‹ La question d'Orient au XVIIIe siècle: le partage de la Pologne et le traitéChapitre 4 sur 55 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Dès qu'il y eut des Turcs en Europe, il y eut une question d'Orient, et dès que la Russie fut une puissance européenne, elle prétendit résoudre cette 'M

question à son profit. Pour devenir une puissance européenne, il lui fallut compter avec la Prusse; pour résoudre la question d'Orient, il lui fallut compter avec l'Autriche. C'est ainsi que la Prusse, qui n'avait point d'intérêt direct dans les affaires orientales, fut amenée à y jouer un rôle souvent prépondérant, et que, l'Autriche étant mêlée à s ^

toutes les grandes affaires de l'Europe, il n'y eut point d'affaire européenne qui n'exerçât une influence en Orient ou ne subît l'influence des complications orientales.

Les ambitions de la Prusse et de la Russie ne se contrariaient point : ces deux États s'allièrent, et, durant plus d'un siècle, ils demeurèrent presque constamment alliés. Il y avait antagonisme enlre l'Autriche et la Prusse en Allemagne, entre l'Autriche et la Russie en Orient. On vit tour à tour l'Autriche combattre les ambitions de ses deux rivales et y associer les siennes. De là, une alliance à peu près

ma n ente entre la Prusse et la Russie, des alliances Tmittentes, tantôt entre l'Autriche et la Russie, tôt entre les trois Etats. Je me propose de monici comment s est formée, en 1764, l'alliance de la sseetde la Russie, et comment l'Autriche, après être d'abord opposée, a été conduite à y accéder, .es circonstances dans lesquelles ces événements ont produits, les caractères des personnages qui it été le plus activement mêlés, sont assez singus pour attirer l'attention. Il m'a paru, d'autre t, qu'il n'était pas non plus sans utilité de dé- ? nettement quelles étaient, à la veille de la olution française, les mœurs politiques des trois rs qui eurent une part si considérable dans la :endue croisade que les monarchies entreprirent tre cette révolution. La Russie fut, des trois, la ; ardente à prêcher cette croisade; la Prusse, la ; pressée de l'entreprendre; l'Autriche, la plus iévérante à la soutenir. On a beaucoup dit, à anger et même en France, que la Révolution çaise et Napoléon I" avaient bouleversé le droit gens de l'ancien régime, et substitué a une e d'âge d'or de la diplomatie, où le droit régnait ■■ partage, un âge de fer, oh la force a primé les droits. Pour juger avec équité l'œuvre de évolution française et celle de Napoléon, pour récier dans quelle mesure ils ont détruit, innové, é ou exagéré, il est indispensable de savoir ment, à la fin de l'ancien régime, les gouveraets qui représentaient le plus complètement ce ré-

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gime en usaient entre eux, quelle était leur manière d'entendre le droit et de pratiquer la diplomatie, tant avec leurs compétiteurs qu'avec leurs alliés. Je crois que les événements exposés dans ce livre sont les plus propres à fixer les idées sur ce point.

Je me suis renfermé dans le cadre que j'avais choisi. Je n'ai pas étudié en détail la politique de la France dans la crise qui est l'objet de ce travail. Dans la première édition de ce volume, je renvoyais, pour cette partie, le lecteur aux Études diplomatiques du comte de Saint-Priest : tome I, le Partage de la Pologne. Peu de temps après, la seconde l partie du livre de M. le duc de Broglie, le Secret du Roi, a paru; cet ouvrage a jeté une éclatante lumière sur la politique de Louis XV dans la question d'Orient et dans le partage de la Pologne. J'y ai fait de nombreux renvois. La publication des Instructions, entreprise parla commission des Archives diplomatiques, m'a permis de compléter, sur. bien des points, mes indications. Je me suis efforcé, sans modifier les proportions de mon élude, de la mettre au courant des travaux qui ont paru depuis qu'elle a été publiée, c'est-à-dire depuis le mois de mai 1878.

Le lecteur verra que mon récit est à peu près entièrement composé avec les correspondances et les documents diplomatiques. Ces documents, les plus confidentiels et les plus surprenants peut-être qui aient été tirés des archives, ont été, dans ces dernières années, publiés tant à Vienne qu à Pétersbourg et à Berlin. On peut dire que nous avons sut

iv LA QUESTION D'ORIENT

le premier et principal épisode de la question d'Orient au dix-huitième siècle la version de l'Autriche, celle de la Prusse et celle de la Russie l .

1 Voici les titres des principaux ouvrages dans lesquels j'ai puisé mes documents. Ce sont :

Pour l'Autriche :

Ârneth : Geschichte Maria Theresias, t. VII et VIII. Vienne,

1877. — Maria Theresia und Joseph II. Vienne, 1867. Arneth et Geffroy : Correspondance entre Marie-Thérèse et le

comte de Mercy-Argenteau. Paris, 1874.

Béer : Die erste Theilung Polens. Vienne, 1873. — Die orien-

talische Politik OEsterreichs Zeit 1774. Vienne, 1883.

Pour la Prusse :

OEuvres de Frédéric le Grand. Berlin.

Dunckkr : Aus der Zeit Friedrich' s des Grossen. Leipzig, 1876. Ranke : Die deutschen Maechte und der Fùrstenbund. Leipzig,

Correspondance de Frédéric II et du comte de Solms, 1767-1772.

Pétersbourg, 1883.

André ChÉradame : L'Europe et la question d'Autriche, Paris,

Pour la Russie :

Publications de la Société d'histoire de Russie. Pétersbourg, 1875-

Martens : Traités de la Bussie. Pétersbourg, 1875-1888. IIerrmann : Geschichte des russischen Staates. Gotha, 1867. Rambaud : Histoire de la llussie. Paris, 1878.

Pour la Turquie :

Comte de Saiîît-Priest : Mémoires sur l'ambassade de France en

Turquie, Paris, 1877.

Zinkeisen : Geschichte des osmanischen Reiches. Gotha, 1863y Hammer : Histoire de l'Empire ottoman, traduite par Hellert.

Paris, 1839.

La Jorquière : Histoire de l'Empire ottoman. Paris, 1881.

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