LA PENSEE CHINOISE. — GONPUCIUS
caractère pour chaque mot, on se rendra compte de la difficulté et de l'inutilité d'une pareille science. Il y a là une des raisons capitales pour lesquelles la civilisation de TExtrême- Orient devait être dépassée par celle de l'Europe; en vérité les Chinois n'avaient pas d'avenir dans Tesprit, ils n'avaient que du passé.
Les jeunes oiseaux, disait Confucius, évitent les filets tant qu'ils ne se séparent pas des vieux. Et il enseignait une douce morale de modération et de résignalion : dans un puits, disait-il encore, le seau de bois que l'on pose trop légèrement sur l'eau flotte et ne se remplit pas; si on le jette avec violence il va jusqu'au fond et on risque de ne pas le retrouver; il faut l'enfoncer doucement afin qu'il se tienne en équilibre et se garnisse convenablement. Il recommandait d'aimables et simples vertus, Thumanité ou la charité universelle, la justice, la conformité aux rites prescrits et aux usages établis, la droiture, la sincérité ou bonne foi. Toute sa philosophie d'ailleurs fut plus morale que métaphysique, elle fut fondée sur la piété filiale étendue à l'empereur considéré comme le père de tout le peuple chinois; elle fut exprimée par de nombreuses maximes populaires pour toutes les circonstances de la vie; elle aboutit ainsi à une sorte de religion d'État, représentée par trois degrés de sacrifices : des sacrifices inférieurs, à des bienfaiteurs défunts, à des hommes d'État célèbres, au vent, à la pluie, au tonnerre, aux fleuves, aux montagnes; — des sacrifices moyens au soleil, à la lune, aux mânes des empepeurs, aux patrons de l'agriculture et de la soie; — et des sacrifices supérieurs, au ciel, à la terre, aux grands temples des ancêtres, notamment à la grande fête du solstice d'hiver présidée par l'Empereur lui-même.
Confucius acheva sa carrière dans la même sagesse. Il devint chef de la magistrature, ministre du roi de Lou, dans la région du Chan-toung ; ainsi il ne cessa pas d'être mêlé à la vie pratique ; il ne cessa d'y donner les meilleurs conseils ; il poursuivit vigoureusement les prévaricateurs, il fut l'ennemi des femmes, fuyant le bruit des pierreries et des sonnettes
qu'elles portaient alors à leurs robes dans h haute société. Il mérita le respect des rois voisins, comme le roi de Weï, le roi de Soung, le roi de Tsao, qui rappelaient pour s'instruire de sa sagesse. Il eut une existence de tous points exemplaire et honorable. 11 mourut en 479 avant Jésus-Christ, neuf ans avant la naissance de Socrate.
Meng-Tseu, son disciple, fut après lui le moraliste de la Chine et de ses rms; il avait moins de sagesse, mais plus de verve peut-être que son maître : « Il n'y a pas, disait-il à un puissant roi, de différence entre le meurtre d'un homme par répée ou par une mauvaise administration ». Ce qui revenait à dire que les mauvais rois sont des assassins. SurUml Meng-Tseu entretint la mémoire de Confucius comme un culte, et e'est lui qui commença à l'élever parmi les grands bienfaiteurs, les demi-dieux de la Chine. C'est que la Chine ne cessa pas de se reconnaître en lui. Plus tard son éducation morale se compléta par le bouddhisme; elle n'y apprit point davantage la vertu de l'actio^Qi.
IIÏ.. — CHIHOtS ET «OKGOLS.
Cependant la Chine, ayant définitivement perdu ses empereurs parfaits,, fut troublée par les querelles des familles rivales, touiies authentiquement issues du Ciel, et par les excès condamnables de quelques mauvais empereurs^ quâ ne craignaient pas d'abandonner le pouvoir aux eunuques et d'inventer toujours de nouveaux impôts pour les frais de leurs plaisirs et de leurs débauches. L'âge d'or de plus en plus s'éloignait dans le passé.
Une famille plus puissante se distingua parmi ces désordres et finit par s'emparer du trône impérial : ce fut la dynastie des Tsin, au uf sièele avant Jésus-Christ; elle avait son centre territorial dans la région du Kansou, au pied des monts Tsin-ling; elle y avait entretenu sa force au contact des Tartares de la Mongolie, comme, parmi les Francs, les
Austrasiens étaient demeurés belliqueux au voisinage des Germains plus barbares. La nouvelle dynastie devait laisser son nom à la Chine, que Ton trouve souvent désignée alors sous le nom de Tsinistan ou pays de Tsin.
Le fondateur en aVait été Tsin-Chi-Hoang-Ti, un fils de palefrenier, illustré par sa vaillance. Il accomplit en effet une œuvre remarquable et peut passer pour un des plus grands conquérants de l'histoire; il faut s'arrêter un moment devant ce nom glorieux. Avec Taide d'un habile ministre, Lis-sé, il vainquit ses rivaux, le prince de Wéï, le prince de Chow. contre lequel il dut conduire une armée de 600 000 hommes; il les soumit et commença le « rassemblement » de la terre chinoise.
