se compose de deux Chambres : la Chambre des pairs comprend 13 princes du sang, les 40 princes et marquis, 123 comtes, vicomtes et barons élus pour sept ans par leurs pairs, 100 membres à vie nommés par Tempereur, 45 membres élus, un par département, par et parmi les plus imposés de chaque district, confirmés par l'empereur pour sept ans. C'est la Chambre de la noblesse, sous cetle réserve que beaucoup de nobles doivent leur litre de noblesse à l'empereur; elle est capable de contenir, avec l'empereur, les aspirations démocratiques de la seconde Chambre. La Chambre des représentants compte 300 membres : sont électeurs les citoyens japonais âgés de vingt-cinq ans, domiciliés depuis un an dans la circonscription, et payant une contribution directe d'au moins 15 yen (37 francs 50, le yen = 2 fr. 50). Les mêmes sont éligibles à partir de trente ans. La population japonaise étant généralement pauvre, il n'y a que 500 000 électeurs pour une population de 50 millions d'habilants *. Cette chambre n'a pas une grande puissance ; les ministres ne sont pas responsables devant elle, ne dépendent pas d'elle; le mikado les maintient au pouvoir avec ou sans le consentement des députés.
Des institutions si récentes n'ont pas encore produit des mœurs électorales ou parlementaires très recommandables ; les députés se laissent souvent corrompre par les ministres à prix d'argent; il y a parfois de furieuses batailles à la Chambre, et les journaux conservateurs ne manquent pas de relever la grossièreté des propos échangés : à la suite d'une fête à la cour où les députés avaient été conviés, un grand journal de Tokio publiait des aménités de ce genre : « Ils se battent autour du buffet comme des gueules affamées ; le bruit de leur mangeaille ressemble aux barbotemenls d'un porc ». Ce n'est pas non plus là le langage de la meilleure société. On peut admettre, avec réserve d'ailleurs, que les séances du parlement de Tokio ne témoignent pas toujours