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Sorel, Bonaparte et Hoche en 1797, p

LES APPROCHES

membrement de la République de Venise. L’empereur eut Venise, l’istrie et la Dalmatie. La France eut les îles Ioniennes et les établissements vénitiens d’Albanie : Butrinto, Parga, Arta, Prevesa; elle devenait, au flanc de l’empire ottoman, l’héritière de Venise. Le sultan était en droit de s’émouvoir.

Avant même la signature du traité, Bonaparte avait chargé le général Gentil! d’occuper ces îles, et de « faire l’impossible pour en captiver les peuples ». — « Vous ne manquerez pas, dans vos diverses proclamations, de parler de la Grèce, d’Athènes et de Sparte. » Le général Gentil! fut en effet merveilleusement accueilli par les habitants de ces îles ; à Corfou, l’un des principaux du pays se présenta à lui, un livre à la main: « Français, dit-il, vous allez trouver ici un peuple ignorant dans les sciences et dans les arts, mais il peut devenir encore ce qu’il a été ; apprenez, en lisant ce livre, à l’estimer ». C’était l’Odyssée. Et Bonaparte, écrivant cela au Directoire, ajoutait, grâce à un vague souvenir de ses études classiques: « L’île de Corcyre était, selon Homère, la patrie de la princesse Nausicaa... Le drapeau tricolore va être planté sur les débris du palais d’Ulysse. » La question de la régénération de la Grèce était ouverte.

Bonaparte porta bientôt ses vues plus loin, au delà de la Méditerranée. Il importe peu que le Directoire ait songé, en ordonnant l’expédition d’Ègypte, à se débarrasser de Bonaparte, ou même que Bonaparte ait songé uniquement à sa propre gloire. La France avait assez d’intérêts de premier ordre dans cette expédition pour qu’il convienne d’admettre que le Directoire et Bonaparte en ont tenu compte dans leurs desseins. Sans remonter jusqu’aux croisades, ni même jusqu’à Louis XIV, auquel Leibniz proposa de détourner vers le Xil les forces qu’il dressait contre la Hollande, la question d’Égypte était familière à beaucoup de Français de la fin du xviii® siècle. Choiseul, assure-t-on, pensa y trouver la compensation de la perte de l’Inde française; Volney, l’auteur des Ruines, écrivait en 1788: « Par l’Égypte, nous toucherons à l’Inde ; nous rétablirons l’ancienne circulation par Suez, et nous ferons déserter la route du Cap de Bonne- Espérance. »

Au xv® siècle, les Portugais avaient fait le tour de l’Afrique pour aller dans l’Inde, parce que les Turcs barraient la route ancienne de l’Asie antérieure ; puisque dé-

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sormais la décadence des Turcs était irrémédiable, il était naturel que la circulation se rétablit par le Levant. 11 s’agissait donc en tout cela des plus graves intérêts, non pas seulement de donner à la France une part de l’empire ottoman et de maintenir l’équilibre que la décadence de cet empire pouvait compromettre, mais encore de lui garantir la domination de la Méditerranée au moment où cette mer redevenait le centre de l’ancien monde.

Le 23 Germinal an VI (12 avril 1798), un arrêté du Directoire chargea Bonaparte, nommé général en chef de l’armée d’Orient, de prendre l’Égypte ; il devait aussi faire couper l’isthme de Suez et « assurer la libre et exclusive possession de la mer Rouge à la République française ». Il devait enfin maintenir, autant que possible, une bonne intelligence avec le Grand Seigneur et ses sujets immédiats.

Les agents diplomatiques de la France à Constantinople furent en effet chargés de témoigner au sultan les bons sentiments du Directoire : on ne prétendait pas lui prendre une de ses plus riches provinces; on voulait seulement châtier la milice des Mameluks, qui était à son égard très indocile. Malheureusement le général Aubert-Dubayet venait de mourir, et toute son influence, toute son éloquence n’auraient pas été superflues pour convaincre le sultan que l’expédition d’Égypte était une marque de l’amitié que le gouvernement de la République française ne cessait d’éprouver pour lui. Le sultan eutle'mauvais esprit de s’en formaliser, à l'instigation des Anglais, qui ne perdirent pas cette occasion de nous nuire et de se défendre.