Il régna jusqu'au Kouang-Toung et à Tîle de Haïnan; il annexa le Tonking, la Gochinchine. La terreur de son nom se répandit à travers toute Tlndo-Chine jusqu'au cœur de la Birmanie, en sa grande capitale d'Ava, jusque dans le Bengale. Jamais l'empire chinois n'avait encore eu une si grandiose et si parfaite unité territoriale ; jamais il n'avait été si puissant.
Hoang-Ti en profita pour assurer la tranquillité de sa frontière occidentale et septentrionale contre les incursions des Tartares, ou Hiong-Nou, qui commençaient d'être extrêmement redoutables à leurs voisins. L'empereur les chassa du pays de Ghen-si, les rejeta dans les plateaux de la Mongolie, et, peu soucieux de régner sur leurs déserts, il commença de dresser contre eux l'obstacle de la Grande Muraille. Il y a de hautes montagnes entre la Ghine et la Mongolie; mais en descendant des plateaux qui lui donnent naissance, le Hoang-ho^ y pratique de larges et profondes brèches qii constituent des chemins naturels de pénétration en Ghine; on y retrouve encore aujourd'hui les restes remarquables des grandes routes dallées de granit rose que les empereurs d'autrefois y avaient construites : ce sont les voies des invasions ou des conquêtes. Hoang-Ti voulut fermer ces portes de son empire; la Grande Muraille, commencée par lui, continuée par ses successeurs jusque dans le courant du xix® siècle, est un monument
Driault. — Extrême-Orient. 2
étonnant de la puissance et de la patience des hommes; elle est devenue, par sa grandeur et par sa durée, un des traits naturels du pays; elle s'allonge, comme un serpent de pierre, de part et d'autre des grands coudes du Hoang-Ho, sur une longueur de 2 000 kilomètres, depuis la presqu'île de Liao- Toung jusqu'à la région du Koukou-nor, sur tout le front de la Mongolie ; elle escalade les montagnes, elle ferme les vallées, épaisse de six mètres, haute de huit ou dix, interrompue au passage des routes par d'étroites portes flanquées de massives tours quadrangulaires, si formidables qu'elles semblent n'avoir pas besoin d'hommes d'armes pour interdire tout passage. Elle est un des signes caractéristiques de la Chine ; elle manifeste, non seulement sa force et sa richesse, mais surtout son constant amour de la paix; elle s'enferma derrière cette extraordinaire barrière pour se consacrer plus tranquillement aux travaux de l'agriculture ; elle ne quitta point la charrue pour l'épée.
Hoang-Ti abrita derrière la première muraille sa belle capitale de Hien-yang, à peu de distance de Singan. Il exerça de là une autorité énergique sur toute la Chine qu'il avait réunie en un vaste empire : il la divisa en 36 provinces, dont les gouverneurs furent réduits par lui à une parfaite obéissance; il fit dresser une statistique des terres pour bien répartir les impôts; il y établit de nombreuses routes pour en faciliter l'administration et les relations commerciales. C'est à peu près dans les mêmes termes que Ton pourrait résumer Tœuvre de l'empereur Auguste. Cependant nous connaîtrons toujours mieux Auguste que Hoang-Ti; c'est une question de longitude.
Par sa grande puissance et ses conquêtes, il eut autour de lui des chefs militaires remarquables, qui s'estimèrent les premiers de l'État, qui négligèrent d'unir la modestie à leurs autres mérites, qui revendiquèrent dans les sacrifices coutumiers une place que les anciens livres ne leur avaient pas réservée, qui ainsi entrèrent en conflit avec les lettrés, ou, comme nous dirions, les idéologues, les intellectuels : éternelle rivalité des armes et de la toge. Un flatteur ayant pro-
clamé que jamais on n'avait rien vu d'aussi grand et d'aussi parfait que le gouvernement de Hoang-Ti, Hoang-Ti Técouta avec complaisance ; mais un mandarin de lettres protesta au nom de la perfection inimitable des anciennes institutions : Hoang-Ti ne fut pas content. Son fidèle ministre, Lis-sé, dressa une argumentation redoutable contre les lettrés, qui ne savent qu'entretenir le mécontentement par les écrits pernicieux dont ils inondent les campagnes, qui au nom du passé s'opposent à tous progrès, à foute réforme, qui par là sont des malfaiteurs publics. Les lettrés répondirent par des livres de protestation, et lagitation fut considérable. Le ministre et l'empereur employèrent d'autres armes; ils détruisirent beaucoup des livres qui étaient devenus des instruments de désordre^ et la Chine perdit ainsi quelques ouvrages peutêtre précieux. Beaucoup de mandarins eurent le même sort; en une seule fois 460 furent exécutés. Ainsi Hoang-Ti ne pouvait manquer d'avoir le dernier mot.
