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Le 3 février 1882, nouvelle manifestation des colonels. Le khédive fut obligé de donner la présidence du Conseil à Mahmoud-pacha, le ministère de la guerre au colonel Arabi : les « patriotes » étaient au pouvoir. Ils donnèrent aux colone’s de tous les régiments le droit de choisir leurs officiers, exigèrent l’augmentation de l’effectif de l’armée. La crise devenait plus grave que jamais. Gambetta, alors président du conseil et ministre des affaires étrangères, proposa au gouvernement anglais une intervention collective. Celui-ci s’y montra mal disposé : il lui répugnait d’agir quand la France y était elle-même résolue ; il préférait attendre une autre occasion plus favorable à ses propres intérêts. Gambetta fut renversé du pouvoir quelques jours après et remplacé par M. de Freycinet.
Cependant les événements se précipitaient en Égypte. Arabi-bey, devenu Arabi-pacha, était tout-puissant au Caire ; il ne cachait pas sa haine pour les Européens, excitait le fanatisme des Égyptiens par des proclamations incessantes, des commentaires publics sur le Coran. Il passait pour un savant : il leur disait la grandeur de leur pays, le centre du monde, restaurait la divinité du Nil, le premier, le seul fleuve de l’univers ; « car il ne se jette pas dans la Méditerranée, selon l’opinion accréditée ; il plonge par un tunnel sous cette mer et sous l’Atlantique et reparaît en Amérique sous le nom de Mississipi ». Les cheikhs l’aidaient dans cette propagande, dans cette éducation des fidèles musulmans ; le cheikh Ouleich le proclamait « le Sauveur de l’Islam ». — « Tu es marqué au front de la lettre G, s’écriaitil ; tu es le Mahdi annoncé. »
Au mois de mai 1882, tous les employés européens de l’administration égyptienne furent destitués : c’était la guerre déclarée à la France et à l’Angleterre.
Les deux flottes française et anglaise vinrent jeter l’ancre devant Alexandrie le 20 mai. Ce n’est pas que M. de Freycinet fût bien résolu à une intervention militaire. Il proposa, pour gagner du temps, la réunion d'une conférence à Constantinople et chercha à obtenir une entente de toutes les puissances européennes. La conférence délibéra longuement, et ses délibérations ne servirent à rien.
En attendant, la France et l’Angleterre adressèrent au Khédive la note du 25 mai. Elle demandait l’éloignement temporaire d’ Arabi-pacha, l’envoi dansl’intérieur de l’Égypte des deux autres colonels les plus compromis, Ali pacha
3i6 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
Fehmi et Abd-el-al-pacha, la démission du ministère Mahmoud-pacha. Le ministère égyptien se retira le 26 mai. La population se souleva ; les Européens furent partout molestés, fermèrent leurs maisons ; le khédive fut menacé. Il rappela au pouvoir Arabi-pacha.
Ce triomphe fut le signal d’une formidable explosion du fanatisme musulman. Le 11 juin, une collision entre Arabes et Européens dans un quartier d’Alexandrie amène une lutte générale ; les Arabes se jettent sur les Européen^, les assomment ou les poignardent en grand nombre, pillent leurs maisons : beaucoup se réfugient sur les vaisseaux anglais et français. Arabi-pacha commença à élever autour d’Alexandrie des retranchements pour la lutte inévitable.
Le 5 juillet, le ministère anglais prévint le gouvernement français que l’amiral sir Beauchamp Seymour était autorisé à adresser aux Égyptiens un ultimatum, en vue d’arrêter leurs travaux de défense, et, au cas où cet ultimatum resterait sans effet, à ouvrir le feu contre leurs ouvrages. Il demanda si l’amiral français Conrad recevrait des instructions semblables.
Le conseil dés ministres français fut d’avis que la France ne pouvait pas s’associer à l’ultimatum de l’Angleterre. L’amiral Conrad reçut l’ordre de ne pas agir.
Le 10 juillet, l’ultimatum anglais fut remis au' gouvernement égyptien. Il resta sans réponse. Le 11, le bombardement d’Alexandrie commença à sept heures du matin ; les feux des forts égyptiens furent vite éteints; à 4 heures et demie, deux cuirassés anglais entrèrent dans l’avant-port ; l’armée d’Arabi se retira hors de la ville, pendant qu’une bande de Bédouins en pillait et brûlait les principaux quartiers.
Les Égyptiens se retranchèrent en arrière d’Alexandrie, à l’abri des retranchements de Kafr-Douar. Arabi y entretenait le courage de ses soldats par les forfanteries qui lui étaient habituelles ; il transformait l’affaire d’Alexandrie en une brillante victoire sur les Anglais : l’amiral Seymour avait été pris ; on le traînait de village en village; chaque boulet égyptien avait coulé un cuirassé ennemi ; le seul qui n’avait pas porté était tombé dans l’île de Chypre, et y avait décimé la garnison anglaise.
Les lignes de Kafr-Douar étaient vraiment assez fortes pour arrêter les Anglais, s’ils voulaient suivre la route de l’armée de Bonaparte en 1798. Sir Garnet Wolseley, nommé