L’expédition d’Égypte fut le premier fait important de la nouvelle et terrible lutte qui s’engageait entre la France et l’Angleterre.

L’armée française partit de Toulon le 19 mai. Bonaparte l’avait appelée, dans une proclamation à ses soldats, « l’une des ailes de l’armée d’Angleterre ». L’amiral anglais Nelson crut qu’elle allait passer par le détroit de Gibraltar et se disposa à l’en empêcher. Cependant la flotte française vogua vers l’est, toucha Malte. L’île fut enlevée aux chevaliers de Saint-Jean presque sans lutte, le 10 juin, et Vaubois y fut laissé avec une petite garnison. Bonaparte débarqua à Alexandrie le D’’ juillet; la ville lui fut abandonnée. 11 marcha aussitôt sur le Caire; ses soldats endurèrent de terribles souffrances dans la traversée du désert de Damanhour, et faillirent se laisser démoraliser: quel-

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ques-uns se suicidèrent sous les yeux du général en chef en lui reprochant leur mort. Les Mameluks tentèrent d’arrêter cette marche. Leur cavalerie fut repoussée aux combats de Ramanieh, de Chébréiss, - et, le 21 juillet, au pied des PjTamides, les Français remportèrent une victoire décisive : tous les assauts des Mameluks se brisèrent contre les carrés de l’infanterie française, et quelques volées de boulets de canons, une fusillade bien nourrie, les décimèrent. Leurs principaux chefs s’enfuirent, Mourad-bey dans la Haute-Égypte, Ibrahim-bey en Syrie. Bonaparte entra au Caire; ses soldats oublièrent leurs misères.

Cependant Nelson, resté trop longtemps à Gibraltar, s’était mis à la poursuite des Français ; il les chercha en Sicile, en Morée, en Crète ; il jura de les trouver, « pourvu, disait-il, qu’ils fussent au-dessus de l’eau ». Il trouva les vaisseaux de l’amiral Bruëys en rade d’Aboukir ; il les surprit dans une position désavantageuse, les attaqua le août, en brûla la plus grande partie. Bruëys et Dupetit- Thouars furent tués à leur bord. Villeneuve s’échappa avec deux frégates. Cette bataille, que les Anglais ap^lèrent « la victoire du Nil », eut un grand retentissement; Nelson fut fait baron du Nil. Les Français étaient enfermés en Égypte; l’Angleterre semblait tenir à sa merci l’une des meilleures armées du Directoire. Il n’était pas possible que Bonaparte privé de sa flotte fît rien d’important en Orient.

11 se décida à organiser sa conquête. Desaix, lancé à la poursuite de Mourad-bey, le battit à Sediman et occupa toute la Haute-Égypte ; il s’y fit aimer des indigènes. Bonaparte réprima une insurrection du Caire et y établit solidement son autorité. H s’efforça aussi de gagner l’amitié des Musulmans en affichant le plus grand respect pour leurs croyances; dans ses manifestes, il affecta de fondre, en une harmonie bizarre, les versets du Coran et les articles de la Déclaration des droits ; à la fête du Nil, on le vit, en costume oriental, se rendre à la mosquée principale et réciter avec les cheikhs les litanies musulmanes. Les Égyptiens l’appelèrent Ali-Bounaberdi et furent tout prêts à le reconnaître pour leur pacha, leur sultan.

Mieux que cela, il créa, avec les nombreux savants qu’il avait amenés de France, V Institut du Caire. Monge, Berthollet, Fourrier, Geoffroy -Saint -Hilaire, Conté, travaillèrent à la régénération de l’Ég3^pte. Ils commencèrent

LE GRAND DESSEIN DE NAPOLÉON, l'ctude de ses anciens monuments. Un officier français dé-

couvrit l’inscription trilingue de Rosette, où Champollion retrouva en I8’i2 le secret des hiéroglyphes. Conté en particulier ouvrit des manufactures, entreprit d'enseigner aux habitants de la vallée du INil de meilleures méthodes de culture, se multiplia pour rendre à ce pays la prospérité qu’il avait perdue depuis l’occupation turque. Ce fut une admirable Renaissance, qui ne tarda pas à porter ses fruits. Grâce à l’Institut du Caire, l’Égypte ancienne et moderne resta le domaine des savants français. Des études furent

faites sur le canal de Néchao, sur le percement de l’isthme de Suez.