Pourtant il mourut lui-même, en 210 avant Jésus-Christ; on dit que 10 000 ouvriers furent ensevelis vivants dans son tombeau, afin sans doute de lui construire au delà de la mort un palais éternel. Son tombeau fut bientôt détruit, et sa dynastie elle-même disparut quatre ans seulement après lui.
Car, après samort, comme aprèscelled'Alexandfe le Grand, l'empire qu'il avait fondé fut déchiré par de sanglantes rivalités et connut de longs siècles de misère. Comme pour donner raison aux lettrés de l'opposition, ce fut la fin de Tâge d'or. Les mœurs slavilirent, la cour impériale fut souvent déshonorée par des scandales dignes de ceux de l'Occident. Peu de temps après Hoang-Ti, une impératrice, Liu-Chi, s'illustra par son ambition et par ses crimes et son histoire rappelle à la pensée celle d'Agrippine; elle régna au nom de son fils dont elle défendit le trône contre des rivaux redoutables; elle régna au nom d'un petit-fils supposé; mais elle fut punie du mal qu'elle avait fait : un monstre lui apparut, si horrible qu'elle mourut d'effroi. Ce fut aussi le règne des eunuques; car l'habitude s'établit alors de donner à l'Empereur les plus belles filles
des plus nobles familles, qui s'en trouvaient particulièrement honorées; la corporation des eunuques prit ainsi des développements considérables, et, faute de mieux, ils eurent la passion du pouvoir. Ils excitèrent de terribles colères, il y eut des drames sanglants dans les appartements des palais impériaux, il y eut des vengeances effroyables des divers partis successivement vainqueurs; il y eut un usage exagéré du « breuvage d'immortalité ».
La Chine ne fut pas glorieuse parmi de telles débauches ; elle se divisa de nouveau en plusieurs royaumes, plus ou moins puissants, plus ou moins ambitieux, comme celui de Weï au nord, ou celui d'Où qui avait Nanking pour capitale : ce fut le commencement de la fortune de cette grande cité. Ces divisions et ces querelles furent favorables aux invasions, attirèrent encore les Tartares en deçà de la Grande Muraille.
Il y eut alors de considérables mouvements de peuples parmi les déserts de l'Asie Centrale. Tous les peuples jaunes qui y vivaient péniblement, de pillages surtout aux dépens de leurs voisins, étaient réunis sous la domination générale de Hiong- Nou, terme aussi vague en Chine que celui de Tartares parmi les pays occidentaux; ce sont du moins des parents des Chinois dans la grande race finno-mongolique ; ce sont les parents pauvres. A la faveur du désordre qui régnait dans les riches pays du Hoang-Ho et du Yang-tsé-Kiang, ils y vinrent faire de bons butins; un de leurs chefs, Mehe, demeura longtemps redouté des Chinois par ses exploits et sa cruauté ; l'empereur Kao-Tsou fut obligé de lui donner en mariage la princesse sa fille qui était remarquablement jolie. Pendant longtemps les nomades donnèrent la loi aux laboureurs : ce fut pour la Chine un temps d'épreuves pénibles.
La nécessité en fit surgir la dynastie libératrice, la fameuse JvTiiislie des Hans, dont la gloire guerrière eut son contre-coup jusfju'au fond de l'Extrème-Occident, dont l'histoire ainsi intéresse directement même celle de la Gaule. Elle sortit de la rudu population montagnarde du Ho-nan ; elle eut sa capitale V Singan, qui est demeurée l'une des villes les plus remar-
quables do la Chine. Son empereur Wen-Ti commença de rétablir Tordre indispensable à la délivrance de Tempire; il reprit quelques-unes des vertus de l'ancien temps; il sollicita les reproches afin d'apprendre à se corriger; il ordonna la reconstitution des anciens livres détruits par Hoang-Ti; il chercha dans le passé Tinspiration de son autorité.
Et, comme si les divinités ancestrales étaient eu effet toutes puissantes, la Chine fut sauvée de la barbarie. Les envahisseurs furent refoulés dans la Mongolie; on les y suivit par-dessus la Grande Muraille; un très vaillant soldat, Pan-Chao, conduisit les Chinois victorieux jusqu'à la vallée de Tlli, jusqu'aux bords de la mer Caspienne; il est demeuré un des héros guerriers de la Chine, qui en compte quelques-uns. Il eut aussi une sœur illustre, qui répondait au nom gracieux de Pan-hœï-pan, qui écrivit de longs discours sur les devoirs des femmes dans la société, sur les vertus qu'elles doivent avoir et dont la principale est la vertu de soumission, qui résuma toute sa pensée là-dessus en une formule du sens le plus clair et le plus pénétrant : L'époux est le ciel de l'épouse. On n'alla pas plus loin alors dans la voie du féminisme. C'est qu'en ces temps guerriers, la force virile paraissait le salut même de la race.
