A. Vandal, Les massacres d’Arménie^ p
256 lîN ÉUROPE. — ARMÉNIE. — CRÈTE. — MACÉDOINE.
expédiant. A Marach, dans le Zeïtoun, une école catlici- , lique, placée par conséquent sous le protectorat de la France» fut incendiée : le père Salvatore, sujet italien, fut emmené avec onze autres personnes par le colonel Mahzar-bey, et sur la route, à quelque distance, égorgé, puis brûlé avec ses compagnons. Une commission d’enquête retrouva l’emplacement du crime, marqué par des ossements et des cordes carbonisés, la terre encore grasse de la chair brûlée. Le gouvernement français obtint que le colonel ottoman fût poursuivi, mais non pas qu’il fût puni.
\ Que faisaient donc les grandes puissances au spectacle de ces atrocités ? Elles s’efforcaient d’abord d’en atténuer . le retentissement, et pendant plusieurs mois les massacres furent en effet presque ignorés en Occident. Elles demandèrent aussi au sultan la permission d’envoyer dans la Corne d’or chacune un second stationnaire pour protéger, en cas de nouveaux troubles, leurs nationaux. Il fut d’ailleurs bien entendu qu’elles n’avaient aucunement l’intention d’exercer la moindre contrainte sur lui ; loin d’elles la pensée de porter atteinte à sa souveraineté. Les négociations engagées à ce sujet durèrent quelques semaines ; après quoi, les ambassadeurs reprirent consciencieusement l’étude des réformes destinées à améliorer la condition des sujets de la Porte.
Cependant le sultan achevait son œuvre, dans les régions où elle était restée imparfaite. Le district de Van avait été presque épargné jusque-là. Le maréchal Saadeddin-pacha y fut envoyé : Abd-ul-Hamid avait la plus grande confiance en ses talents. Il arma les Kurdes de fusils perfectionnés, leur amena des pièces de canon, et le massacre et le pillage commencèrent. Avec de pareils instruments, ce fut tôt fait. Du 15 au 25 juin 1896, Van et tous les villages de la riche plaine environnante furent incendiés ; au milieu des flammes, les boulets et les balles poursuivaient les chrétiens ; toutes les femmes furent enlevées, abominablement traitées ; tous les Arméniens mâles âgés de plus de dix ans, selon le mot d’ordre, furent massacrés. Toutes les églises, tous les couvents, et notamment le célèbre monastère de Varak, furent saccagés et détruits. Il y eut plus de 20.000 morts, sans compter les victimes de la misère qui suivit et qui y règne encore. Saadeddin-pacha fut nommé grand-officier de rOsmanié, l’un des ordres les plus honorables que confère le sultan.