V. Bérard, La politique du sultan, p
2^8 EN EUROPE. — ARiJÉNIE. — CRÊTE. — MACÉDOINE.
II, voyait dans les Arméniens ses plus fidèles sujets ; il trouvait parmi eux ses plus intelligents fonctionnaires ; ils occupaient dans les préfectures, dans les tribunaux, les emplois de confiance: « le sabre aux Albanais, la plume aux Arméniens », telle est alors, et jusque vers 1890, la double formule de l’administration ottomane. Au moment où la Russie atteignait les pentes septentrionales de l’Ararat, la Porte semblait vouloir lui disputer le cœur des Arméniens. Car le tsar Alexandre II les comblait aussi de faveurs ; le principal chef de ses armées au sud du Caucase pendant la guerre de 1877, son conseiller le plus écouté dans les dernières années de sa vie, fut un Arménien, le général Loris Mélikof, et il appelait l’Arménie, comme la Bulgarie, à l’indépendance, à la croisade contre les Musulmans. Les Arméniens pourtant ne se laissèrent pas alors entraîner à une grande insurrection nationale. Eurent-ils peur de la vengeance des Turcs? Ou comptaient-ils sur la bienveillance du sultan?
Du moins la Russie ne manqua pas de se charger de leurs intérêts ; et le traité de San Stefano fut la première manifestation de l’intervention européenne en faveur de l’Arménie. « La Sublime Porte, disait l’article 16, s’engage à réaliser sans plus de retard les améliorations et les réformes exigées par les besoins locaux dans les provinces habitées par les Arméniens, et à y garantir leur sécurité contre les Kurdes et les Circassiens. » L’Angleterre s’inquiéta ; elle craignit que la Russie, protectrice de l’Arménie, ne dominât toute l’Asie mineure et la Mésopotamie : par la convention du 4 juin 1878, avide aussi de protéger les sujets du sultan, elle obtint que « d’accord avec le gouvernement britannique », la Porte introduirait dans ses possessions d’Asie mineure toutes les institutions propres à y relever l’état des populations chrétiennes et musulmanes; afin qu’elle put aider en cela plus efficacement le sultan, elle était autorisée à occuper et à administrer l’île de Chypre L
Et enfin l’article 16 du traité de San Stefano fut reproduit dans les mêmes termes par le traité de Berlin, en l’article 61, avec cette addition: « La Sublime Porte donnera connaissance périodiquement des mesures prises dans ce but aux puissances, qui en surveilleront l’application ».
Ainsi les Puissances prenaient sous leur garantie l’amé-