Les conquêtes de Pan-Chao ont un caractère plus précis que celles du bon roi Mou-wang attardé dans la légende de ses amours avec la princesse occidentale. Les Hiong-Nou furent définitivement brisés par la vigoureuse action des armées chinoises; quelques-uns furent soumis, absorbés, chinoises, si l'on peut dire; les autres furent refoulés à l'ouest; les Huns, les Avars, les Magyars, au galop de leurs chevaux, s'enfuirent pour échapper à l'extermination [202-220 après Jésus-Christ] ; ils s'en allèrent bouleverser l'Europe sur laquelle ils se vengèrent de la terreur qui les poursuivait; ils se perdirent dans l'Occident, les uns contenus par I{3s ch ré liens dans lÊs.D[aines catalauniques, les autres dépouillés de leur bulin magne, les Magyars enfin conquis et sauves par 1 chrétienne. C'est là un des événeraenls les " râbles de l'histoire générale; c'est le premier Ir
relations de l'Orient et de l'Occident à travers l'ancien continent.
La Chine en rapporta encore des nouveautés ; par le bouddhisme elle allait être entraînée dans la grande évolution morale de l'humanité et rejoindre la pensée indo-européenne. Le fondateur du bouddhisme, en effet, Çakyamouni, ou le Solitaire, était né en 622 à Kapilavastou, près du Népaul, dont les routes s'ouvrent dans la montagne, vers le Tibet. Il devait mourir en 543 ; il était donc de quelques générations antérieur à Confucius; il appartenait à peu près à la génération de Solon d'Athènes. Il était fils de roi; mais il méprisa la vie de luxe qui lui était promise et voulut se consacrer à la méditation et à l'étude de la loi morale : il s'enfuit du palais de son père. Longtemps il vécut d'aumônes-^ longtemps il s'abandonna, sous le grand figuier d'Ourouvilva, à la contemplation divine et à la recherche du vrai bien. Puis il commença sa prédication à travers les foules sans se soucier de règles ni de rites, sous la seule inspiration de son cœur et de sa pitié pour les misères des hommes : c'était la religion qui sortait du mystère des temples et qui allait parmi le peuple ; elle y rencontra des âmes qui furent attendries et consolées, toutes ravies d'être délivrées des terreurs superstitieuses et des inégalités sociales. Çakyamouni pensa dès lors qu'il avait trouvé la vérité, et il fut appelé le Sage ou le Bouddha.
Ce fut une doctrine de miséricorde; elle enseigne que tous les hommes sont égaux, qu'ils se doivent tous entr'aider, qu'ils ont tous besoin les uns des autres. C'est la première apparition dans le monde de la leçon de charité, et par là le bouddhisme fait songer, six cents ans d'avance, au christianisme.
Il s'en distingue pourtant considérablement. Il est fondé sur quatre « vérités sublimes » : 1° L'existence et même la prédominance de la douleur; c'est l'idée capitale; tout le bouddhisme en dépend et déjà se trouve marqué d'un pessimisme accablant; 2° La cause de la douleur est dans les pasjpions, dans le désir; 3^ La douleur peut cesser par le nirvana, ou
ranéantissement de tout désir, de toute passion ; 4° La voie qui mène au nirvana, où Thomme est « délivré de la soif de Télre », est dans renseignement du Bouddha.
De ces vérités sublimes découlent les préceptes moraux de la loi bouddhiste. Il y. a d'abord cinq préceptes que Ton pourrait appeler négatifs : ne point tuer; ne point voler; ne point commettre d'adultère; ne point mentir; ne point s'enivrer. Mais ce n'est là que le commencement de la sagesse. Elle est davantage dans la foi, dans la méditation droite, dans les quatre degrés de la contemplation : car par elle on parvient successivement à se dépouiller du désir et de la passion, c'est comme le nirvana du cœur; puis du raisonnement et du jugement, c'est en quelque sorte le nirvana de l'intelligence; on obtient ensuite l'indifférence à tout, même à la satisfaction intellectuelle qui peut résulter de cet état d'indifférence ; enfin on atteint l'extase, la perte même du sentiment de l'indifférence, l'impassibilité absolue, le nirvana, le néant, suprême garantie contre la douleur de vivre; on ajouterait volontiers : suprême suicide.
Après la mort de Çakyamouni, le bouddhisme acheva de se constituer dans une série de conciles que tinrent ses principaux disciples; le Bouddha lui-même devint un Dieu, le Dieu accroupi, le Dieu de la contemplation et de l'inaction. Mais le bouddhisme ne fit pas une brillante fortune dans l'Inde, où il était né; il en fut chassé, et les brahmanes y restèrent les maîtres, y maintinrent l'organisation des castes. Il franchit l'Himalaya, conquit tout le Tibet qui fut dès lors sous le gouvernement des prêtres du Bouddha et notamment de leur chef, « le Grand Lama ». 11 gagna la Chine et le Japon dans les premiers siècles de l'ère chrétienne ; il devint la religion de près de 500 millions d'hommes, il eut en Chine la même influence déprimante, et compléta les enseignements de Confucius; par lui l'action parut être un mal, comme, par le confucianisme, le progrès paraissait être une impiété. La Chine s'endormit dans le culte du passé, dans la résignation aux misères de la condition humaine : il ne sera pas facile peutêtre de la réveiller.
