‹ La question d'Orient depuis ses origines jusqu'à nos joursChapitre 3 sur 173 · PRÉFACE PAR G. MONOD · texte numérisé non relu

PRÉFACE PAR G. MONOD

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maîtresse de cours de l’Amour, à dominer en Mandchourie, en Corée et dans le golfe de Petchili. La guerre du Japon et de la Chine, en révélant la faiblesse du colosse chinois et la force maritime et militaire jusque-là inaperçue du Japon, cette Angleterre du Pacifique, a introduit un élément tout nouveau dans le problème chinois. La France, la Russie et' l’Allemagne ont oublié les questions qiÿ les divisent en Europe pour arracher au Japon les fruits de la victoire, afin d’empêcher un démembrement prématuré de la Chine qui aurait surtout profité à l’Angleterre et au Japon coalisés. Ce démembrement n’était du reste que retardé. La hardie initiative prise en Chine par l’empereur Guillaume II, toujours fécond en surprises, a eu pour résultat délivrer toute la côte orientale de la Chine aux convoitises européennes ; la France étend la main vers le Yunnan, le Kouang-Si et le cours du Si-Kiang, l’Angleterre vers le bassin du Yang-Tsé- Kiang, l’Allemagne au sud et la Russie au nord du golfe de Petchili, tandis que le Japon prétend à une sorte de protectorat sur là Corée. L’Angleterre n’a pas vu sans dépit ce partage d’influences dans un pays qu'elle regardait comme une province de son empire commercial, et ce dépit a pris parfois dans la bouche de ses ministres des formes menaçantes.

Le danger africain se manifeste de trois côtés à la fois : à l’est où l’Angleterre voudrait établir une ligne de communication ininterrompue du Cap à Alexandrie et où la France et l’Abyssinie menacent de couper cette ligne sur le Rahr-el- Ghazal et le Baùr-el-Abiad ou Nil moyen; à l’ouest où la question de V Hinterland du Dahomey et du Congo a déjà risqué de mettre la France et l’Angleterre aux prises sur les bords du Niger et sur ceux du lac Tchad ; au nord où la question d’Égypte entretient entre la France et l'Angleterre des froissements perpétuels, qui se compliquent d’une lutte d’influence de la France et de l’Italie en Abyssinie.

La question d’Égypte et les questions africaines en général ont des liens étroits avec le quatrième danger qui menace la paix européenne, le danger musulman, ou en d’autres termes, avec la question d’Orient. La poussée des Anglais du sud au nord, du Cap aux grands lacs équatoriaux à tra-

iA QUESTION D'ORIENT.

vers le Transvaal, et du nord au sud, de l’Égypte aux sources du Nil, tire sa principale gravité de la question d’Égypte. La rivalité des Français et des Anglais autour du lac Tchad et sur le cours moyen du Niger est en relations étroites avec la pénétration commerciale du Sahara par les routes de la Tripolitaine, de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc. Or toute l’Afrique septentrionale est rattachée au point de vue religieux à l’Islam ; elle a son centre religiexix à la Mecque, et elle n’a pas entièrement rompu les liens politiques qui l’ont unie à Constantinople. Toute agitation dans l’empire ottoman y a son contre-coup.

Pendant longtemps on a restreint le nom de Question d* Orient aux relations de l’empire ottoman avec les états chrétiens d’Europe. 11 ne pouvait en être autrement alors que les seuls problèmes qui se posaient aux hommes d’État étaient l’indépendance des pays danubiens ou de la Grèce, la lutte entre la Russie et la Turquie pour la domination dans la mer Noire, l’autonomie de l’Égypte, l’organisation intérieure et la réforme administrative de l’empire ottoman sous l’influence de l’Europe, les relations diplomatiques des puissances chrétiennes avec le sultan. M. Driault, dans l’ouvrage qu’il nous donne aujourd’hui sur la Question d’Orientj a senti qu’il fallait donner à cette expression une signification beaucoup plus large et que, pour bien poser les problèmes mêmes que nous venons d’énumérer, il faut les envisager dans leur rapport avec l’histoire de l’Islamisme tout entier. Tous les problèmes politiques (et l’on pourrait ajouter aussi sociaux) du temps présent se présentent à nous non plus comme des questions européennes, mais comme des questions mondiales, où Pékin, le Cap et New- York sont impliqués aussi bien que Paris, Londres ou Berlin. Nous sommes forcément amenés à les envisager dans leurs rapports avec l’évolution de l’histoire universelle.

M. Driault aura été le premier à composer un exposé clair et concis de la question d’Orient prise ainsi dans son sens le plus large, c’est-à-dire comme l’histoire des relations de l’Islamisme avec le monde chrétien. L’Islamisme, du viPau XVII® siècle, pendant une période de mille ans, a étendu sur toute l’Asie occidentale et méridionale, sur l’Afrique sep-

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