Bonaparte pourtant ne consentait pas à n’être que pacha d’Égypte. Ibrahim-bey s’était réfugié en Syrie. Le sultan, ayant déclaré officiellement la guerre à la République française, avait chargé le pacha de Damas d’attaquer les Français en Égypte, pendant qu’une flotte anglo-turque, sous Mustapha-Pacha, tenterait un débarquement vers Alexandrie. Bonaparte, qui préférait l’offensive à la défensive, quitta l’Égypte au printemps de 1799, franchit l'isthme de Suez, prit El-Arisch, Gaza, Jaffa, assiégea Saint- Jean d’Acre. Y laissant quelques troupes, il battit le pacha de Damas à Tibériade, au mont Thabor, revint devant Saint- Jean d’Acre. Les canons qui lui arrivaient d’Alexandrie par mer pour la continuation du siège furent pris par les Anglais, servirent à la défense de la place. Djezzar-pacha, assisté de S3^dney Smith, résista d’ailleurs très vigoureusement. Dépourvu de moj^ens suffisants, Bonaparte se résigna à lever le siège. Cet échec lui fermait la route d’Asie Mineure et de Constantinople, par où il avait peutêtre rêvé de rentrer en Europe et de prendre à revers la seconde coalition qui venait de se former contre la France.

Il retourna en Égypte pour s’opposer au débarquement des troupes turques qu’amenait la flotte anglaise. Le 25 juillet, presque un an après la bataille du Nil, il remporta à Aboukir sur Mustapha-Pacha une grande victoire et rejeta les ennemis à la mer. Vainqueur, mais toujours enfermé dans une conquête où il s’impatientait de ne pouvoir plus agir, il résolut de quitter l’Égypte et d’aller reprendre sa place en Occident: il avait désormais plus de profit à espérer de la guerre européenne et du discrédit où était tombé le Directoire. Il partit secrètement d’Alexandrie le

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22 août, laissant à Kléber le commandement de ses troupes, échappa aux croisières anglaises et débarqua à Fréjus, le 9 octobre. Le mois suivant, le 19 brumaire, il renversa le Directoire et devint premier Consul.

Il se hâta d’en finir avec l’Autriche pour pouvoir reprendre la lutte contre l'Angleterre, qui refusait de traiter. La campagne de 1800 fut très glorieuse en Italie et en Allemagne. L’empereur, vaincu à Marengo et Hohenlinden, signa la paix de Lunéville, le 9 février 1801, sur les bases du traité de Campo-Formio : il garda la Vénétie, l’Istrie et la Dalmatie, mais dut reconnaître l’existence des Républiques Cisalpine, Batave, Helvétique et Ligurienne, c’est-à-dire la suprématie de la France en Italie et aux Pays-Bas.

Cependant les Anglais serraient de près les Français restés en Égypte. Kléber, menacé par des forces supérieures, venues d’Angleterre, de Constantinople, et même par une armée de 10.000 cipayes de l’Inde dont l’arrivée fit sensation, désireux d’aller se battre en Europe, signa avec Sydney Smith la convention d’El-Ariscli (24 janvier 1800), par laquelle il abandonnait l’Égypte à condition que ses troupes seraient transportées en France. L’amiral Keith exigea ensuite qu’il se rendît sans conditions : « On ne répond à de telles insolences que par des victoires, » dit Kléber à ses soldats. Il remporta sur les Anglais la victoire d’Héliopolis, le 20 mars, et demeura le maître incontesté de l’Égypte. Il résolut alors de rester dans la vallée du Ail et d’y fonder de façon durable l’empire de la France. Il se réconcilia avec Mourad-bey, qui fut dès lors pour lui un ami loyal, donna à tout le pays une administration très sage et lui assura ainsi quelque temps d’une paix et d’une prospérité très brillante. Un fanatique le tua au Caire d’un coup de poignard, le 14 juin 1800, et anéantit dans leur germe les belles promesses de ce gouvernement.