Les relations ouvertes vers Touest par les conquêtes des Hans favorisèrent aussi Tintroduction en Chine de la doctrine chrétienne; une inscription de Singan-fou, rapportée par Voltaire dans son Essai sur les Mœurs, en conserve le témoignage ^ Le christianisme et le bouddhisme, en somme, sont à peu près contemporains, aux deux extrémités de l'ancien continent; ils représentent ensemble une période de l'histoire des hommes singulièrement curieuse par la prédominance du sentiment religieux. Qui en donnera l'explication? Du moins ils allaient désormais donner aux deux plus grandes races humaines de nouveaux caractères distinctifs.
L'Islam pénétra aussi en Chine par le Turkestan, le long des chemins que suivent les caravanes au pied des monts Thian-Chan, Lors de la destruction par les Arabes du royaume de la Perse par la défaite du dernier roi, Yezdegerd, l'émotion gagna la Chine, dont le gouvernement prit quelques précaution^pour couvrir les provinces de l'ouest, et des légendes chinoises, un peu postérieures, signalent des apparitions terrifiantes d'hommes à turban. On parle d'une ambassade d'Haroun-al-Raschid auprès de l'empereur de Chme; il en envoyait une aussi à Charlemagne. A certains égards, les Arabes, puis les Turcs, allaient être des intermédiaires entre rOccident et l'Orient. Ce fut comme leur mission dans l'histoire.
La Chine fut alors enveloppée dans la grande conquête mongole, dont l'Europe elle-même fut en partie troublée. Les Huns et les Magyars étaient partis vers l'ouest; ils n'en revinrent pas. Il resta dans l'Asie Centrale, en dehors des Chinois, les Turcs, les Mongols proprement dits, les Mandchous. Le nom générique de Hiong-Nou disparut, à mesure qu'on eut une connaissance plus précise de ces diverses tribus. Ils se ressemblaient d'ailleurs toujours, par un même air de famille. « Tous, quand ils ne sont pas altérés par le métissage, ont le même visage, osseux, rectangulaire avec des
t. G. Pauthier, La Chine, p. 298.
arêtes vives au froni, empâté, charnu et comme bouffi à la face, sec, pointu, triangulaire au menton; chez tous, les cheveux sont noirs, rudes et lisses, comme la barbe, clairsemée, qui n'est jamais floconneuse, même dans le jeune âge; la peau mate, terne, à gros grain, est de couleur bise : « tetra faciès », comme disaient très exactement les Latins pour dépeindre la coloration des Huns. Chez tous, Tœil, d'un noir brillant, paraît à fleur de tête, entre les paupières fendues en amande allongée, au-dessus de la saillie des pommettes; la paupière supérieure est très courte, comme rentrée sous l'arête vive du front. Cette grosse tête ronde est soutenue par un cou épais, à nuque énorme, enfoncé entre des épaules larges, solides, fortement emmanchées au tronc massif; Taspeqt général est lourd, trapu, ramassé; les jambes sont grêles, arquées par l'usage du cheval chez les peuples exclusivement cavaliers, courtes en proportion du tronc. La taille médiocre, souvent au-dessous de la moyenne, rarement au-dessus, ces gens de guerre qui ont fait trembler le monde étaient de petits hommes; tels sont aujourd'hui les agiles Japonais et les lourds paysans d'Anatolie^ »
Les Turcs trouvèrent leur pente à l'ouest, comme les Magyars et les Huns, mais sans aller aussi loin ; ceux de Seldjouk, d'abord au service des califes arabes de Bagdad, s'établirent en Asie-Mineure; ceux d'Olhman conquirent la péninsule des Balkans. Ils furent longtemps puissants et répandirent la terreur en Europe; ils ne contribuèrent pas au développement de la civilisation.
Les Mongols ou les Mandchous furent dispersés pendant quelque temps par la conquête chinoise : ainsi, au commencement du XI® siècle de l'ère chrétienne, les Khitaï du Liao-Toung devinrent les maîtres de la Chine du Nord qui fut alors appelée le Khilay ou le Cathay; cependant la Chine proprement dite se maintenait au sud, autour de Nanking, sous la
1. Léon Gahun, dans VHistoire générale de Lavisse et Rambaud, II, p. 888.
dynastie des Soung. Puis, au siècle suivant, les Niu-Tchi, ou Mandchous, prirent la place des Khitaï. Plus proche de la Mandchourie et de la Mongolie, la Chine du Nord se distingua de plus en plus de la Chine du Sud.
