‹ La question d'Orient depuis ses origines jusqu'à nos joursChapitre 148 sur 173 · POSITION AGTU .LLE DE LA QUESTION D’ORIENT · texte numérisé non relu

POSITION AGTU .LLE DE LA QUESTION D’ORIENT

cette vigoureuse poussée germanique vers le sud-est. L’Autriche affirma la volonté de joindre le chemin de fer de Bosnie à Salonique, pour s’assurer une nouvelle voie de pénétration sur la Macédoine et la Méditerranée. Elle annonça l’annexion définitive de la Bosnie et de l’Herzégovine, en rendant au gouvernement turc le sandjak de Novi-Bazar (septembre 1908). Le nombre des Slaves de l’Autriche-Hongrie s’en trouve considérablement augmenté, et ce sera peut-être un progrès décisif vers la transformation de l’Autriche-Hongrie en une « Slavie », qui ne sera sans doute pas toujours docile à l’influence allemande. En attendant, les Slaves de la Serbie, du Monténégro, de la Bohême, de la Russie elle-même, voient dans ces événements une atteinte à leurs droits nationaux et y retrempent leur vieille haine pour les Allemands.

Il y a plus* de dix siècles que les Germains et les Slaves se disputent l'Europe Centrale. Au commencement du moyen âge, lors des grandes invasions, les Germains s'étaient portés vers l’Ouest, sur l’empire romain, et les Slaves les avaient suivis, dans ce mouvement, à travers la plaine germanique et le long du Danube. Même dans les temps modernes, les Germains, sous le gouvernement des Habsbourg, restèrent longtemps les maîtres de l’Espagne et de l’Italie. La France de Louis XIV et des Napoléons les chassa d’Espagne et d’Italie, refit ainsi l’indépendance des Latins, rejeta les Germains vers l’Est sur les Slaves.

Leur champ de bataille, qui fut jadis sur l’Oder et la Vistule, est aujourd’hui dans les Balkans. Les peuples slaves sentent derrière eux les sympathies et l’appui de la Russie. Or la Russie s’accorde avec la France et avec l’Angleterre, et l’Italie n’est pas éloignée de comprendre qu’elle a des intérêts analogues. Ainsi autour des Allemands, dans la région du Danube inférieur, se dessine un « encerclement » dont le sens historique est singulièrement fort et impressionnant. Briseront-ils ce cei-cle formidable? Rejetteront-ils de leur chemin tout à la fois les Slaves, et les Latins, et les Anglo-Saxons? Cette lutte pour la vie leur demandera de rudes efforts, dangereux à la conservation de la paix. Et voici donc que la péninsule des Balkans n’est plus seulement le lieu de la question d’Orient, mais celui de l’universel conflit des nations européennes, insoucieuses de la joie qu’en éprouvent leurs rivaux de l’Amérique et de l’Extrême-Orient.

CONCLUSION

La récente révolution turque aura-t-elle la même importance historique? Demeurera-t-elle aussi comme l’un des caractères propres de la question d’Orient dans le temps présent? 11 est difficile d’en juger déjà. Et d’abord durerat-elle? La politique de la réforme libérale, qu'on appelait autrefois le Tanzimat, a échoué, il y a une trentaine d’années, après des efforts pourtant longs et sincères. Elle a des ennemis acharnés et sans scrupules. Les circonstances ne sont pas favorables aux révolutionnaires : la proclamation de l’indépendance de la Bulgarie, celle de l’annexion de la Bosnie et de l’Herzégovine à l’Autriche, ont été des conséquences de la Révolution turque •: le prince de Bulgarie, l’empereur d’Autriche ont voulu éviter que la Roumélie orientale, la Bosnie, l’Herzégovine, provinces légalement turques de par le traité de Berlin, ne fussent appelées à envoj^er des députés au nouveau parlement ottoman. Mais, à Constantinople, les ennemis des Jeunes-Turcs en profitent pour les accuser de ce nouveau démembrement de l’Empire. 11 est possible que le fanatisme d’autrefois ne soit pas fout à fait mort.

Si la Révolution l’emporte, comme elle le mérite jusqu’ici par sa sagesse et la largeur de ses idées, elle peut être le signal d’une renaissance de l’Islam. Mais comment entendre ces termes? La Révolution de juillet 1908 a consisté essentiellement dans l’adoptiofi des mœurs occidentales, dans l’institution des libertés politiques, de la tolérance religieuse, de l’égalité de toutes les races de l’Empire. N’est-ce pas là tout le contraire des caractères distinctifs de l’Islam? Et n’est-ce pas pour cela que ses adversaires restent si forts, capables de soulever contre elle quelque formidable explosion de fanatisme?

En vérité l’Islam turc, qui fut le plus souvent, comme nous l’avons vu, une doctrine de violence et de barbarie, paraît de toute manière voué à la mort, soit qu’il succombe à la reconquête chrétienne, soit qu’il s’absorbe de luimême enfin dans la civilisation européenne. Ce serait la fin de sa mission historique, qui fut la guerre sainte contre les Infidèles ; ce serait la fin d’une histoire de plus de dix siècles. Ce ne serait pas la fin de la Question d’ürient.

TABLE DES MATIERES

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Préface de M. Gabriel Monod . i

INTRODUCTION. — DéAnition de la Question d'Ojiient. . • 1

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