L’ISLAM EN AFI{IQUE
parèrent leur vengeance. L’empire arabe se démembj'a avec une extrême rapidité. Il est probable notamment que les Espagnols, dont les défections furent si nombreuses, malgré le libre exeicice du christianisme, seraient devenus musulmans s’ils avaient été traités avec la même rigueur que le^ Saxons etles Wendes par leurs conquérants chrétiens L On en pourrait dire autant des peuples des Balkans. Les Capitulations du XVI® siècle, inspirées aussi par l’esprit de tolérance religieuse des Ottomans, n’ont-elles pas été le premier instrument de la pénétration chrétienne et, par suite, de la dissolution de leur empire?
Quelles qu’en soient les raisons, la décadence de la domination des Arabes suivit de près l’expansion de leur conquête. Les chrétiens d’Espagne sortirent de leur refuge des Asturies, continuèrent leur croisade pendant des siècles, rejetèrent l’Islam en Afrique. Et si, dans le temps même où ils achevaient la libération de leur territoire, les Turcs, par une sorte d’équilibre, prenaient pied ailleurs sur le sol européen, eux aussi y furent bientôt atteints des signes de la décadence et reculèrent devant les chrétiens. Par l’Inde, par le Turkestan, par les Balkans, ils furent de siècle en siècle serrés de près, menacés d’expulsion : les voilà enfermés dans Constantinople, comme les Maures jadis dans Grenade.
En Afrique, l’Islam ne se trouve pas davantage en sûreté. Les Français, le peuple des croisades, plantèrent les premiers la croix sur le sol de l’Afrique musulmane. Ils prirent Alger aux Turcs, et de là étendirent peu à peu leur puissance jusqu’aux montagnes, jusqu’au-delà des montagnes, aux confins du Sahara. Ailleurs "ils prirent pied à l’embouchure du Sénégal, à l’embouchure du Congo, prêts à s’enfoncer plus loin vers le Niger, vers le lac Tchad, enserrant par le nord et par le sud l’Islam africain entre les deux mâchoires d’un redoutable étau.
Du moins il formait encore une masse compacte et en apparence impénétrable du lac Tchad au plateau de l’Iran, de part et d’autre de la mer Rouge, sur toute l’étendue des déserts qui s’allongent par l’Arabie de l’Océan Atlantique au Pamir et à la mer d’Oman. Les Européens manifestaient bien d’inquiétantes ambitions vers le Nil, depuis Bonaparte; mais l’Egypte paraissait forte et régénérée dans l’Islam par la maison de Méhemet-Ali, et elle semblait capable d’échap-