Mais, à la fin du xu® siècle, Tunité mongolique fut reconstituée, sous le nom des Mongols Bleus ou des Mongols de la Bannière Bleue, au profit de la famille des Bordjiguènes. Elle était issue, disait-on, d'une vierge conçue dans la pureté, et ainsi les plus glorieuses destinées lui étaient promises. Eq effet les tribus diverses des Mongols furent réunies peu à peu en une seule confédération sous le commandement du vaillant Tèmoudjine, qui fut appelé le Tchinguiz-Khan, c'est-à-dire le Seigneur Inflexible, Inébranlable, Absolu, TAutocrate. Alors il planta son étendard à Karakoroum, Tancienne capitale des Hiong-Nou, et de là il fut un des maîtres du monde, un des grands conquérants de Thistoire. Il conquit les pays de l'ouest, sur la roule de la Soie, jusqu'à Samarkand, et ses généraux chevauchèrent sans obstacle à travers les steppes de la Caspienne et de la mer Noire jusqu'à la barrière des Carpates. Il conquit les pays de l'Est; il enleva la Chine du Nord aux Mandchous ; il imposa l'obéissance à la Chine des Sôung et à la plupart des peuples de l'Indo-Chine; il régna des bouches du Danube à celles du Yang-Tsé-Kiang. Il marqua l'unité de l'Ancien Continent; il rapprocha mieux que jamais avant lui l'Orient et l'Occident; il était trop tôt encore pour que ce rapprochement fût fructueux et définitif : c'est le rôle aujourd'hui réservé à la Russie.
Et, lorsque l'Empereur Inflexible, le Tchinguiz-Khan, mourut, l'immense empire fut partagé entre ses héritiers ; on • en put faire encore quatre puissants Empires : Batou, fils de Djoudji, chef des Mongols de la Horde d'Or, s'établit à Samara, sur la Volga, et de là imposa sa domination à tous les peuples de la Russie actuelle, même à ceux de Moscou. — Houlagou régna sur l'Iran ou le Kharesm. — Djagataï eut l'Asie Centrale, le Turkestan oriental et occidental, c'est-àflire tous les chemins qui vont de l'est à l'ouest. — Khoubilaï,
qui était Taîné des fils de Témoiidjine, eut la Chine du Nord et du Sud, et, en outre, tout autour d'elle, la Mandchourie et la Mongolie, la Corée, le Tibet, le Siam et la Cochiiichine. II essaya de conquérir le Japon; il n'y réussit pas. Il fonda Péking, en 1267, et en fit sa capitale. Il se fit Chinois luimême, et fut appelé Hou-pi-lié. Il adopta les coutumes, les lois de la Chine; il se comporta, ainsi que ses successeurs, comme un empereur chinois; la civilisation chinoise, très supérieure à celle des Mongols, s'imposa à eux : la Chine conquise conquit son farouche vainqueur, et la conquête mongole parut bientôt n'être qu'un changement de dynastie. Les empereurs de Péking ouvrirent des écoles, encouragèrent, comme ceux de Singan ou de Nanking, les études d'astronomie, appelèrent les lettrés dans leurs conseils, favorisèrent la conservation et les commentaires des livres sacrés, obligèrent les jeunes Mongols à s'instruire à l'école de la Chine. Pourtant ils ne s'imposèrent pas longtemps aux Chinois, seulement un peu plus d'un siècle.
Néanmoins, par l'unité territoriale et politique qu'ils donnèrent un momentàl'Asie Centrale, ils en facilitèrent la traversée par les voyageurs et les marchands, et l'Europe alors commença de prendre quelque connaissance de rExlrême-Orienl; ce fut l'époque des grandes ambassades de l'Europe en Asie (xiu* siècle).
Car les Tartares ou les Tarlarins, comme on disait en Europe, n'avaient pas manqué d'y exciter une grande curiosité, et non pas seulement de la terreur; les étudiants à Paris demandaient des cours de « tartarin ». Les papes rêvèrent de les convertir au christianisme. Ainsi, en 1246, Du Plan de Carpin fut envoyé en ambassade à Karakoroum; quelques années après, saint Louis, dans la même intention, fit faire le même voyage à un de ses chevaliers, Guillaume de Rubrouck ou de Rubruquis -.-tous deux furent bien accueillis par les Mongols, très tolérants en matière religieuse; ils rapportèrent des descriptions intéressantes des pays qu'ils avaient traversés.