Le général Menou, qui lui succéda, était bien incapable de continuer son œuvre. Les Anglais ne tardèrent pas d’ailleurs à le bloquer. Ils s’emparèrent enfin le 25 septembre 1800 de l’île de Malte, qu’ils assiégeaient depuis vingt-six mois, depuis les premiers temps de son occupation par les troupes de Bonaparte; et, maîtres dès lors de la Méditerranée, ils exercèrent sur tous, mêmesurles neutres, une tyrannie qui leur suscita des ennemis redoutables.

C’est en effet dans l’hiver de 1800 à 1801 que Bonaparte noua une étroite alliance avec le tsar Paul qui, mécon-

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tent de sa participation à la seconde coalition, nourrissait à l’endroit du premier Consul une vive admiration. Les deux amis formèrent alors contre l’Angleterre le premier de ces grands projets dont la réalisation n’a jamais pu cire poursuivie, mais qui sont comme une éclatante lumière jetée sur l’avenir.

Ils se rendaient compte que l’Angleterre était vulnérable dans l’Inde, où sa domination était à peine assise. Ils y voulaient conduire une expédition qui soulèverait au passage tous les peuples de l’Iran et du Turkestan, et les jetterait dans la vallée de l’Indus en une masse aussi irrésistible que jadis celle des conquérants mongols. L’amiral Knorring, à la tête des Cosaques du Don et de 10.000 réguliers, partirait d’Orenbourg et passerait par le Turkestan, Khiva, Boukhara, dans la direction du Haut-Indus. 35.000 Français, sous le commandement de Masséna, descendraient la vallée du Danube jusqu’à la mer Noire, débarqueraient à Taganrog, gagneraient de là la mer Caspienne avec 35.000 Russes, atteindraient la Perse, puis Hérat, Kandahar et rejoindraient Knorring à l’entrée de l’Inde. Ils emmèneraient avec eux un grand nombre de savants, destinés à former une sorte (ï 1 ustitut de l’Inde, et à renouveler, en retrouvant ses origines, la vieille civilisation hindoue. L’expédition fut réglée dans ses moindres détails ; le tsar comptait vingt jours pour la descente du Danube, cinquantecinq ensuite pour arriver en Perse, puis quarante-cinq pour gagner l’Indus : en tout, quatre mois environ. Les Franco- Russes devaient entreprendre la conquête de l’Inde vers la fin de juin 1801. Déjà l’amiral Knorring avait appelé sous son commandement de nombreuses tribus de Cosaques, et il avait franchi la Volga, lorsque l’assassinat de Paul P% le 24 mars 1801, arrêta tout.

Bonaparte ne put, par cette gigantesque diversion, sauver l’Égypte. Les Anglais y avaient débarqué 20.000 hommes. Menou fut battu à Canope, le 21 mars. Le général Belliard capitula au Caire le 25 juin, et Menou lui-même à Alexandrie, le 2 septembre. Les dernières troupes françaises furent rapatriées.

Pitt avait été renversé du ministère. Son successeur Addington se montra mieux disposé à la paix, que l’Angleterre, victorieuse sur mer, pouvait signer à d’honorables conditions. Elle fut conclue à Amiens, le 27 mars 1802. L’Égypte fut rendue au Sultan ; les Anglais s’engagèrent à

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restituer Malte aux clicvalieis de Saint-Jean. La France s’engagea à évacuer les ports qu’elle occupait dans le royaume de Naples; elle renonçait aux lies Ioniennes qui devaient former la République des Sept-lles, sous le pro- .tectorat de la Porte et de la Russie. Les grands projets de Bonaparte sur la Méditerranée étaient renversés : l’Orient lui échappait. Mais il n’avait pas dit à cet égard son dernier mot.

