Engelhardt, La Turquie et le Tanzimât, II, p
LES MASSACRES D’ARMEMr.
lioration du sort des Arméniens. La souveraineté du sultan «n recevait une atteinte qu’il ressentit : il commença à les traiter moins favorablement ; à mesure que sa politique personnelle s’accentua, il leur fît un grief de plus en plus grave d’être sous la protection de l’Europe, et leui’ prouva qu’ils eussent été plus en sûreté sans cette protection.
Les mois, les années passèrent; aucune réforme ne fut faite ; les impôts furent levés de plus en plus arbitrairement; les Kurdes furent plus entreprenants et plus rapaces que jamais ; le gouvernement les laissa faire ; mieux même, il les encouragea. Pour justifier sa présence à Chypre, l’Angleterre intervint, rappela le traité de Berlin ; mécontente des vagues promesses reçues, elle envoya une escadre dans le golfe de Smyrne. Le sultan affirma « sa haute et constante sollicitude pour le bien-être de ses sujets » ; elle ne tarderait pas à être « publiquement démontrée par des faits certains et éclatants » . Les vaisseaux anglais quittèrent Smyrne.
Un an après, l’ambassadeur anglais à Constantinople, sir Henry Layard, constatait, dans un rapport officiel à son gouvernement, qu’ « aucune des réformes projetées en Asie n’avait été loyalement exécutée » ; il ajoutait : «Je me suis convaincu que, depuis la fin delà guerre, le parti fanatique €st parvenu à persuader à Sa Hautesse que, comme l’expérience tentée par ses prédécesseurs d’acclimater les institutions européennes en Turquie n’a pas réussi. Elle doit agir maintenant sans l’Europe et améliorer et réformer son pays d’après les méthodes turques et mahométanes ». L’ambassadeur exprimait en conclusion la nécessité d’une intervention très nette des puissances. Le 22 juillet 1880, M. Gladstone, affirmant déjà, en plein Parlement, une politique que l’Angleterre a reprise en ces derniers temps, lançait cette déclaration vigoureuse à la face du gouvernement ottoman : « Si désireux que nous soyons d’éviter les complications qui naîtraient de la destruction de l’empire turc, l’accomplissement des devoirs du gouvernelnent turc vis-à-vis de ses sujets n’est plus pour nous la question secondaire; c’est la question primordiale, c’est le but principal vers lequel tendent nos efforts. Que si la Turquie ne se décide pas à accomplir ses devoirs, son intégrité et son indépendance devront se tirer d’affaire elles-mêmes comme elles pourront »L