28 LA CHINE ANGIEiNNE
Le Vénitien Marco Polo s'illustra davantage dans le même temps. Les Polo faisaient depuis longtemps un commerce actif avec la Crimée et tous les pays de la mer Noire, facilement reliés dès lors à ceux de la Caspienne et de la mer d*Aral. Mafllo, Nicolo, deux frères, et le fils de celui-ci, Marco, avaient voyagé déjà dans toutes ces régions/ En 1270, Marco Polo, sur les routes des caravanes, partit à travers l'Arménie, par Tauris et la Perse; il passa par le Badakchan et la région du Pamir, par Kachgar et Yarkand dans la vallée du Tarim, par Karakoroum qui n'élait plus une capitale, dès lors abandonnée pour Péking. C'est pourquoi il poussa jusqu'à Péking : il n'avait pas de préoccupations religieuses; il ne faisait qu'une sorte d'exploration commerciale; de nîême, au temps des croisades du Levant, jamais les Vénitiens n'avaient oublié les intérêts économiques. Marco se mit au service du gouvernement chinois; il fut employé longtemps dans le Yun-Nan, et il donna de curieuses descriptions du pays et des mœurs; il fut le premier, par exemple, à faire connaître l'étrange coutume de la couvade,' le mari au lit pour recevoir les félicitations de ses amis lorsque sa femme vient d'accoucher ; il devint gouverneur de Hang-tchéou, vers l'embouchure du Yang-tsé-Kiang : il parla beaucoup, dans le récit de son séjour en Chine, des abondantes pêcheries du grand fleuve; on reste étonné qu'il ne dise rien de la grande cité de Nanking, qui n'est guère qu'à 200 kilomètres de là.
Il reçut de l'empereur une mission de confiance, qui est sans doute la preuve de ses bons et loyaux services : il fut chargé de conduire une jeune princesse mongole à son lointain fiancé, le prince persan Arghoun, parent de la famille impériale de Péking; le voyage fut très long; Marco Polo et sa princesse s'embarquèrent au Fokien; ils passèrent par Java, Sumatra, Ceylan, le golfe Persique. Quand ils arrivèrent en Perse, le prijR'c Arghoun était mort, et Polo craignit d'être embarrassé de sa compagne; il put la marier au fils du défunt, Ghazan. Il revint en Europe par Constantinople ; il rentra à Venise en 1295 , après vingt-cinq ans d'absence, couvert de trésors, les poches
pleines de rubis, d'émeraudes, de diamants de toutes sortes, riche aussi de merveilleux récits.
Pourtant ce ne fut pas encore Touverlure de la Chine au commerce européen ; après ce court moment de clarté jetée sur les pays de TExtrême-Orient, l'Europe retomba à leur sujet dans l'ignorance la plus complète; elle n'en devait retrouver le chemin que plusieurs siècles après.
Les Mongols ne furent pas plus longtemps les maîtres de la Chine que de la Russie. C'est en 1380 que le prince de Moscou, Dmitri Donskoy, vainquit la Horde d'Or à Koulikovo; c'est en 1368 que la dynastie mongole perdit Tempire de la Chine; comme beaucoup des puissances asiatiques, elle avait eu une décadence rapide : après les rudes efforts de la conquête, les jouissances qui la font perdre. Le dernier empereur mongol de la Chine, Chun-Ti (1333-1367), usa son autorité dans les débauches.
La Chine se révolta. Taï-Tsou,'fils d'un pauvre laboureur employé dans un couvent de bonzes, était devenu populaire par sa piété, par sa dévotion particulière à la tombe de ses parenls, c'est-à-dire par les vertus qui sont les plus chères aux Chinois. 11 fut le chef de la révolte. Elle éclata dans le Kiang-si, au sud du Yang-tsé-Kiang, et lança à travers tout le pays son manifeste, où il était dit : c< C'est aux Chinois à gouverner les barbares étrangers et non aux barbares étrangers à gouverner les Chinois » .
Ce fut le commencement d'une terrible guerre de vingt ans contre les Mongols; elle fut conduite surtout par le général Suta. 11 fut relativement facile de chasser les barbares de la Chine du Sud où ils n'avaient jamais été très nombreux et ne s'étaient imposés que par la terreur. Ils furent de bonne heure refoulés dans les provinces voisines de la Mongolie; mais il fut difficile de les en déloger. Il y eut de sanglantes batailles dans les montagnes du Chan-si, à l'ouest de Péking; Taï-Yuen fut prise après un vigoureux assaut; le général mongol Lissechi fut rejeté sur Péking : il y fut fait prisonnier, mais sa vie fut épargnée.
Les Mongols et leur empereur se concentrèrent pour une résistance suprême à Ninghia, la principale porte de la Grande Muraille, à l'entrée du désert, sur la boucle du Hoang- Ho, à l'extrémité septentrionale de la province frontière du Kansou. Les approches en furent longues et pénibles : Suta prit d'abord Lang-tchéou au sud-ouest, puis King-yang au sud, déblayant peu à peu tout le Kansou. Les Mongols réunirent tontes leurs forces, appelèrent à eux les tribus du désert, se groupèrent sous le commandement d'un général redouté, Koukou Timour. La bataille décisive s'engagea devant Ninghia; il y eut 80 000 morts de part et d'autre. Les Mongols furent dispersés; le fils du dernier empereur Chun-Ti, Maitilipala, fut pris, amené à Nanking, pourvu d'un titre de noblesse de troisième classe, et obligé de porter l'habit chinois. Ce fut la fin de la domination mongolique en Chine.