Tout en détournant avec grand succès, et aussi avec le concours des circonstances, les entreprises dirigées contre eux, l’expédition d’Égypte ou le plan franco-russe d’une part, et bientôt d’autre part la menace du camp de Boulogne, les Anglais fortifiaient avec une énergie infatigable leur établissement dans l’Inde, et y accomplissaient des conquêtes aussi considérables et plus durables que les plus étonnantes de l’épopée napoléonienne.

Warren Hastings, jusqu’à sa retraite en 1785, avait achevé la soumission du Carnatic et de la côte des Circars récemment enlevés à la France ; il avait étendu le Bengale jusqu’à Bénarès. De ces deux points de départ, ses successeurs continuèrent la conquête du Dekkan et celle du bassin du Gange. Des deux côtés, ils ne rencontrèrent pas seulement les petits souverains indigènes, mais auprès d’eux un grand nombre d’officiers et d’aventuriers français, héritiers de la pensée de Dupleix et de Bussy. Le plus illustre fut le Savoisien Benoît de Boigne, ce « magicien qui faisait des canons avec des pierres, du riz avec du sable, des héros avec des Hindous, » et qui fut, entre 1785 et 1794, le principal instrument de la puissance du Sindhia des Mahrattes, souverain des pays du Gange supérieur et de la Djemma, protecteur du Grand Mongol de Delhi. A ce point de vue, les guerres des Anglais dans l’Inde sont comme un épisode de leur grande lutte contre la France.

Lors de la guerre de l’indépendance américaine, le bailli de Suffren avait trouvé un allié dévoué dans le souverain du Mysore, l’usurpateur Haïder-Ali: la conclusion hâtive dü traité de Versailles avait empêché que cette alliance portât tous ses fruits. Haïder-Ali n’en était pas moins un dangereux voisin pour les Anglais. Après lui, son fils Tippoo-Sahib leur voua la même haine et attira sur le Mysore les armes de Lord Cornwallis, le successeur deWarren Hastings. Dans une première guerre, de 1790 à 1792, les Anglais lui prkent Bengalore, le vainauirent à Arikéra

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et renfermèrent dans sa principale forteresse Séringapatam.

Il y capitula. Lord Cornwallis lui laissa ses États, de peur, en raffaiblissant trop, de rompre l’équilibre du Dekkan en faveur des Mahrattes, très redoutables aussi au centre du plateau.

Lorsque la Révolution triompha en France, son écho se fit entendre jusque dans le Mysore. De nombreux Français f y vinrent; un certain Ripaud y fonda un club jacobin et Fon y jura « haine à tous les rois, excepté au citoyen sultan Tippoo-Sahib ». Cependant, dès 1793, le gouverneur anglais: John Shore occupa les cinq villes françaises de l’Inde et bientôt aussi File de Ceylan où les Hollandais ne pouvaient pas résister. Au mois de janvier 1799, Bonaparte, qui pensait bien ne pas rester enfermé en Égypte, se mettait en rapports avec Tippoo-Sahib et lui écrivait : « Vous avez déjà été instruit de mon arrivée sur les bords de la mer Rouge avec une armée innombrable et invincible, remplie du désir de vous délivrer du joug de fer de l’Angleterre. » Il cherchait à s’entendre avec lui pour une action commune.

Les Anglais redoutaient ce danger. Le nouveau gouverneur, Richard Wellesley, y trouva une raison de recommencer la guerre contre Tippoo-Sahib. Il commença par s’emparer des ports de la côte de Malabar, par où le sultan du Mysore pouvait correspondre avec la haute mer, Mangalore, Cannanore, Tellitchéry, Calicut. Entourant ainsi Tippoo-Sahib par l’ouest comme par Fest, il envoya contre lui son frère Arthur Wellesley. Celui-ci fut vainqueur à Malvelly, le 25 mars 1799. Il enferma de nouveau le sultan dans Séringapatam; après quelques jours de siège, il donna l’assaut à la citadelle ; Tippoo se défendit vaillamment sur la brèche et s’y fit tuer (avril 1799). Arthur Wellesley resta quelque temps gouverneur de la ville. Le Mysore fut démembré entre les Anglais, les Mahrattes et le nizam d’Haïderabad.

