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Vandal, Napoléon et Alexandre tome III, p. 345 3i

LE GRAND DESSEIN DE NAPOLÉON

les alliés une sorte de protectorat sur les chrétiens de l’empire ottoman, analogue à celui de la France sur les catholiques du Levant : cela ne pouvait convenir ni à l’Autriche ni à l’Angleterre, et on se garda d’agiter trop un sujet aussi brûlant. Le traité de la Sainte Alliance, entre les trois souverains de Russie, de Prusse et d’Autriche, représentant les trois branches principales de l’Église chrétienne, ses termes bibliques, ses appels à la renaissance de la foi religieuse, parurent annoncer une croisade contre l’Islam, et le sultan en exprima quelque inquiétude. Ce n’était qu’une « assurance mutuelle des rois contre les peuples », une entente, à préciser dans les détails d’application, sur la croisade à conduire contre les principes révolutionnaires, une dernière manifestation, aussi vaine que prétentieuse, de l’absolutisme de droit divin.

Cependant l’Orient fut intéressé, indirectement du moins, aux résultats des délibérations de Vienne et de nouvelles positions furent prises par les puissances victorieuses autour de Constantinople ; de nouveaux caractères apparurent, dans l’empire ottoman lui-même, dont ces puissances ne tinrent encore aucun compte, qui pourtant devaient modifier la question plus que toutes les finesses de la diplomatie.

L’Autriche encore une fois oublia sa vocation orientale ; peut-être craignait-elle de fournir quelque prétexte aux convoitises de la Russie. Elle reprit seulement ses provinces perdues de Carinthie, de Carniole et de Croatie, et la plus grosse part de l’ancien domaine de Venise, souvenir de Campo-Formio, le royaume d’Illyrie et le royaume de Dalmatie. Cela ne la détournait pas de l’Occident, où elle chercha et trouva la récompense de sa victoire ; elle eut le royaume Lombard-Vénitien et la prépondérance sur l’Italie, la présidence de la Confédération germanique et la prépondérance sur l’Allemagne.

L’Angleterre, occupée surtout de la lutte contre Napoléon, en était restée dans l’Inde aux conquêtes du marquis de Wellesley. C’était assez pour qu’elle cherchât à s’assurer de libres communications avec cet empire, — car elle n’avait plus de rivalité à y redouter, — pour qu’elle en occupât les routes. Elle prit donc le Cap de Bonne-Espérance, et, Bonaparte ayant attiré son attention vers l’isthme de Suez, elle commença de prendre sur la Méditerranée les meilleurs points stratégiques : elle eut, avec Gibraltar, Malte et le protectorat des îles Ioniennes.

LA DÉFAITE DE NAPOLÉON

Lia. Kussie se rapprochait par le nord comme l’Angleterre par le sud. Sa longue guerre avec la Perse s’était terminée en 1813, le 24 octobre, par le traité de Gulistan; elle resta maîtresse de la Géorgie et de Tiflis, annexa en outre le Daghestan, le Chirwan et la côte de la Caspienne jusqu’à l’Araxe ; elle eut le droit de libre navigation sur cette mer. Elle Commença à rivaliser à Téhéran avec l’influence anglaise. Le traité de Bucharest l’avait établie aux embouchures du Danube par l’acquisition de la Bessarabie. Ellecontinuait de s’allonger le long des côtes septentrionales de la mer Noire.

Pendant ce temps, l’empire ottoman, auquel les grandes puissances n’osaient toucher, de peur de complications incalculables, continuait à se disloquer, par l’action naturelle de ses vices anciens et des principes de la Révolution française.

Non seulement Ali, le pacha de Janina, était de plus en plus indépendant. Non seulement Méhémet-Ali en Égypte fortifiait son autorité, massacrait les Mameluks le 1®*" mars 1811, enlevait aux Wahabites les villes saintes de Médine et de La Mecque (1813), et commençait la transformation de l’Égypte par l’imitation de Bonaparte ; c’était un vassal qui pouvait être utile au sultan et aussi se lever contre lui.

Mais surtout les peuples chrétiens des Balkans devenaient de jour en jour plus avides de liberté à mesure que la domination musulmane devenait moins redoutable et les enseignements de la France révolutionnaire mieux compris. Les Roumains, depuis longtemps gouvernés par des hospodars particuliers, et presque autonomes, pénétrés par l’influence russe pendant l’occupation de 1806 à 1812, retrouvaient leur langue nationale, « comme une belle médaille romaine sous une rouille séculaire », et s’apercevaient ainsi qu’ils étaient plus Latins que Grecs, tout près de se défier déjà de l’ambition russe qui venait de leur ravir la Bessarabie.

Les Serbes, abandonnés par les Russes au traité de Bucharest, refusèrent pourtant de se soumettre, malgré les conseils du tsar, volontiers taxés par eux de trahison. Les Turcs, libres sur le Danube, envoyèrent de nombreuses troupes en Serbie, et le héros de la guerre de l’indépendance, Kara-Georges, fatigué ou désespéré, s’enfuit en Autriche, avec de riches trésors. Miloch Obrenovitcb, son rival, essaya d’obtenir du grand vizir Kourchid-pacha une pacification honorable ; on ne s’entendit pas, et les Janissaires se remirent à massacrer. En 1814, toute la Serbie se souleva dans

LE GUAND DESSEIN DE NAPOLÉON

an grand enthousiasme patriotique ; Miloch fut acclamé chef suprême à Takovo et entreprit contre les Turcs une guerre sans merci. Ils s’en effrayèrent ; le tsar, vainqueur de Napoléon, agit à Constantinople ; le sultan consentit à un compromis; un pacha turc fut rétabli à Belgrade ; mais Miloch fut reconnu woïvode héréditaire : les deux forteresses de Belgrade et de Kragouiévats furent partagées entre des soldats turcs et des miliciens serbes en nombre égal. Les impôts durent être fixés parle woïvode et le pacha, répartis par la Skouptchina ou assemblée nationale. Sous ce régime d’autonomie, la Serbie eut quelques années de tranquillité et y entretint l’espoir d’une complète indépendance.

Il était difficile aux Grandes Puissances de contenir ce mouvement des nationalités chrétiennes ; elles étaient même moralement obligées de l’encourager. Il allait pourtant limiter leurs ambitions, car il renfermait toute la fôrce de la Révolution.

OUVRAGES A CONSULTER

La Cori'espondance de Napoléon.

G. Grosjean, La mission de Sémonville.

Le Directoire etV expédition d'Égypte»

Galli, L'qrmée française en Égypte.

Heeren, Histoire de l'expédition française en Égypte. SoREL, Bonaparte et Hoche en 1797 ; — L'Europe et la Révolution française, II, III, IV.

Louis Bellog, Bonaparte et les Grecs.

PouQUEViLLE, Régénération de la Grèce, 4 volumes. Fauriel, Chants populaires de la Grèce.

Ed. Logkroy, Ahmed le Boucher (Djezzar pacha).

Martens, Recueil des traités de la Russie avec les puissances étrangères.

Talleyrand, Mémoires, 1.

Tatistghef, Alexandre et Napoléon.

A. Vandal, Napoléon et Alexandre 3 volumes.

A. DE Gardane, Mission du général Gardane en Perse; — cf. encore Gaffarel, dans la Revue bleue (16 février 1878). Ch. PiGAULT, Histoire des révolutions de la Perse. JuGHEREAU DE Saint-Denis, Les Révoluüons de Constantinople, 2 volumes ; — Histoire de l'empire ottoman.

Ed. Driault, La politique orientale de Napoléon, Sebastiani et Gardane.

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