D'ailleurs la dynastie victorieuse, qui fut celle des Ming, ne dépassa pas la Grande Muraille, ne pénétra pas dans le désert de Mongolie, ne se soucia point d'en soumettre les tribus, ne fut que chinoise.
Elle eut encore à vaincre un royaume indépendant qui, pendant les lutles contre les Mongols, s'était formé dans le Szé-tchuen, il fut difficile d'enlever les gorges d'I-chang, par où le Yang-tsé-Kiang descend dans son bassin moyen, puis de pénétrer dans les hautes montagnes de ce pays qui est le plus abrupt de la Chine. Il fut soumis enfin; mais il y eut toujours dans ces régions des populations turbulentes, distinctes dans l'ensemble de l'empire chinois, en partie converties à l'Islam. Il y eut aussi quelques opérations dans le Yun-Nan, dans le Tonking, dans le Liao-Toung; puis, pour plus de deux siècles, la Chine entra dans la paix et dans une période de grande prospérité dont elle n'a pas perdu le souvenir.
La dynastie des Ming, c'est-à-dire de la Lumière, eut en effet tous les caractères et tous les mérites des plus illustres dynasties de la Chine ancienne. Ce fut une dynastie nationale, soucieuse, non pas de gloire, mais d'assurer le bonheur du peuple; elle ne fit pas beaucoup de bruit, elle fit beaucoup de
bien. Elle eut d'abord sa capitale à Nanking, puis à Péking, en laissant alors à Nanking une cour et le même nombre de tribunaux qu a Péking; il y eut en vérité deux capitales, celle du Nord et celle du Sud, et il y eut bien quelque rivalité entre elles. La Chine, finis les temps guerriers, fut ramenée au culte du labourage, et se remit à la charrue; le gouvernement impérial ordonna une enquête sur la nature et le produit des terres, ce que nous appellerions un cadastre, afin de proportionner le mieux possible les impôts aux ressources. Il restaura les antiques cérémonies du culte domestique et du culte impérial. Il travailla à l'éducation populaire; il organisa des bibliothèques publiques; il voulut, fidèle à son nom, que la Chine fût éclairée et heureuse. 11 rappela aux Chinois la mémoire de Tâge d'or dont parlent les livres sacrés.
Mais, dans le même temps, apparurent en Chine quelques graves nouveautés. Les Japonais, arrivés à une grande puissance avec le Shogounat, commencèrent à risquer quelques tentatives sur les côtes de la Chine et sur la Corée. Les Européens se présentèrent à l'embouchure du Si-Kiang; les Portugais s'établirent à Macao en 1517 et se mirent à faire du commerce dans la rivière de Canton. Japonais et Européens, aux portes de la Chine, achevaient de préparer les éléments de la question d'Extrême-Orient.
Il est possible sans doute maintenant, malgré la brièveté de cette étude préliminaire, de discerner les caractères essentiels de la Chine, le principal personnage de la question d'Extrême-Orient. Elle place toute perfection dans le passé, et c'est peut-être la différence la plus grande qui la sépare de l'Europe ; il est vrai que l'Europe aussi a longtemps mis l'âge d'or derrière elle. Quoi qu'il en soit, la Chine a connu, dans la légende et dans l'histoire, de longs siècles de bonheur et de paix dont elle garde le souvenir attendri et mélancolique; alors le peuple poussait la charrue dans la paix assurée, vivait heureux des produits d'une terre extraordinairement fertile, connaissait la vertu de modération, aimait ses empereurs qui n'avaient de souci que pour son bien-être; les
anciens livres ont enregistré les bienfaits de ces âges lointains; le confucianisme en est le commentaire perpétuel et 4es lettrés en cultivent la précieuse tradition. Est-il étonnant qu'on fasse encore passer aux futurs mandarins des examens compliqués, qu'on exige d'eux la connaissance précise des anciens textes, puisqu'ils sont le recueil des vertus politiques et qu'ils renferment le secret du bonheur de l'empire? Là est le principe de l'orgueil des mandarins, de leur mépris pour les nouveautés.
Car, après les exploits guerriers des Tsin et des Hans, la Chine ne fut pas plus heureuse, elle emprunta à l'étranger la doctrine boudhhiste, et cette nouveauté déjà fut une réelle faiblesse. Le mal était venu sur la Chine; l'âge d'or s'éloignait de plus en plus; le bouddhisme n'enseigna pas, comme Confucius autrefois, le retour aux vertus premières, mais la résignation aux misères des âges nouveaux. La Chine, par lui, acheva de perdre la force de réagir; elle se défendit mal contre les barbares, elle se soumit aux Mongols; elle fut malheureuse. Les Ming, ou la dynastie des Lumières, ont repris, un temps trop court, les enseignements d'un passé de plus en plus regretté par suite des malheurs accumulés; la Chine contemporaine n'a pas cessé de cultiver la mémoire du règne des Lumières^ qui avait été la dernière manifestation de ses vertus nationales : c'est un des signes caractéristiques de son état politique et social.