Le marquis de Wellesley, de 1798 à 1805, fut Fun des plus conquérants parmi les grands gouverneurs anglais de l’Inde. Tout en surveillant les approches de son domaine administratif, envoyant des cipayes en Égypte, signant avec le shdh de Perse le traité de Téhéran, il s’occupait surtout d’agrandir toujours le territoire de la Compagnie. Il fut l’inventeur du système de la « force subsidiaire : » il obligeait les petits souverains du pays à recevoir chez eux des troupes anglaises, sous prétexte de les protéger, et, c..

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c change de ce service, il leur faisait payer des subsides en argent ; selon les besoins, il augmentait la force de la garnison et en même temps recevait une plus forte indemnité pécuniaire. Plus habile que Dupleix, il faisait à la fois les affaires de l’Angleterre et des actionnaires de la Compagnie.

Ainsi le Nizam perdit en 1800 les territoires que l’année précédente il avait obtenus du partage du Mysore ; dans ceux qu’il garda, il reçut une « force subsidiaire ». Le royaume de l’Aoude fut démembré: il perdit, par le traité de Luknow (1801), Gorakhpour à l’est, Allahabad au sud, au confluent du Gange et de la D.jemma, Faroukhabad, Shahdjahanpour, Bareilly et le Rohilkhand à l’ouest. Il se trouva ainsi complètement entouré par les possessions anglaises et acculé à l'Himalaya. Les Anglais pouvaient attendre : sa soumission n’était plus qu’une affaire de temps.

Mais l’empire anglais se trouvait toujours partagé en trois tronçons: le Bengale, Bombay et la côte de Coromandel. Le centre du triangle formé par ces trois points était occ^/; par les États des Mahrattes. Quoique divisés entre plusieurs souverains, ils étaient redoutables. Les Mahrattes avaient avec eux un grand nombre de Français, habiles organisateurs d’armées, vaillants soldats sur les champs de bataille. Ils avaient été les principaux représentants de la réaction hindoue contre la domination musulmane et contre les envahisseurs afghans et persans ; ils y avaient subi des échecs; mais il n’était pas assuré qu’ils ne tenteraient pas encore de refaire l’unité de l’Inde à leur profit. Les Anglais n’étaient pas disposés à leur en laisser le loisir.

Wellesley, sous divers prétextes ou même sans prétexte, leur fit une guerre continuelle et les décima peu à peu. En 1802, le Pesbva de Pouna, voisin de Bombay, accepta le protectorat anglais sur toutes ses terres, étendues le long de la mer d’Oman, de Surate à Goa. Le nabab de Surate fut détrôné. Maîtres déjà de la côte de Malabar, les Anglais tenaient ainsi tous les rivages occidentaux du Dekkan.

De 1802 à 1805 fut conduite la première grande guerre mahratte. Arthur Wellesley, parti de Bombay, parcourut tout le pays jusqu’à la Djemma, renversant devant lui tous les obstacles. Le général Lake, parti d’Allahabad, occupa Agra; le 11 septembre 1802, il livra bataille, sous les murs de Delhi, aux Mahrattes assistés de plusieurs corps de troupes françaises ; il fut vainqueur. Il remporta encore la

E. Driault. — Question d’Orient.

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victoire de Lasvari. Une garnison anglaise fut installée à Delhi, auprès du Grand Mongol, inutile spectateur de ces luttes autour de son trône.

Dès lors, c’en était fait de la puissance des Franco- Hindous, qui avait paru un moment capable de sauver l’indépendance de rinde, mais que le gouvernement français n’avait pas pu ou pas su soutenir. Vainqueurs des héritiers du grand Sindhia, les Anglais purent se donner pour les protecteurs du Grand Mongol, pour les légitimes représentants de sa suzeraineté sur toute la péninsule. Ils s’acquit tèrent consciencieusement de cette fonction.

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