II. — Les massacres d’Arménie
L’Arménie est le pays que domine TArarat. Elle est aujourd’hui partagée entre trois empires : la Perse, la Russie et la Turquie. Les Arméniens sont restés chrétiens au milieu des musulmans; mais, dans aucun vilayet de l’empire ottoman, ils ne forment la majorité de la population ; ils vivent parmi des tribus Kurdes qui, converties à l’Islam, en ont pris le droit de persécuter les raïas, de leur faire payer dîmes et impositions de toute nature, de les piller même, avec la connivence des autorités turques. Les Arméniens sont surtout nombreux au nord et au sud du lac de Van,^dans le Sassoun, c’est-à-dire entre le Tigre et l’Euphrate supérieur, autour des villes d’Erzeroum, Mouch, Bitlis, Diarbékir, et enfin, au fond du golfe d’Alexandrette, dans le Zeïtoun, autour de Marach. D’autres communautés, plus isolées, sont établies dans les principales villes de l’Asie mineure, notamment le long des côtes de la mer Noire, de Trébizonde à Constantinople.
L’Arménie avait été longtemps le champ de bataille des Turcs et des Persans, puis des Turcs et des Russes. Résignée pendant des siècles au joug ottoman, elle le supnorta moins patiemment quand les Russes furent devenus les maîtres du pays de Tiflis et d’Érivan, quand ils eurent occupé Etchmiadzin, la résidence du patriarche arménien. Les Russes ont eu en Orient, comme les Français en Occident, le privilège d’éveiller la conscience des nationalités. La nationalité